Vous êtes l’auteur de plusieurs livres et le promoteur des Éditions APEL. Nous nous languissons d’en apprendre un peu plus.
J’ai publié trois œuvres officiellement : Sublimisme ou poésie de l’étincelle (poésie) , publiée en 2020 aux éditions La jeune plume; Les bijoux précieux de Dillan (nouvelles) en 2022 en version numérique uniquement, et enfin, après mon prix national jeune auteur, j’ai publié en fin 2022, Le sort des hiboux boiteux . Actuellement, je poursuis ma carrière de professeur du secondaire et je prépare un nouveau roman.
Vous êtes l’éditeur de »Pour le meilleur et les coups » de Nathalie Flore. Quel est votre avis sur ce texte ?
Ce texte, c’est de la dynamite (rires). Je suis séduit par le style de l’autrice et je nourris beaucoup de présages prestigieux pour ce roman d’actualité.
Vous avez lancé récemment le Prix International APEL Éditions pour le compte rendu avec ce livre de Nathalie Flore comme »livre cible ». Quelle est la plus value de ce concours sous le prisme de l’éditeur que vous êtes ?
Je me suis dit, en accord avec l’auteure, qu’il serait judicieux que les nombreux lecteurs qui nous suivent soient récompensés. Quoi de mieux qu’un concours où plusieurs auront le privilège d’être célébrés. C’est le moindre qu’on puisse faire pour leur soutien indéfectible.
Lien Youscribe pour lire «Pour le meilleur et les coups»: https://www.youscribe.com/catalogue/ebooks/litterature/romans-et-nouvelles/pour-le-meilleur-et-les-coups-3483886
Vous êtes par ailleurs le président de jury de ce concours. Vu que pour vous, l’éditeur, ce livre est »une dynamite », les comptes rendus portés sous la critique dite négative ont-ils une chance de voir leurs rédacteurs primés ? Nous rappelons à nos abonné.e.s qu’à l’issue de ce concours, trois lauréats se verront primés.
Je suis un amoureux du travail objectif, ce qui m’a souvent attiré des foudres. Et donc, en ce sens, les critères d’éligibilité n’ont rien à voir avec le jugement de valeur mais avec la pertinence de la rédaction.
En tant qu’éditeur dans un contexte qui en compte une bagatelle, quelle est la particularité de votre maison d’édition ?
Nous sommes l’une des rares maisons qui éditent avec la possibilité de rentrer dans ses dépenses (l’auteur) dès les trois premiers mois de la publication, grâce à une stratégie de vente dans le numérique qui, jusqu’ici, satisfait tous nos auteurs. De plus, nos prix en terme de qualité-prix sont imbattables au Cameroun. Enfin, nous sommes partenaires avec les plateformes les plus célèbres d’Afrique francophone et des chaînes de télévision. Nous formons les écrivains… Tout ceci fait de l’APEL Éditions, une révolution en terme de publication.
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CONCOURS DE LECTURE À VOIX HAUTE DESTINÉ AUX ENFANTS
« Quand les racines chantent » est la dernière production littéraire de l’écrivaine camerounaise Danielle Eyango. Ce roman de 298 pages raconte l’histoire de Jasmine Yondo.
Qui est Jasmine Yondo ?
C’est une femme de 33 ans. Elle est belle! De la mystérieuse et insolente beauté des femmes dualas. Elle est de Bonendalè. Elle est promise au richissime et charmant René Wakam. C’est une catholique pratiquante. La petite protégée du père Martin SAMNICK. Une femme coquette et coquine aussi. Elle a tout pour plaire. Elle a tout pour elle… Sauf son utérus.
L’utérus de Jasmine a été emporté dans la nuit par neuf femmes. Elles le lui ont pris, en même temps que son bonheur, en même temps que son mariage avec René.
Mais pourquoi ?
Jasmine est maudite, autant que l’était son aïeule, Nyake – Oups ! On ne doit pas prononcer son nom… Autant que l’a été chacune des femmes, descendantes de la mère de sa grand-mère. Mais c’était à elle de payer le prix de la réparation. Le choix était porté sur elle. Elle devait rentrer à Bonendalè pour expier la faute. Elle devait laver le Dikindo. Elle devait frapper le Nkumbè durant neuf longues nuits. C’était elle! La sikè! Elle, la fille de Nyake Rokia, était face à la malediction, aux esprits de la nuit qui lui étaient totalement hostiles, dans un village qu’elle ne connaissait pas, avec pour seul repère, le Père Martin SAMNICK.
Danielle Eyango signe là son troisième ouvrage. Elle nous entraîne dans l’Afrique des mystères. Cette Afrique où on marche pieds nus pour respecter la terre qui nous porte. Cette Afrique où tout reste dans le sang. Les mots comme les maux coulent dans les veines, génération après génération. Elle nous emmène dans les mélodies de la vie, une particularité de la culture africaine. Les mélodies qui habillent les tristesses, le désespoir, la mort, la joie, la naissance, la renaissance…
Danielle EYANGO écrit comme elle parle. Il y a de la poésie, de l’énergie, de la mélodie, la langue duala, la détermination, la générosité… Elle a tout donné. Elle n’a rien gardé pour elle. J’ai découvert la nuit. Elle m’a séduite ! J’y suis encore. Pour une troisième lecture. Ce n’est sûrement pas la dernière… Chut! Et il fit nuit…
Maeva GUEDJEU, journaliste
Cliquez ici pour les lieux d’achat de »Quand lesracines chantent » : https://fb.watch/jYl9mX0sTi/
« Contrairement à ce qu’on peut penser, n’attendez pas qu’un quelconque gouvernement vous donne des emplois, un véhicule (…) C’est une tâche qui incombe à toute personne sérieuse et soucieuse du développement, plus encore aux personnes courages ».
Stéphanie Tchoua ne tarde pas à installer le lecteur dans son univers où se croisent courage, patience et persévérance, ces vitamines de l’esprit sans lesquels toute ambition entrepreneuriale est vouée d’office à l’échec. Les 9 chapitres de « J’apprends, j’entreprends », essai de 86 pages paru aux Editions de Midi, constituent le bréviaire à la lecture duquel s’opère une dissection de l’entreprenariat, ce plafond de verre inaccessible pour beaucoup dans un écosystème national où la fonction publique reste à date l’antre où sont forgées les réussites sociales.
