D-LIVRE… Sabine MENGUE, auteure camerounaise


« Ce roman porte également mes espoirs d’une aube nouvelle pour l’unité nationale au Cameroun, dans chaque pays africain et entre tous les africains. »


Bonjour, madame et merci de vous prêter à ce jeu de questions. En tant qu’auteure, comment vous définissez-vous ?


C’est moi qui vous remercie de me prêter votre tribune pour parler de mes livres. Pour répondre à votre question, je dirais que je suis une exploratrice de la nature humaine et une passionnée de la transmission. Je ne me donne pas de limites de genres dans mon expression littéraire.

Vous avez flirté avec la poésie, la bande dessinée, et cette année vous avez jeté votre dévolu sur le roman. « Et les femmes se sont tues » est né. On peut distinguer sur la couverture un soleil qui se couche ou se lève, la statue de la réunification à Yaoundé, un homme âgé sur une moto enchainé au conducteur… Tellement de symboles ! Sabine MENGUE, parlez-nous de ce roman.

Je suis heureuse que vous ayez observé certains détails de cette couverture réalisée par un jeune camerounais, Michel AMBASSA. En effet, à elle seule elle illustre les grandes lignes du roman.
D’abord la transmission intergénérationnelle, qui est un des thèmes centraux du récit. La chaine qui lie le jeune au vieillard représente un destin commun. Le destin des jeunes africains d’aujourd’hui n’est pas indépendant du sacrifice que les plus anciens, des gens ordinaires, voire anonymes pour les historiens, mais connus de leurs famille et entourage, ont concédé. Mon espoir est que ce roman soit un prétexte pour beaucoup d’échanges dans les familles, entre les grands-parents qui sont de plus en plus délaissés aujourd’hui et leurs petits, voire arrière-petits-enfants.


Ce roman porte également mes espoirs d’une aube nouvelle pour l’unité nationale au Cameroun, dans chaque pays africain et entre tous les africains. Au Cameroun, cette unité dont le socle est l’engagement de nos grands-parents du nord au sud, de l’est à l’ouest, devrait être précieuse pour notre génération et celle de nos enfants. Pour cela, je vous inviterai à lire le discours de la renaissance de Ange, celle par qui l’histoire a commencé.

La femme qui domine le paysage a en même temps le poing levé et une main sur la bouche, car j’ai un rêve : celui que la femme africaine reprenne la parole pour réclamer l’avènement des lendemains meilleurs pour tous les enfants du continent.
La moto symbolise le temps qui s’accélère, l’histoire qui avance et que l’on ne peut pas arrêter.

Comment avez-vous procédé pour l’écrire, ce roman somme toute historique ? Êtes-vous allée sur le terrain pour avoir des idées, par exemple ?

J’ai commencé l’écriture de ce roman en 2019. Tout part de l’histoire de mon grand-père qui a été prisonnier à Mantum, arrêté lors des manifestations contre les résultats des élections législatives du Cameroun Fédéral en avril 1964. Aussi, il y a en partie des faits réels récoltés auprès de ma famille, ma maman, mes oncles et tantes… Ils m’ont transmis des informations précieuses sur le contexte des années 60, la vie courante, ce que les gens buvaient, quels types de musiques ils écoutaient, comment était la ville, l’habitat à Yaoundé, la vie dans les quartiers, etc. Ensuite, je me suis basée sur des ouvrages d’histoire et des travaux de recherche universitaires. J’ai enfin consulté des historiens qui ont pu me donner certaines informations basées sur leurs propres souvenirs. En tout cas, le lecteur pourra se référer à la fin de l’ouvrage pour voir les sources.


Enfin, en 2022, lors d’un voyage au Cameroun, j’ai fait une tentative de consultation des Archives Nationales du Cameroun et celles de la prison de Mantoum où était incarcéré mon grand-père. Ma tentative n’a pas abouti, mais je ne désespère pas de pouvoir un jour y accéder.

Et les femmes se sont tues veut, à travers une histoire d’amour, une histoire de famille et une histoire politique, susciter le désir chez les jeunes et les moins jeunes d’aller chercher, lire l’Histoire, raconter et se laisser raconter l’histoire des hommes ordinaires, pour se poser la question de leur propre engagement en tant que citoyen.

Il faut préciser que ce livre parait en autoédition… Quelles sont les difficultés d’une autoéditée et aussi ses avantages ?

Je ne peux pas en parler de manière exhaustive ni pour tous les auteurs autoédités, mais je peux revenir sur mon expérience. Ce qui a guidé mon choix ce sont les lecteurs. Je souhaitais toucher en premier lieu les lecteurs qui vivent en Afrique et au Cameroun en particulier. Or, les maisons d’édition basées en France, où je vis actuellement, n’atteignent pas facilement ce public. Je voulais également me soustraire aux aléas temporels d’une maison d’édition. Si vous en trouvez une qui accepte d’éditer votre texte : soit elle vous presse de sortir un livre à telle date, soit elle prend beaucoup de temps pour vous publier. Et cela peut vous refroidir dans votre processus d’écriture.
En revanche, l’autoédition requiert une grande exigence. Mon but était d’arriver à un livre aussi professionnel que celui d’une bonne maison d’édition. Mais tout repose sur vous après avoir écrit votre roman ; toutes les charges et démarches vous incombent : la conception, les coûts de relecture, de la couverture, de l’impression, du référencement de l’ouvrage, de la communication, de la distribution, etc. J’ai aimé réaliser une grande partie de ce travail, mais il est primordial de se faire accompagner par des professionnels à certaines étapes, comme des agents littéraires et d’autres, pour que justement le livre rencontre le lecteur.

Quelles sont vos prochaines actualités ?

Parallèlement à la sortie de Et les femmes se sont tues, j’ai également publié un recueil de textes poétiques, Posie Berry. Il fera sa propre vie, car je n’en fais pas tellement la publicité. C’est un recueil qui rassemble des textes assez engagés, qui questionnent l’évolution technologique et les relations sociales, la vie des jeunes, nos racines… D’autres surprises arrivent en 2024.
Mais avant tout, j’espère venir au Cameroun en 2024 pour rencontrer les lecteurs de Et les femmes se sont tues.


Propos recueillis par Linelitt’



Espace PUB’

En collaboration avec Ghosts Universe, ACOLITT tiendra un atelier d’écriture ce dimanche. Il se tiendra en ligne et sera accessible le jour dit, dès 15h,  par le lien suivant : https://meet.google.com/ibe-qcuv-scv



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