Les 5 questions posées à Fann ATTIKI, slameur, poète, romancier congolais, prix Voix d’Afriques 2021

Poète et slameur à la base, vous êtes Congolais, originaire de Pointe-Noire, et prix Voix d’Afriques 2021 avec votre roman « Cave 72 ». Que pouvons-nous savoir de plus sur votre vie littéraire ?

Ce qu’on peut appeler « ma vie littéraire » n’est qu’une des multiples conditions de mon humanité. Citoyen, artiste engageant, friand de littérature, comédien, coach de slam bénévole, rêveur, consommateur… Toutes ces conditions ne peuvent se désarticuler les unes des autres. Elles s’influencent mutuellement, façonnent et régissent mon existence. On ne peut donc séparer l’homme du romancier, ni le romancier de l’informaticien, ni l’informaticien de… car toutes ces conditions font évoluer mes pensées, mes pensées changent mon environnement, mon environnement m’inspire et affecte mes conditions, mes conditions font évoluer mes pensées, ainsi de suite. Tout est lié dans mon quotidien, et ce Tout constitue ma Vie. Ceci dit : l’initiation des plus jeunes à la poésie, l’organisation d’un concours de slam inter-école, ma participation à quelques projets de théâtre, les discussions publiques avec mon cercle d’amis « les têtes brûlées » sont ce qu’il y a savoir, de plus, sur ma Vie.

Avec « Cave 72 », vous souhaitez relever la résilience des Congolais après la guerre civile de 1979 à 1997. Quelle place occupe le livre en général dans les habitudes des Congolais et quelle est votre vision de la chaine du livre au Congo ?

La République du Congo a connu des guerres civiles courtes, espacées de plusieurs années. Celle de 97 est de loin la plus dévastatrice, la plus horrible, la plus longue.
Le livre s’étend sur trois dimensions : la lecture, l’écriture et le rêve. Comme dans le reste du monde, les Congolais ne sont pas l’exception d’une réalité qui voudrait qu’il y ait beaucoup plus de personnes qui rêvent de publier un livre, beaucoup de manuscrits qui prennent de la poussière sur des étagères ou dans les tiroirs, et très peu qui lisent. L’amour du livre (donc de la lecture) est une affaire d’éducation et d’initiation. Très peu de parents en font une culture et leurs enfants les miment.


Bien d’imprimeurs portant le nom de maisons d’édition, prolifèrent au Congo tels des champignons vénéneux, et empoisonnent le domaine du livre. Comment aspirer à un véritable marché du livre si la diffusion et la promotion ne sont pas une priorité ? Comment demeurer une terre de littérature lorsque ces imprimeurs, par appât du gain, publient à compte d’auteur le premier venu, tuant ainsi l’émulation saine qui conduirait à plus d’exigence, plus d’originalité, plus de créativité ?

Du slam au roman : un parcours du combattant ou une évidence pour vous ?

Avec du recul, je dirais une évidence, puisque je reste fidèle au registre de l’oralité. Dans le slam, je porte la voix. Dans le roman, mes personnages en assument le rôle. Pourtant, avant de penser la première phrase de «Cave 72», j’ai dû me convaincre pendant de longues années que j’en étais légitime. Il est prétentieux de se lever un matin et de se considérer collègue de Dongala, de Labou Tansi, de Mabanckou, de Flaubert, d’Hugo…

Parlons de votre premier amour, le slam. Vous êtes slameur et vous enseigner cet art. Pour Fann ATTIKI, quels sont les éléments pour magnifier un texte de slam ?

Enseigner est un fort mot. A mon avis, ce sont initier, entrainer et guider qui conviennent le mieux pour décrire ce que je fais ; tous les Congolais portent en eux les germes de la poésie. Justement, c’est ce mot, « poésie », qui résume tout ce qu’il faut, à mon sens, pour sublimer un texte. Car la poésie consiste, non pas à dire de belles choses mais, à dire les choses de la plus belle des manières. Pour cela, j’évoque sans cesse – lors de mes ateliers – le principe de l’OISO : Observation, Imagination, Subtilité, Originalité.

Quels sont vos cinq conseils aux jeunes auteur.e.s ou auteur.e.s en herbe africain.e.s ?

Lire, lire, lire, apprendre des autres grâce à des échanges et prendre son temps.

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