Stéphanie TCHOUA
Stéphanie Tchoua apporte donc un éclairage nouveau qui aide à mieux cerner les arcanes de ce qui n’est pas qu’entreprendre, mais aussi ce pouvoir de faire ce que l’on aime tout en y tirant une marge bénéficiaire et une capacité à disposer de son temps. Dans une écriture à la limpidité avérée, Stéphanie Tchoua escorte son lecteur, une page après une autre, dans les dédales de ce tortueux labyrinthe que constitue l’entreprenariat en le munissant dès le départ des termes qui en structurent le jargon. « L’abécédaire de l’entreprenariat », le quick-off d’une lecture qui s’achève au pied de « Enseigner l’entreprenariat », le dernier chapitre d’un livre dans les pages duquel s’amoncellent des réflexions portant notamment sur le leadership et la reconversion professionnelle, thèmes des chapitres II et VI.
Elle-même opératrice économique et cheffe d’entreprises, Stéphanie Tchoua n’a pas éludé les aspérités auxquelles les femmes sont confrontées dans le secteur de l’entrepreneuriat et propose des solutions inspirées de son vécu personnel. « J’apprends, j’entreprends » n’est pas qu’un vade-mecum où sont figés les secrets que doivent s’approprier les businessmen futés et sans scrupule. C’est aussi un plaidoyer pour une prise en compte des personnes vivant avec un handicap, grandes oubliées des projets de développement et êtres radioactifs à qui les capitaux sont ostensiblement refusés.
Partisante irréductible du développement des ressources humaine, Stéphanie Tchoua réitère aux entrepreneurs autant dans son livre que sur les différentes plateformes auxquelles elle est conviée, ce message dont elle se fait la proclamatrice : « Cherchez la connaissance, n’arrêtez pas d’apprendre avant d’entreprendre ».
Comment Poùre, la colombe, symbole de paix, se transforme-t-elle en un mouton noir, source de perturbation(…) ?
L’œuvre dont nous avons l’honneur de présenter une note de lecture nous interpelle dès la première de couverture avec le visage d’une femme noire aux allures intrépides, arborant un foulard rouge sang, sang de la révolution ou du sacrifice dans un arrière-plan blanc de l’innocence, de la virginité ou de l’élévation spirituelle. D’entrée de jeu, moultes interrogations taraudent notre esprit en nous penchant sur ce titre évocateur, constitué d’un syntagme nominal à la structure particulière qui nous introduit dans l’univers des contrastes. Comment Poùre, la colombe, symbole de paix, se transforme-t-elle en un mouton noir, source de perturbation, venant remettre en question l’harmonie du troupeau des Njoya, vocable situant la diégèse dans un microcosme déterminé ? Ces pierres d’attentes impliquent-elles en filigrane des leurres ou des lueurs pour baliser notre parcours ? L’analyse du roman nous dévoilera certainement ces mystères à décrypter…
Viviane MOLUH PEYOU
En fait, dans son récit de huit chapitres d’inégales longueurs, variant entre 13 et 30 pages environ, Viviane Moluh Peyou nous embarque dès les premières lignes dans l’itinéraire d’une jeune fille exceptionnelle, de son mariage, à son envol vers le pays de l’Oncle Sam. Dans ce chassé-croisé significatif entre son Menké natal, son séjour à Yaoundé et le départ pour les Etats-Unis, nous découvrons le parcours exaltant d’une surdouée au caractère bien trempé qui transpire dans son leitmotiv désarmant en pages 9 et 22: «Je ne suis pas faite pour le mariage», ou dans ces termes d’une lucidité déroutante en page 10 : «Celui qui suit la foule n’ira jamais plus loin que la foule qu’il suit; par contre, celui qui marche seul, peut parfois atteindre les lieux que personne n’a jamais atteints.» Ou encore en page 28 : «Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir», en reprenant les dictons de la sagesse populaire. Nous sommes alors entrainés en pleine immersion dans les us et coutumes bamouns avec les indications détaillées sur le déroulement des noces ou le comportement prescrit aux différents acteurs sociaux. Nous nous délectons dans cette perspective, de ce puits intarissable de richesses culturelles sur le Noun avec l’onomastique déclinée en Poùre, Lùh, Nanji, Moa Njoya, Noùn, Mbombo Njoya, Laréni, Mbiéré, Titanji ou des pépites patrimoniales qu’une plume féminine libérée pose sur la sellette avec les mots de tous les jours, d’où fusent même le « mini-kaba-ngondo » de la page 68, d’une autre aire culturelle.
Nous sommes, de ce fait, édifiés sur les sept jours des noces, avec le trousseau de la mariée y afférent, sur le rituel de la traversée du mets d’arachide, ou sur le sac de deux cauris accompagné de la kola bafia et du vin de raphia. C’est dans ce sillage, que nous retrouvons des déclarations sentencieuses à l’instar de «la tradition ne connait pas le divorce», p. 94, en p. 134 : «la place d’une femme est dans un foyer», ou encore en p. 42 : «J’ai toujours considéré l’infidélité comme un problème génétique, une femme ne peut être infidèle que si sa mère à un moment donné l’a été.» Son époux, Nil Moùn, doit faire des efforts surhumains pour supporter les ambitions et la détermination de sa dulcinée qui abandonne son foyer afin de poursuivre ses études d’astrophysique jusqu’à la NASA. N’aurait-elle pas annoncé les couleurs par ces mots péremptoires d’une intrépidité déroutante en p. 8 : « Nous sommes au vingt-et-unième siècle. On n’abandonne plus ses études parce qu’on convole en justes noces» et confirmés en p. 156 : « Autant le mariage n’annule pas les études, autant les études n’annulent pas le mariage. » Heureusement que ses nouvelles ressources multidimensionnelles permettent à notre Amazone de disculper son mari d’une fausse accusation pour mettre tout le monde d’accord en sauvant son foyer et en offrant de nouvelles perspectives à sa famille et à tout son environnement social.
Ce roman à l’actualité brûlante qui se focalise sur la place de la femme dans la société africaine contemporaine, à l’image de Timildo de Fadimatou Bello, décrypte l’univers intérieur d’un être tourmenté entre un destin glorieux et un parcours semé d’embûches sous l‘oppression des forces rétrogrades et d’un milieu ambiant peu propice aux carrières féminines.
