
Ne Crains Rien Je T’aime, le Film du Camerounais Thierry Ntamack est sorti en 2019. Je l’ai regardé un an plus tard, et je l’ai à nouveau fait ce weekend. Vu les drames liés à la gent féminine que la toile nous présente chaque jour, j’ai eu envie de #parler_seulement.
Brièvement, dans ce film, la viølence conjugale ne se résume pas à un coup porté dans un moment de col€re à cause d’un »i » manquant dans un prénom (allez regarder le film sur Youtube pour comprendre), elle s’inscrit dans le corps, dans la mémoire et dans toute une existence. L’actrice principale, 𝗦𝗮𝗿𝗮𝗵 (Tatiana Matip), en porte les conséquences les plus terribles, qui vont jusqu’à la perte d’une partie de son corps. Ce n’est plus seulement une femme qui a été bl€ssée, mais une partie de son intimité, de son histoire corporelle et de son avenir qui a été détruite. Son corps est devenu la preuve silencieuse de ce que les mots ne suffisent plus à raconter.
#Pauline_parle_seulement
Une vic*time peut survivre aux coups et pourtant devoir vivre toute sa vie avec ce que ceux-ci lui ont volé. Car les viølences conjugales ne s’arrêtent pas nécessairement lorsque l’agr€sseur disparaît : elles peuvent continuer à travers les traumatismes, la peur, la perte de confiance, les troubles psychologiques et la difficulté à reconstruire une relation saine.
Le parcours de Sarah l’illustre avec une force particulière : les blessures qu’elle porte ne disparaissent pas simplement parce qu’elle quitte 𝗥𝗼𝗺𝗮𝗶𝗻 (Thierry Ntamack). Sa dém€nce, telle qu’elle est représentée dans le film, apparaît comme l’une des manifestations les plus poignantes de cette destruction intérieure. Elle a survécu à une relation qui l’a profondément brisée, mais elle doit désormais apprendre à vivre avec les décombres psychologiques qu’elle a laissés derrière elle. Même son nouveau compagnon, 𝗗𝗮𝘃𝗶𝗱 (Guy Michel KINGUE), qui devrait représenter une nouvelle chance, se retrouve confronté aux conséquences d’un passé qu’il n’a pas créé. Sa souffrance psychologique m€nace cette relation qui aurait pu lui permettre de retrouver l’amour et la confiance.
𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 montre qu’une victime peut avoir peur d’aimer à nouveau, interpréter une parole ordinaire comme une m€nace, douter d’un geste tendre ou rester prisønnière de souvenirs qu’elle n’a pas choisis. La reconstruction exige donc du temps, de l’écoute, de l’accompagnement et la possibilité de retrouver progressivement confiance en soi et dans les autres.
Cette réalité prend une résonance particulière lorsqu’on la replace dans le contexte mondial des #féminicides. En 2024, près de 50.000 femmes et filles ont été tu€es dans le monde par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit environ 137 par jour. Derrière ces chiffres se trouvent des vies, des familles et des destins brisés. Selon les Nations Unies, l’Afrique affichait le taux estimé le plus élevé de f€minicides.
Le f€minicide ne surgit pourtant pas toujours de nulle part… Il peut être précédé par des insultes, des humiliations, des menaces, des viølences physiques, une surveillance constante, une jalousie maladive ou une volonté de contrôler chaque mouvement de la victime. C’est pourquoi il est dang€reux d’attendre que la viølence atteigne son paroxysme avant de réagir. La première gi*fle est déjà une viølence ; la première m€nace est déjà un signal d’alarme : le 𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗘𝗥 𝗖𝗢𝗨𝗣 ne doit jamais être considéré comme un 𝗜𝗡𝗖𝗜𝗗𝗘𝗡𝗧 𝗦𝗔𝗡𝗦 𝗜𝗠𝗣𝗢𝗥𝗧𝗔𝗡𝗖𝗘.
Il faut cependant élargir cette réflexion sans affaiblir le message porté par le film. En effet, dénoncer les viølences faites aux femmes ne signifie en aucun cas applaudir, minimiser ou excuser celles qui sont infligées aux hommes. Un homme battu, humilié, menacé, manipulé ou d€truit psychologiquement par sa compagne est lui aussi une victime. Le fait que les viølences faites aux femmes constituent un problème massif et particulièrement préoccupant ne rend pas celles subies par les hommes moins réelles, moins douloureuses ou moins condamnables. Le principe doit être le même : personne ne devrait avoir le droit de frapper, d’humilier, de m€nacer, de contrôler ou de d€truire son conjoint.
