
À travers le Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture (CLIIC), Joël Célestin Bobo œuvre pour rapprocher le livre et le numérique des populations les plus éloignées de l’accès au savoir. Entre bibliothèques itinérantes, promotion de la lecture et inclusion éducative, il défend une vision engagée de la culture comme levier d’égalité sociale et de transformation collective.
Nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun.
Quelle a été l’étincelle fondatrice du CLIIC et quelle vision portez-vous à travers cette initiative ?
Au CLIIC, notre motivation pour œuvrer dans la démocratisation du savoir est multiple. Tout d’abord, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des droits fondamentaux qui doivent être accessibles à tous, quels que soient l’origine sociale, le niveau de revenus ou la localisation géographique. Nous sommes également motivés par le constat que notre cher et beau pays, le Cameroun, a une très grande richesse culturelle et une jeunesse talentueuse, mais est confronté à des défis importants en matière d’accès à l’éducation et à la culture. Nous voulons contribuer à réduire ces inégalités et à offrir à tous les Camerounais, en particulier aux jeunes, les opportunités de developer leurs capacités et de réaliser leurs rêves. Enfin, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun. Notre motivation est donc de contribuer à la construction d’une société plus inclusive, plus juste et plus prospère, où chaque camerounais aura des opportunités de réaliser son potential et de contribuer au développement du pays.
Les slogans « Des livres pour tous, des ponts pour le monde » et « L’Afrique en un clic » sont forts. Comment se traduisent-ils concrètement dans vos actions sur le terrain ?
Voyez-vous, au CLIIC, nous faisons de l’accès au livre un pont entre les hommes et les peuples. A cet effet, notre démarche fait intervenir plusieurs hommes et femmes issus d’horizons divers et de nationalités différentes. Nous nous déployons tant en milieu rural qu’urbain. Et nous allons davantage dans des zones enclavées. Nos actions sont de véritables carrefours « du donner et du recevoir », pour emprunter les mots du Père Engelbert MVENG. Nous essayons ainsi d’impulser une chaine de solidarité universelle.
Vous défendez la lecture comme un « passeport pour l’égalité ». En quoi le livre peut-il réellement réduire les inégalités sociales, selon vous ?
La culture comme passeport pour l’égalité peut réduire les inégalités sociales en offrant à tous les individus, quel que soit leur milieu d’origine, un accès égal aux ressources culturelles et aux opportunités de développement personnel, favorisant ainsi la mobilité sociale et la comprehension mutuelle entre les communautés.
Le CLIIC intervient aussi, effectivement, auprès d’enfants issus de milieux défavorisés. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans ces environnements ?
Le CLIIC fait face à des défis importants, notamment les difficultés à mobiliser les ressources financières pour soutenir ses actions, la difficulté d’accès aux villages enclaves et reculés qui nécessite des moyens logistiques importants, et la nécessité de mobiliser plus d’animateurs pour accompagner les enfants défavorisés dans leur parcours éducatif.






Vos activités s’étendent déjà à plusieurs régions du Cameroun. Quels enseignements tirez-vous de ce déploiement ?
Il est vraiment important de sortir le livre des rayons des bibliothèques vers le lectorat et surtout vers le lectorat jeune. Car cette promotion littéraire de proximité contribue au dynamisme et à la vitalité de notre littérature.
Le projet de « bibliothèque mobile » – Bibliopickup est particulièrement innovant. Pouvez-vous nous en dire plus sur son ambition et son impact attendu ?
Le projet Bibliopickup est une bibliothèque/médiathèque rurale itinérante. Il vise à permettre aux enfants de l’arrière pays et des quartiers enclavés d’avoir accès au livre et à être initiés à l’outil informatique. C’est le savoir sur quatre roues qui veut donner aux enfants à travers les livres et l’outil informatique le pouvoir de la connaissance. Nous entendons par là faire reculer l’obscurantisme et l’analphabétisme.

Au-delà de la lecture, vous intégrez également l’initiation à l’outil informatique. Pourquoi ce choix ?
Aujourd’hui, le monde vit connecté et connait une montée en puissance du numérique. Vous le savez mieux que moi, l’analphabète du 21ème siècle est celui qui ne sait pas utiliser l’outil informatique. Notre objectif est de donner à tous les enfants les mêmes chances.




Quelle place accordez-vous aux partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires dans la réussite de vos actions ?
Les partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires sont essentiels à la réussite de nos actions. Nous croyons que la collaboration avec les institutions publiques, les écoles, les associations et les entreprises locales est cruciale pour mobiliser les ressources et les compétences complémentaires, accroître notre visibilité et notre impact, développer des programmes adaptés au besoin des communautés et renforcer la pérennité de nos actions. Nous sommes ouverts à de partenariats qui nous permettent de partager nos expertises et nos ressources pour un impact plus grand.




Comment mesurez-vous l’impact réel du CLIIC sur les bénéficiaires, notamment les enfants et les jeunes ?
L’impact du CLIIC sur les enfants se mesurent sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan académique, les activités du CLIIC permettent aux jeunes qui y participent d’améliorer leur niveau de langue. Ensuite, sur le plan du développement personnel, nos ateliers développent la confiance en soi, l’audace et la determination chez les participants. Par ailleurs, sur le plan infrastructurel, le CLIIC permet aux écoles, orphelinats et prisons d’avoir des livres pour que les lieux aient un coin bibliothèque. Enfin, par son activité itinérante à travers le pays, le CLIIC intéresse plusieurs communautés locales au livre et à la lecture. A titre d’exemple près de 11.000 camerounais de quatre regions (centre-sud-ouest-littoral) ont vibré au rythme des mots depuis le début de l’année 2026.
Quelles sont vos perspectives à moyen et long terme pour le CLIIC, et quel message souhaitez-vous adresser aux potentiels soutiens et partenaires ?
En termes de perspectives, nous voulons vraiment acquérir un pickup pour lancer la première phase de notre librairie sociale que nous avons baptisée « Joseph Désiré ZINGUI » – en hommage à un acteur du livre camerounais de regrettée mémoire, qui a marqué la scène littéraire camerounaise et mondiale – pour permettre aux enfants des zones les plus reculés d’avoir accès au livre.

Par ailleurs, nous sommes en train de lancer « Yaoundétente » qui se veut un cadre qui permettra à nos jeunes de 6 à 15 ans de joindre l’utile à l’agréable. La première édition aura lieu le 23 mai 2026 au Musée National. In fine, nous invitons les institutions, les entreprises et les âmes de bonne volonté à rejoindre notre mission de démocratisation de l’éducation et la culture pour les enfants du Cameroun, surtout les plus défavorisés ! Ensemble, nous pouvons faire une différence significative dans la vie de ces jeunes et contribuer à l’émergence d’une société plus juste et plus équitable.
Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO

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