Nous pouvons alors nous régaler des thèmes qui permettent à l’auteure de célébrer les us et les coutumes de notre terroir, l’éducation de la jeune fille, l’attachement à la terre mère, les atouts de l’acceptation de la différence, la solidarité familiale, les joies de l’amour et du pardon, l’exploration des filières avant-gardistes, les mystères de la nature et des plantes ou l’ouverture au monde. Mais, l’occasion est aussi idoine pour décocher des coups de griffes incisifs dans un réquisitoire sans complaisance contre tous les préjugés et les discriminations sexistes, les mariages forcés, les violences conjugales, les conspirations iniques dans le milieu professionnel, les trafics de toutes sortes ou les inconsistances de la justice. En outre, dans une posture éminemment existentialiste, l’esthète nous ouvre le sanctuaire de ses méditations philosophiques et théologiques sur notre être-au-monde en mettant en exergue la responsabilité de l’homme dans la conduite de son destin malgré les obstacles du chemin.
Nous sommes également transportés dans le monde merveilleux de contes de fées où Viviane Moluh Peyou déploie des personnages au profil de démiurge comme Nil Moùn qui accepte de soutenir sa femme dans ses rêves envers et contre tout. C’est cette toile onirique qui continue à se dévoiler dans la repentance prodigieuse de Nina et son implication remarquable dans la libération de son patron, dans la reconstruction sublime de Lùh, la réception à la Présidence de la République comme dans l’apparition du Sultan des Bamouns à l’aéroport.
D’autre part, toutes ces problématiques se situent dans un ancrage spatio-temporel précis auquel nous nous identifions, dans le terroir camerounais à Menké, ou à Yaoundé où sont évoqués Mvolyé, la Basilique Marie Reine des Apôtres, la Faculté de l’Université de Yaoundé I, avec son Amphi 300 ou le voyage sur Douala. Par ailleurs, le style de l’écrivaine se décline dans une savoureuse délectation esthétique avec des images et des métonymies lumineuses à l’exemple de l’oxymore désignant le mariage comme une «cage dorée » en p. 10, ou dans une satire cinglante sur cette manie de ne donner raison qu’aux cheveux blancs en p. 9 ou dans les moments éprouvants en p. 91: «Tel un train qui siffle dans la nuit noire» annonçant une longue période ténébreuse, et dans cette périphrase d’une suave mélancolie en p. 91: «Les dernières gouttes de liquide salé», pour parler des larmes.
De plus, dans ce texte à la tonalité didactique assurée, la romancière utilise avec dextérité le texte explicatif dans le vocabulaire spécialisé de la physique pour éclairer notre lanterne et nous empêcher de nous égarer dans les dédales, de l’astrophysique, de l’exobiologie, de la géophysique ou dans les termes mystérieux de cette férue des lettres classiques qui utilise allègrement en p. 54 «Dac in altum» ou en p. 57 «de facto», tout naturellement. C’est sur cette lancée que nous nous enrichissons des dictons, des proverbes et des déclarations pédagogiques qui foisonnent dans le récit, à l’instar de la p.28 : «Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir», de la p.50 : «Il faut se démarquer, en ne faisant pas nécessairement ce que fait tout le monde.», et en p.97 : «La panique est mauvais guide.»
De même, la temporalité avec ses accélérations illustrées par la succession des actions et les pauses marquées par les portraits ou les descriptions pittoresques se distingue par ses annonces et ses amorces de haute facture. Aussi, la présentation des personnages constitue des véritables tableaux de maître comme nous pouvons le réaliser avec le portrait de Nil en p.15 : «(…) la petite colombe dut admettre que Nil était un bel homme (…). Sa peau sombre restée fraîche malgré le sommeil, sa barbe rasée de près sur une mâchoire carrée délicatement sculptée, ses larges épaules musclées et son torse plaquette, son épaisse chevelure taillée en une punk afro-américaine témoignaient combien il prenait soin de son physique. Sa belle bouche et ses larges mains viriles en rajoutaient à ce beau tableau de bellâtre. Nil avait tout d’un dieu égyptien.»
Pour tout dire, Viviane Moluh Peyou, dans son roman qui nous garde en haleine jusqu’à la dernière page, nous sert une intrigue aux péripéties palpitantes dans un cadre enrobé de tonalité didactique et lyrique où évoluent des personnalités colorées qui facilitent l’analyse psychologique. Dans ce texte, à la satire cinglante et à l’émouvante pudeur, qui est recommandable à plus d’un titre, l’écrivaine nous replonge en pleine immersion dans l’environnement bamoun ou dans les traditions de notre terroir dans un roman écrit avec brio par les subtilités de la sensibilité féminine d’une plume libérée des lois du silence.
Si nous déplorons la présence de quelques coquilles qui seront certainement corrigées dans les prochaines éditions, la longueur excessive du chapitre six qui transgresse les lois de l’équilibre avec les autres ou les passages qui nous confinent dans une sphère surplombée par le merveilleux, «Poùre, le mouton noir des Njoya» permet une prise de conscience salutaire pour nous lever en chœur contre les inconsistances multidimensionnelles de notre société. Nous pourrons alors, sur cette lancée, militer en faveur des valeurs éthiques propres à bâtir une société plus humaine et plus équitable. Il faut également relever que nous sommes émerveillés par la maitrise pointue de la romancière de son patrimoine culturel.
C’est donc une invitation altruiste à l’enracinement patrimonial et un vibrant plaidoyer en faveur du respect des droits de l’Homme et spécifiquement de ceux des femmes et des libertés, de l’émancipation de la femme, dans le respect de notre identité, de la justice et de la tolérance, du combat contre toutes les formes de discriminations et de violences, de l’ouverture au monde, de l’acquisition de la science en vue du développement de l’amour, de la paix et du dialogue que notre contexte actuel appelle de tous ses vœux.
Yaoundé, le 23 mars 2023 Josée MELI AMBADIANG Critique littéraire
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«Quand les racines chantent», le nouveau roman de l’autrice camerounaise Danielle EYANGO qui met face à face le christianisme et la tradition pure, est disponible dans divers points de vente au Cameroun et en Europe. Laissez-nous un mail à acolitterature@gmail.com, pour plus d’informations.