Cette précision est importante parce qu’il existe encore une forme de silence autour des hommes victimes. Plusieurs hésitent à parler par peur d’être ridiculisés, de ne pas être crus ou d’être considérés comme faibles. Pourtant, reconnaître leur souf*france ne retire rien à celle des femmes. Au contraire, cela permet de poser un principe universel : la viølence conjugale doit être cømbattue indépendamment du s€xe de celui qui la subit ou de celui qui la commet.
#Pauline_ParleSeulement
𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 pose également une question essentielle sur la responsabilité des #familles. Trop souvent, le mariage est considéré comme une destination sans retour. Après la dot, certains parents donnent le sentiment d’avoir remis leur fille entre les mains de sa belle-famille et de ne plus avoir à intervenir, comme si la dot avait transformé une fille en propriété conjugale.
Cette conception doit être cømbattue !!! La dot ne donne aucun droit de propriété sur une femme. Elle ne constitue pas une permission de la battre et ne lui retire pas le droit de revenir vers sa famille lorsqu’elle est en danger. Une femme mariée reste une fille, une sœur, une mère et, avant tout, une personne dont la dignité et la vie doivent être protégées.
On leur demande de supporter la døuleur pour les enfants ou pour préserver l’honneur de la famille. Mais quel honneur peut-on préserver lorsque la vie d’une FILLE est en danger ? Quelle valeur peut avoir une union si, pour la maintenir, il faut sacrifier la dignité, la santé mentale ou même la vie de l’un de ses membres ?
Accueillir une fille, un fils, une sœur ou un frère victime de viølences ne signifie pas nécessairement participer à la d€struction de son mariage ou son couple, cela peut simplement signifier lui sauver la vie. D’ailleurs, dans son roman »Munyal », Djaïli Amadou Amal le dit de manière claire.
Il faut également cesser de confondre les difficultés normales d’une vie de couple avec les viølences. Le compromis appartient à la vie conjugale ; la dømination et la brutalité n’en font pas partie. Supporter une période difficile n’est pas la même chose que subir des cøups, des menaces ou des humiliatiøns répétées. Présenter la viølence comme une simple « dispute de couple », c’est offrir une excuse à l’agresseur et une cøndamnation supplémentaire à la victime.
Les conséquences dépassent d’ailleurs largement la personne directement violentée. Les enfants qui grandissent dans un environnement marqué par la peur peuvent être profondément affectés par ce qu’ils voient et entendent. Ils risquent d’apprendre que la viølence appartient à l’amour, que la peur fait partie de la vie familiale ou que le silence est le prix à payer pour préserver un foyer. Oui, protéger une victime, sortir d’un foyer malsain, c’est empêcher que la viølence ne se transmette comme un héritage familial.
𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲, un célèbre cantique… et ici, un couteau à double tranchant. Ces mots qui devraient être prononcés pour rassurer, protéger et offrir un refuge à la personne aimée, ne devraient jamais être suivis d’un geste qui inspire précisément la peur. L’amour véritable ne devrait pas produire la terr€ur. Il ne devrait pas mu*tiler, humili€r, enf€rmer ou d€truire. Il devrait permettre à l’autre de se sentir en sécurité.
Face aux viølences conjugales, notre silence ne devrait plus être une option. Il faut parler avant le drame, intervenir avant l’irréparable et écouter avant le dernier cri. Il faut apprendre à reconnaître les signaux d’alerte et à considérer toute viølence comme un prøblème sérieux, qu’elle soit exercée contre une femme ou contre un homme.
Et s’il faut lever la main, qu’elle serve à relever celui ou celle qui tombe. S’il faut taper du poing, que ce soit sur la table, pour dénoncer l’inacceptable. S’il faut crier, que ce soit pour dire »𝗦𝗧𝗢𝗣 ».
Il ne devrait jamais être facile de faire du mal. Il ne devrait jamais être facile de l€ver la main sur une femme, pas plus qu’il ne devrait être facile de frap*per un homme. Il ne devrait jamais être facile de d€truire un corps, une conscience, une famille, une vie, une lignée !!!
Et si 𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 de Thierry Ntamack doit nous laisser une seule certitude, c’est celle-ci : aimer quelqu’un devrait d’abord signifier lui permettre de ne pas avoir peur.
𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 à ces femmes et ces hommes qui vivent ces mauvais films 🙏
𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 aux familles qui ont perdu les leurs des suites de ces viølences 🙏
𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 à toutes ces personnes, associations, ONG… qui militent pour la fin de ces mauvais films 🙏
🙏 Bonne semaine, chers Acolytes !
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