
Bonjour, Béatrice MENDO. Nous vous laissons vous présenter à nos abonné.e.s.
J’aime souvent à dire que je suis « une fonctionnaire fantasque ». En fait, je suis un un fonctionnaire (de l’administration des finances) à l’imagination débordante, qui écrit beaucoup. Après des études de philologie romane, de sciences politiques, de communication et de sciences sociales, il me semble que l’univers des choses que je peux concevoir et écrire s’est profondément dilaté. La conséquence en est que je suis un auteur aux écrits multiples et variés, qui vont de la nouvelle au roman policier, en passant par le haïku et les contes.
Vous êtes, effectivement, une auteure camerounaise et votre dernier livre, L’argent n’a pas d’oreilles, a paru en 2020. Il s’agit d’un livre destiné aux enfants. Béatrice Mendo, pourquoi les enfants devraient-ils le lire ?
Ce recueil de contes n’est pas seulement destiné aux enfants, mais aussi à tout adulte qui a gardé son âme d’enfant. Il y a des contes accessibles pour les enfants, mais aussi d’autres un peu philosophiques destinés à des entendements plus mâtures. Pourquoi est-ce que les enfants devraient le lire ? Parce qu’ils apprendront beaucoup de choses tout en profitant d’une lecture agréable.

Ces contes donnent des leçons de vie, d’une manière ludique et efficace. Les conséquences de la paresse, de la gourmandise, de la vanité, de la convoitise, de la méchanceté, etc. sont présentées aux enfants dans des récits émaillés d’humour et soutenus par des illustrations belles et évocatrices à souhait.
Lorsque vous écrivez, vous posez les mots comme ils viennent ou alors vous avez un procédé d’écriture particulier ? Surtout qu’on sait qu’écrire pour les enfants n’est pas aussi aisé qu’on le pense.
Je commence par la moralité, la petite sentence finale qui peut être un dicton populaire ou un adage de mon cru, c’est le point central qui doit édifier les enfants. A partir de cet adage, de cette pensée formulée ou reformulée, qu’on retrouve à la fin de chaque conte, par exemple « l’argent n’a pas d’oreilles, il ne répond pas quand on l’appelle », je tisse une histoire que justifie et légitime ma conclusion. Vous comprenez donc qu’une seule moralité peut susciter des histoires différentes, mais qui toutes la mettent en exergue.
Ce n’est pas facile d’écrire pour les enfants, il faut savoir les captiver par des récits faciles à lire et suffisamment imagés pour capter et captiver leurs jeunes imaginations qui peuvent déjà être débordantes, elles aussi.
Parlant de littérature jeunesse, quelle analyse faites-vous de ce secteur au Cameroun ?
On constate des ébullitions naissantes dans le secteur. Les imaginations et initiatives chauffent, bientôt, je l’espère, la marmite va bouillir et le secteur pourra servir des plats appétissants aux lecteurs du Cameroun et du monde entier. Il faut déjà saluer le travail effectué par les Editions Adinkra dont la promotrice est la dynamique Armelle Touko, qui sont en train de se positionner comme un acteur majeur de la littérature pour enfants, et qui proposent des contenus afrocentrés, qui valorisent nos cultures. Dans la collection de contes en ligne que proposent les Editions Adinkra, on peut lire mon conte « La princesse grenouille ». Pour une somme modique, des parents s’inscrivent sur la plateforme élaborée à cet effet et ont accès à une variété de récits qu’ils peuvent offrir, voire les raconter eux-mêmes à leur enfants. C’est pour ça que je pense que si ce secteur est efficacement soutenu, les nombreux lecteurs pourront se régaler de magnifiques récits.
Qui dit mois d’avril dit, entre autres, Journée du livre et du droit d’auteur. Béatrice MENDO, si cette célébration vous est confiée, quel.le.s sont les dix jeunes acteurs (actrices) du livre en Afrique que vous choisirez pour vous accompagner dans cette tâche et pourquoi ?
10, c’est beaucoup, et nous touchons là un aspect qui révèle certaines faiblesses du secteur : la communication. Il y a une multitude d’initiatives, qui évoluent en parallèle alors qu’elles gagneraient beaucoup à se croiser en vue de mutualiser leurs efforts. Les Editions Adinkra avec lesquelles je travaille n’hésitent pas à collaborer avec différents acteurs, ce qui me permet de citer encore des noms, Nadine Mekougoum, promotrice des librairies M’wina spécialisées dans le livre africain pour enfants. Le projet Harambee Africa dont l’objectif entre autres est de promouvoir le livre et la lecture notamment chez les enfants défavorisés. David Wanedam avec « Lire au Sahel » qui a mis sur pied un projet intéressant, le projet Moota Andal avec sa médiathèque mobile. Voilà, pour moi, les initiatives camerounaises dont je peux parler, il y a bien sûr des projets tout aussi intéressants en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon et au Tchad, de même que dans les deux Congo. Pour finir, je trouve des espaces de rencontre comme « Le salon du livre pour enfants » particulièrement prometteurs; ils gagneraient à bénéficier de soutiens substantiels de la part des pouvoirs publics.
Linelitt
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