Joseph MBARGA est un arracheur de masques. Il scrute les villes et les villages pour obtenir la matière de son œuvre. Et tel un secrétaire balzacien, il dresse le procès-verbal des scènes de vie de ses contemporains. Dans son ouvrage « La faim ne justifie pas les moyens », ed. Proximité, 2022, 60 pages, il recourt au genre de la nouvelle et propose à son lecteur un recueil de onze nouvelles à travers lesquelles, il révèle dans un registre satirique, le train-train des personnages résidant dans la ville de Tissoan Bèè et des villages environnants; personnages souvent compromis par les plaisirs de la table et très souvent désillusionnés par l’ironie du sort. Dès lors, pour comprendre comment se déploie le projet littéraire de Joseph MBARGA, abordons quelques clés thématiques de lecture, et ressortons par la suite les principaux traits caractéristiques de son style.
LES CLÉS THEMATIQUES DE L’ŒUVRE
Les récits qui composent ce recueil ont pour cadre spatial la ville de Tissoan Bèè et les villages environnants. Ce qui frappe à la première lecture de ce recueil c’est : l’omniprésence de la mentalité digestive, le dévoiement du service public et de la puissance publique, et l’ironie du sort qui désillusionne les habitants de Tissoan Bèè et environs.
L’omniprésence de la mentalité digestive Le motif de la faim, explicitement ou implicitement, irrigue ce recueil. Dès la nouvelle liminaire, on voit bien que l’auteur perçoit l’univers de la table comme particulièrement fécond pour sa création littéraire. Ses personnages aiment bien avoir une cuillère ou bien un verre à la main. Les habitants de Tissoanbèè et environs aiment bien les plaisirs de la table, ils aiment s’enivrer de nourriture et de vin. Ces plaisirs de la table ne connaissent ni la classe sociale ni le niveau intellectuel. Au village, par exemple, dans la nouvelle « La chasse tourne au vinaigre», Zoa le braconnier dans sa conversation avec son fils Bouli explique la nécessité de savourer les plaisirs de la table. Il dit par exemple qu’ « il ne faut pas sous-estimer la capacité d’un bon bouillon à remettre les idées bien en place dans sa tête» Le bouillon censé résoudre a priori les problèmes du ventre résout aussi ceux de la tête, pp.50-51.
Le dévoiement du service public et de la puissance publique Tissoan Bèè est une ville du tiers monde. C’est une capitale. Elle est dotée des institutions telles que la mairie, la sous-préfecture, l’université… Elle abrite aussi des instituions diplomatiques. Il s’agit donc probablement d’une capitale politique. Cependant, elle se caractérise par la misère et le désordre, et ressemble à plusieurs égards aux villages enclavés qui l’entourent. La mairie qui est chargée d’aménager la ville pour faciliter la circulation et le bien-être ne réalise pas ce qu’on attend d’elle. Sur la route, comme cela est magistralement affirmé dans « Le coquin cocorico du coa », les automobilistes mènent « un combat acharné contre la route » L’université, quant à elle, chargée d’encadrer les futurs cadres, se trouve dans un état de délabrement et de vétusté avancée comme on peut le constater dans « Coup de théâtre à l’amphi ».
Comment fonctionnent les dirigeants et les agents publics à Tissoan Bèè ? Les dirigeants et les agents publics de Tissoan Bèè se prennent pour des citoyens extraordinaires qui doivent être servis et qui peuvent exiger par la force des services des autres citoyens. Le policier Endama ne se gêne pas pour spolier les taximen et les petits commerçants, pp.31-36. Ils ont oublié que les fonctions qu’ils occupent ont pour objectifs de développer et de gérer le service public afin de satisfaire l’intérêt général; que la puissance publique dont ils sont détenteurs doit être utilisée dans l’intérêt général. Ils abusent ou tentent à chaque occasion d’abuser de leur autorité.
Joseph MBARGA
L’ironie du sort Le quotidien des habitants de Tissoanbèè et environs est rythmé par l’ironie du sort. C’est comme si le dieu de la fatalité se moquait fatalement d’eux en ce sens qu’un fait inattendu et désagréable vient toujours troubler une situation qu’ils croyaient ou envisageaient sous contrôle. Lorsque le recteur prépare la visite de l’ambassadeur, il n’envisage pas la sortie du serpent anaconda qui va venir tout gâcher, détériorer sa relation avec l’ambassadeur, et ruiner sa carrière administrative. De même, le jeune Kala ne s’attend pas à subir une injustice le jour de son anniversaire. Il mobilise des artifices du langage pour se tirer des embrouilles, mais son sort est en réalité déjà scellé, pp. 54-55. On peut tout de même faire un constat : si les artifices du langage prospèrent encore au village, espace où il y encore une certaine fascination à l’égard du savant, du sage et du rhéteur, en ville par contre, les gens semblent enragés et sont insensibles à toute forme de discours. On ne fait pas confiance aux orateurs. Peut-être parce que les populations, tout le temps, sont abusées par les politiciens. Ndimba, par exemple, voleur de sa propre nourriture et victime d’une chasse à l’homme parvient à se tirer d’affaire et à éviter le déshonneur grâce à la maîtrise du verbe et à la sensibilité des gens du village vis-à-vis du beau discours, p.42.
LES GRANDS TRAITS DE L’ECRITURE DE L’AUTEUR
L’auteur pense au plaisir de son lecteur. De ce fait, il s’appesantit beaucoup sur les jeux de langue, joue avec l’inattendu, et imprègne ses récits d’une atmosphère satirique.
Les jeux sur la langue porteurs de sens Le recueil est traversé par le jeu sur les mots. Même les titres, qu’il s’agisse du titre du recueil ou ceux des nouvelles, on voit une volonté manifeste de l’auteur de jouer avec les mots en faisant un usage inhabituel de la langue, en recréant la langue, et partant, en renouvelant le regard que l’on porte sur le monde. Par exemple, le titre « La faim ne justifie pas les moyens » est une réécriture significative du dicton « La fin justifie les moyens ». Ces jeux sur les mots permettent de mieux communiquer sur le fond. Un autre exemple pris une fois de plus dans la nouvelle liminaire, « La faim ne justifie pas les moyens », l’atteste. L’auteur fait un jeu sur l’onomastique des personnages pour montrer à quel point les deux principaux protagonistes se ressemblent. Il va recourir à la technique de l’anagramme pour composer leurs noms « Abé » et « Eba ». Cette construction est assez révélatrice du fond exprimé dans la nouvelle, p.7.
La technique de l’inattendu dans la composition Forme brève, la nouvelle se prête volontiers à des jeux de composition. Sa composition est soigneusement calculée pour produire chez le lecteur une émotion soudaine, un effet de surprise. Son dénouement (la chute) prend donc en général la forme d’un coup de théâtre. A la lecture des différentes nouvelles qui composent le recueil, le travail fait sur la technique de l’inattendu de l’auteur est assez captivant. D’ailleurs, c’est par la maîtrise de la technique de l’inattendu qu’il parvient à construire l’univers de fatalité qui désillusionne ses personnages. Dans « Le sous-préfet n’était pas au courant », l’inattendu stoppe net l’élan autoritaire du chef de terre. En effet, alors que le sous-préfet s’apprête à martyriser les personnes qui lui tiennent tête, il tombe sur la note de son départ en retraite, p 21. Dans « Coup de théâtre à l’amphi », on a le plaisir de voir comment un serpent anaconda rompt les espoirs du recteur qui attend les ordinateurs, p.24.
Le registre satirique Le ton dominant dans l’ensemble des récits de ce recueil est satirique. l’auteur, par son humour et la maîtrise de la caricature, s’attaque aux vices et aux ridicules de ses personnages. Dans la Nouvelle « Qu’en pense Evou », le narrateur ridiculise Ndimba enseignant de philosophie. En effet, après avoir discouru sur la nécessité de renoncer à la mentalité digestive, Ndimba professeur de philosophie, est surpris dans la cuisine de la mère de sa promise en train de voler pour satisfaire son ventre; une nourriture qu’il venait pourtant de décliner, pp. 41-42.
Pour résumer…
Dans ce recueil de nouvelles, le narrateur raconte sous forme d’anecdotes la banalité de la vie de ses personnages urbains et ruraux, très souvent rythmée par des ironies du sort. Grâce au registre satirique et au travail sur la langue, l’auteur invite ses lecteurs à plus de mesure, de simplicité et d’authenticité. De la sorte, il réalise pour la nouvelle, le projet qu’Horace avait assigné à la comédie : « corriger les mœurs en riant ».
Louis Audrey OYIE
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Joseph MBARGA présente son recueil de nouvelles les mercredi, 22 mars à l’Institut français de Yaoundé et le 23 mars, à l’Institut français de Douala. Ce recueil coûte 2.500 FCFA et est indisponible dans plusieurs points physiques, et sur Amazon.
LAMENU TEDJOU a presque 40 ans lorsque paraît en 2022, aux Editions Afrédit, «Aveuglée : La ruine de Mandy», son premier roman. A 40 ans, on peut prétendre observer et raconter avec du recul la vie, en l’occurrence celle d’une adolescente. Dans cet opuscule de 247 pages et articulé sur 16 chapitres, l’auteur offre à son lecteur un roman d’apprentissage qui met en scène le drame de Mandy Etamé, une adolescente en quête de soi. Mandy, élève en classe de terminale dans un internat, souffre d’un vide émotionnel causé par l’incompréhension de son père. Elle se retrouve dans les bras de son coach de gym et mentor M. Roga, un homme de 40 ans, marié et père de plusieurs enfants; croyant trouver en lui un père aimant. Elle finit par tomber follement amoureuse de lui sans se douter que ce dernier, maître dans l’art de la manipulation, avait un agenda caché. Dès lors, pour mieux comprendre comment se déploie le projet romanesque de LAMENU TEDJOU, intéressons-nous de façon plus détaillée à l’intrigue, et aux clés de lecture.
La quête de soi de Mandy
Dès l’incipit du roman, le narrateur rentre dans le paysage intérieur de Mandy, la jeune pensionnaire de l’internat « Fer de lance », et on découvre que la jeune fille se pose des questions sur son existence. Elle a constamment l’air pensive et suscite même la curiosité de ses camarades de classe qui la trouve bizarre. A cet internat, elle occupe ses heures libres avec du sport, la danse ou encore, comme on peut le lire à la page 20, elle écoute « beaucoup la musique méditative et projective », car « au fond de son âme, elle cherchait le sens de la vie. Elle avait parfois l’impression que la vie était plate et vide.»
L’incompréhension de son père
Les questions que Mandy Etamé se pose sur la vie ne semblent pas attirer l’attention de ses parents, notamment de son père, qu’elle a l’occasion de voir quelques fois. M. Etamé, homme d’affaires, n’est presque jamais présent à la maison. Très souvent, il prend part à des rendez-vous d’affaires qui trainent. Du coup, il ne s’aperçoit pas du vide intérieur que traverse sa fille en crise d’adolescence. Malgré la passion de Mandy pour la gymnastique, l’univers dans lequel elle semble se retrouver et s’épanouir, son père va lui interdire toute pratique du sport. Quand elle va lui annoncer son désir de devenir une championne, c’est avec colère qu’il va lui opposer sa désapprobation : « Quoi !? Championne de quoi ?? Il faut me laisser les bêtises que tu regardes à la télé hein ! Ta priorité c’est ton baccalauréat point barre, il n’y a pas rien d’autre. Donc tu m’arrêtes ton délire et à la place de ce désordre tu prends tes cahiers et tes livres. C’est bien compris ? Est-ce que c’est bien compris ? » Son désir est qu’elle soit avocate. Même si après, grâce à l’intervention de ses éducateurs de l’internat, M. Etamé va accepter que sa fille fasse du sport, il va toutefois lui interdire toute compétition en dehors de son établissement scolaire. Cette interdiction sera cependant bravée du fait de la manipulation de M. Roga, mentor et amant de Mandy.
L’aveuglement de son mentor
Le contact décisif entre Mandy et M. Roga se noue un soir après les entraînements. Elle va pour la première fois lui parler de ses problèmes personnels. En effet, alors que les entraînements étaient arrivés à leur terme, Mandy, pour éviter la compagnie de ses camarades, resta au gymnase et feigna des étirements. Son coach lui ordonna de partir en même temps que les autres, la jeune fille se sentit incomprise par tout le monde et tomba en sanglot. M. Roga se montra sensible à sa peine et l’amena à lui parler de ce qui la faisait souffrir. Elle lui fit part du manque d’affection de son père. Il se proposa de lui apporter lui-même un accompagnement psychologique. Elle crut trouver en lui un père aimant. Conscient de son talent et de ses aptitudes dans le sport, il entreprit de faire d’elle une championne, et pour cela, il lui donna un livre et deux DVD dont le contenu devait participer à son développement personnel. Mais surtout, il lui fit comprendre qu’il fallait qu’elle devienne une femme, qu’il fallait qu’elle se donne à lui, et qu’elle devienne sa femme, lui, le seul à savoir ce qu’il fallait pour faire d’elle une championne. Il lui prit sa virginité, un soir, chez elle, dans sa chambre, dans la maison de ses parents, et à même le sol. Après cette première fois, ils firent très souvent l’amour à la demande de sa pouline, dans le gymnase. Elle tomba enceinte. C’était le dessein de M. Roga. Sa grossesse devait augmenter de façon naturelle ses performances aux jeux scolaires africains, jeux auxquels M. Roga la fit participer frauduleusement, à l’insu de ses parents. Les jeux scolaires africains d’Abidjan vont bien se dérouler, la petite va remporter toutes les médailles à la grande joie, contre toute attente, de ses parents. M. Roga et Mandy étaient excusés. Cependant, la joie et le ravissement seront de courte durée : Mandy, follement amoureuse de M. Roga, veut continuer la relation et conserver la grossesse, mettre au monde Leur enfant; malheureusement, il estime avoir achevé sa mission avec elle et lui exhorte de se débarrasser de cette grossesse en pratiquant une IVG pour s’éviter des problèmes. Un soir, après lui avoir tenu des propos extrêmement blessants, dégradants et humiliants par message vocal, la jeune fille fait un malaise, s’ensuivra une fausse couche, qui permettra la découverte de toute son histoire avec M. Roga et la mise aux arrêts de ce dernier. Grâce à la dextérité de son avocat et l’aide de Mandy, il évitera une condamnation en justice.
La résilience de Mandy
La jeune Mandy, résiliente, va survivre à son drame et se reconstruire. Son premier amour lui a brisé le cœur et l’a laissé en miettes; elle a perdu l’enfant qu’elle souhaitait garder par amour. Mais avec l’aide de sa mère, elle décide d’être forte, d’aller de l’avant, de continuer le sport, ses études et de redécouvrir l’amour.
CLES DE LECTURE
Ce roman met en perspective la complexité de l’existence humaine et des rapports humains. De ce fait, quelques thèmes importants méritent d’être abordés à savoir la quête de soi, le jeu des apparences et la morale conséquentialiste.
– La quête de soi chez l’adolescent : A un moment de la vie, on se pose forcément des questions sur soi-même, on se cherche et se pose des questions existentielles du genre : Qui suis-je ? Quelle est ma place dans ce monde ? Que dois-je faire ? La vie a-t-elle un sens ? Quel est le sens de la vie ? Si on n’a pas de réponse à ces questions, on peut ressentir un vide existentiel. Et à ce vide existentiel, si on a l’impression d’être incompris, un vide émotionnel. La jeune adolescente qui se cherche sur le plan existentiel a besoin de son père pour être en sécurité émotionnellement. L’absence du père ou l’incompréhension du père peut causer une angoisse qu’elle va chercher à soigner dans les bras d’un autre homme qui va lui prêter attention. Or, les hommes matures très souvent rencontrés dans le milieu éducatif profitent souvent des problèmes de ces adolescentes, les séduisent pour abuser d’elles. Et les jeunes filles comblent le vide qu’elles ressentent par le sexe ou l’amour charnel. Dans le roman, on voit bien que la jeune Mandy Etamé croit au départ trouver en son éducateur un père aimant. Or, il va la fasciner, l’aider à mieux s’affirmer, pour qu’elle soit à sa merci.
–Le caractère trompeur des apparences en société: Dans ce roman, on déduit qu’il ne faut surtout pas se fier aux apparences. Le plus souvent, les hommes montrent ce qu’ils ne sont pas ou encore laissent triompher une image erronée de ce qu’ils sont en réalité. Ils tiennent plus à leurs apparences qu’à leurs êtres réels. La manière qu’ils apparaissent dans l’espace public est toujours liée à un calcul. Et dans ce jeu des apparences, tout le monde est le dupe de tout le monde. En effet, si on considère par exemple la famille Etamé, notamment M. Etamé, il donne l’impression d’être un homme droit et juste alors qu’il est un falsificateur et un corrupteur. L’homme d’affaires et son épouse falsifièrent l’âge de leur fille, Mandy Etamé, ils baissèrent son âge de deux ans, de sorte que lorsqu’il attaqua M. Roga en justice pour détournement de mineur, il assura de droit la représentation de sa fille, officiellement âgée de 16 ans. Par ailleurs, Mandy, bien qu’ayant personnellement renoncé à ses médailles, ne rendit pas publique son histoire pour ne pas perdre l’image que les jeunes avaient d’elle : on la prenait pour modèle. La justice s’était arrangé avec la presse pour qu’elle raconte une version qui n’avait rien à voir avec la vérité : il ne fallait pas perdre la face.
– Le triomphe de la morale conséquentialiste dans les rapports humains En matière de morale, il existe deux grands systèmes : la morale déontologique et la morale conséquentialiste. Pour la morale conséquentialiste, une action est moralement juste ou bonne si les résultats recherchés sont atteints. De ce point de vue, les moyens importent peu, seuls les résultats comptent. C’est tout le contraire de la morale déontologique. L’auteur montre que les rapports sociaux sont essentiellement guidés par la logique de l’intérêt, du résultat. Dans ce roman, pour réaliser des performances avec sa pouline, le coach Roga va user de la manipulation et de la tricherie, en violant non seulement l’éthique de sa profession d’éducateur, mais en violant aussi l’éthique du sport en recourant à une méthode de dopage naturel « la théorie russe », d’après laquelle les hormones en hyper production et activité favorisent chez la sujette enceinte une puissance physique et psychique au-dessus de celle de ses adversaires. Cette théorie lors du jugement de M. Roga va positivement impressionner le juge. Ce qui compte pour M. Roga, ce sont les résultats, de les moyens importent peu. Le plan de M. Roga fonctionne à merveille parce que la jeune adolescente est à sa merci, du fait de la distance qui existe entre elle et son père et du potentiel de la jeune fille qu’il avait dès le premier regard décelé. Le narrateur le présente comme un passionné de sport mais en réalité M. Roga c’est un passionné de victoires. Il est donc clair qu’il n’est pas amoureux de la jeune femme, ce qui l’intéresse ce sont les exploits sportifs qu’elle peut réaliser sous sa supervision. D’ailleurs, dès le début du roman, lorsqu’il la voit pour la première fois, son potentiel d’athlète tape dans son œil. Il décela une cible sur laquelle il va mettre en application sa théorie.
LA TYPOLOGIE DU ROMAN
Ce roman de LAMENU TEDJOU présente les caractéristiques du roman traditionnel et du roman d’apprentissage.
– Un roman traditionnel : Dans son œuvre, LAMENU TEDJOU s’est conformé aux règles du roman traditionnel. Tout d’abord, il s’est attelé à mettre en scène des personnages en cherchant à leur donner une existence réelle à partir d’un état civil et d’une description physique et psychologique. De ce fait, le lecteur n’a pas besoin des actions pour saisir ce que sont les personnages, puisque ceux-ci ne se révèlent pas tant que ça à partir de leurs actions. Ils sont suffisamment décrits à la troisième personne par un narrateur omniscient. Si on considère par exemple l’héroïne, elle a un nom construit tel que les noms sont construits au Cameroun, elle est élève en classe de terminale, l’aînée d’une famille de trois enfants, son caractère est très bien exposé par le narrateur, notamment au chapitre premier, même s’il évolue au cours de l’intrigue. Ensuite, l’auteur crée l’illusion du réel à travers le réalisme langagier : les expressions telles que « bana loba » (P79) ou encore les interjections telles que « ooooko ! » qui se réfèrent au Cameroun; le réalisme spatial avec les villes telles que Douala, Abidjan qui sont bel et bien réelles. Enfin, l’auteur a construit un récit simple avec une unité d’actions sur la ruine de Mandy, et une action centrée sur le personnage Mandy Etamé dont le nom apparaît dès la première page. Il est de ce fait aisé de ressortir le schéma narratif.
– Un roman d’apprentissage : Encore appelé roman de formation ou d’éducation, le roman d’apprentissage est un roman qui décrit la maturation d’un héros. Il démarre naïf, se confronte aux expériences et aux épreuves de la vie qui l’aident à mûrir. Le héros découvre les grands évènements de l’existence à l’instar de la mort, de l’amour, du sexe, la trahison, la déception. Il se forge au terme du processus une conception de la vie. Le roman d’apprentissage rompt de ce fait avec la fonction première du roman qui est de de transporter le lecteur dans un monde onirique. Ce roman présente les caractères du roman d’apprentissage dans la mesure où on a d’abord une héroïne qui fait face au monde et a le sentiment d’être incomprise – elle fera des expériences qui vont l’amener à découvrir le monde et à devenir une « femme » notamment par l’intermédiaire de son mentor. Il va lui apprendre la discipline qui va lui permettre de s’affirmer dans le sport, la résilience mais surtout le sexe. Le jour où il lui prit sa virginité dans la maison de ses parents, quelques heures après, Mandy retourna à l’internat et alla le retrouver à la salle de gymnastique où elle lui fit comprendre que « l’amour était un peu trop furtif tout à l’heure à la maison, et qu’elle en voulait encore. M. Roga écarquilla les yeux. Mandy lui prit la main de sang-froid et l’entraîna dans une pièce attenante contenant du matériel. Ils y firent de nouveau l’amour, intensément, pendant une vingtaine de minutes. Mandy se rhabilla et laissa là M. Roga. » (P100). Il sera l’auteur de sa transformation et de ses dérapages. Et c’est elle qui finira par lui sauver la peau. Malgré la déception et la désolation qu’elle va connaître, grâce à sa résilience, elle va parvenir à se réconcilier avec le monde, et y prendre place, aimer et être heureuse.
En somme
A travers ce roman d’apprentissage, l’auteur démontre que la morale conséquentialiste qui règne dans les rapports sociaux expose les plus naïfs à l’exploitation, la désillusion et la désolation. L’adolescence est une période de transition extrêmement délicate, où l’on se pose beaucoup de questions sur soi, où on vit beaucoup de changements sur soi. Les parents ne peuvent pas se permettre d’éviter et d’éluder les questions existentielles que se posent leurs enfants. Lorsqu’ils laissent un vide émotionnel, des individus aux agendas cachés viendront en profiter. L’adolescent a besoin d’être rassuré et considéré prioritairement par ses parents, qui doivent être ses premiers mentors.
Audrey OYIE
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L’association FECA au Cameroun lance un appel à partenaires et sponsors pour cette deuxième édition du CHALLENGE INTER-ORPHELINATS. Une initiative qui permet la détection des talents des enfants vivant dans des centres d’accueil et des orphelinats. N’hésitez pas à contacter cette association pour plus d’informations et pour contribuer à la bonne tenue de cet évènement, et au suivi des enfants après l’événement.
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Victor BAGORO est né le 18 Mai 1986 dans la maternité de Marcory en Côte-d’Ivoire. A l’âge de six ans, il rentre au Burkina Faso, son pays d’origine. Il fait tout son cursus primaire à l’école Goundi B, dans son village. Et ses études secondaires à Réo, un département de la région du centre Ouest burkinabè.
En classe de troisième, il perd son père. La vie devient difficile. Les difficultés à verser les frais de scolarité se font grandissantes. Ce qui a pour conséquence l’échec à son examen.
Après deux années blanches, il décide de quitter le Burkina Faso pour le Sénégal. En fin mars 2008, il s’installe à Dakar. En 2009, il se rend dans la région de Fatick, où, en tant que candidat libre, il réussit à l’examen du BEFEM la même année. L’année d’après, il s’inscrit en classe de seconde, et en 2011, en classe de première. De retour à Dakar. Il s’inscrit en classe de terminale et obtient son baccalauréat.
Après la classe de terminale, Victor BAGORO opte pour une formation en DTS Hôtelière. Et depuis 2015, il est chef cuisinier dans une société au Sénégal.
Quand elle apprend que son corps ne présente plus la moindre trace d’utérus, car il a disparu d’une façon qui laisse le personnel médical perplexe, Jasmine Yondo, une juriste très courtisée voit son monde s’écrouler et sombrer dans le chaos. Avec l’aide de l’abbé Martin Samnick, elle réalise, grâce à ses méditations, que seul un retour à Bonendalè, sa terre natale, va permettre de comprendre ce qui se passe. Dooh la Mudi, Janéa, est un chef traditionnel respecté pour sa puissance et son bon sens. Entre l’abbé Martin et lui, naît une fraternité au bout d’une rude mise à épreuve parsemée de joutes entre les pratiques rituelles traditionnelles et les méthodes chrétiennes. Dans cet univers trouble, où la malédiction frappe une même famille de génération en génération depuis la création de Bonendalè, Jasmine se retrouve projetée dans un passé tortueux et douloureux.
Le chemin vers le rachat de toute une lignée de femmes fortes mais oubliées du bonheur, entraîne Jasmine vers trois nuits entre les forêts où siègent les morts, les eaux porteuses d’esprits en furie et les souvenirs révélateurs d’un secret lourd et déchirant. Si Jasmine commence à vivre et ressentir le poids des multiples humiliations des femmes dont elle est la descendante, elle revit aussi son propre passé, ces péripéties qui ne lui ont pas laissé la moindre chance d’avoir une vie d’adulte libre et épanouie ; elle en conclut qu’elle est maudite.
Danielle EYANGO, auteure de «Quand les racines chantent»
Abandonnée de tous, elle trouve refuge dans la foi et surtout grâce à l’abbé Martin Samnick qui, lui aussi, connaît des épreuves lourdes et embarrassantes au sein du clergé à cause de sa passion débordante pour la foi et l’honnêteté. C’est lui qui va intercéder auprès des gardiens de la tradition Bonendalè, afin qu’il lui soit permis de marcher sur le chemin de la rédemption et affronter à la fois ses peurs et celles de toutes les femmes qui l’ont précédée dans cette lignée.
Les batailles se multiplient pour une guerre dont tout le monde se demande si elle verra l’issue. Et si jamais elle y parvient, l’état dans lequel elle sera semble la préoccupation du puissant Janéa et de son irréductible nouveau frère, Sango Pata, l’abbé Martin. La venue de Jasmine à Bonendalè soulève des passions parfois très noires, et les combats spirituels font rage. Il n’est plus possible de faire marche arrière et avancer devient de moins en moins évident, car la démarche entreprise par Jasmine menace un ordre établi depuis des ères que la jeune juriste défigurée et amaigrie ne soupçonne même pas.
Les points de vue entre Janéa et Sango Pata continuent de diverger, mais sans animosité désormais, chacun découvrant l’authenticité des valeurs prônées par l’autre. Toutefois, de lourds secrets demeurent entre eux et les maintiennent en état d’alerte. Le temps ne joue pas en leur faveur, car celui de Jasmine s’amenuise au fil des épreuves.
Aidée de son inébranlable foi, Jasmine va donner jusqu’à sa dignité pour espérer trouver des réponses à la série de malheurs qui s’est abattue sur elle, drainant d’autres encore plus lourds et intenses. La voie de sa rédemption semble ne porter aucune lumière, pourtant…
Ray NDÉBI, analyste littéraire / coach creative writing & reading
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Danielle Eyango est une romancière et poétesse camerounaise installée à Douala. Son premier ouvrage, «Kotto Bass : Comme un oiseau en plein envol», est un roman qui raconte les visites étranges que lui rend l’esprit de son oncle, le célèbre chanteur et musicien camerounais nommé Kotto Bass, alors décédé brutalement quatre ans plus tôt, la veille d’une tournée internationale.
Paru en 2012, ce roman est le premier pas vers sa rencontre avec la plume. En 2020, par les éditions de Midi au Cameroun, elle offre au public «Le parfum de ma mère», un recueil de poésie illustré par des tableaux de peinture, et puisé dans la profonde Nuit dans laquelle sa Muse l’entraîne.
Le poème dont le recueil porte le titre a été auparavant primé lors d’un concours, par la Société des Poètes et Artistes du Cameroun. En 2021, elle fait partie d’un collectif d’écrivaines avec le Dr. Sophie Yap, le Dr. Chantal Bonono et Sandy Nyangha qui, sous la houlette de la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, s’insurgent contre l’horrible assassinat des jeunes élèves à Kumba, une ville du Cameroun. Le recueil bilingue «Kumba ! The Innocent’s Blood/ Kumba ! Le sang des innocents» a été publié aux éditions Proximité.
Elle a entrepris de narrer la véritable histoire de Rudolph Duala Manga Bell à travers une série littéraire dont les différents épisodes sont lus et suivis à forte audience sur sa page facebook.
Ce mois de février (2023), son nouveau roman, «Quand les racines chantent», a paru aux Éditions AfricAvenir, une maison d’édition au Cameroun. Il sera présenté au public le 04 mars 2023 au siège de la Fondation AfricAvenir International à Douala.
L’univers de Danielle EYANGO est marqué par la musicalité orale à la fois poétique et mélancolique, propre à la tradition du peuple Duala dont elle est issue. Elle travaille à la promotion de ce qu’elle a baptisé « lithérapie » dans les établissements scolaires ; dénomination octroyée au processus de guérison intérieure via la littérature. Danielle EYANGO croit fermement que la littérature peut nous sauver de nos démons intérieurs.
Danielle EYANGO (Crédit photo : Tally MBOCK)
Dans ses ateliers, elle travaille également à l’amélioration des conditions d’écriture et de lecture, et l’éveil des vocations littéraires chez les jeunes. Présidente de la Fondation Kotto Bass, créée en 2015 en hommage à son défunt oncle, Danielle Eyango met ses ressources au service des enfants handicapés, des démunis et des jeunes femmes vulnérables, ainsi que des familles démunies suite à la crise anglophone qui sévit au Cameroun.
P.O. pour Linelitt et les arts
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Les artisans du Made in Cameroon dans les filières transport, agro-industrie, économie numérique, Finances se donnent rendez-vous à Douala à l’hôtel Sawa du 11 au 15 Mars 2023, pour la 5ème édition du Forum International de la PME : PMEXCHANGE.
Cette édition est placée sous le Haut Patronage du Premier Ministre, chef du Gouvernement, avec la présence du ministre des petites et moyennes entreprises et de l’economie sociale et de l’artisanat.
PMEXCHANGE 5ème édition est une plateforme d’affaires 100% hybride pour renforcer le tissu industriel camerounais grâce à des PME/PMI plus innovantes, mieux structurées et des accompagnements ciblés. Les entrepreneurs de la Diaspora peuvent souscrire au PMEXCHANGE VIRTUAL ACCESS par le lien www.pmexchange.cm pour valoriser le savoir-faire camerounais et réserver des rendez-vous B to B en ligne avec des futurs partenaires basés au Cameroun.
Au programme, des journées thématiques avec des pannels d’experts, des expositions et des rencontres BtoB. Il est encore temps de réserver son stand. Contacts : 697059099 / 651611318