
Hier, je regardais un film médiéval, et la poésie était partout : dans les chants, les berceuses, les récits, les proverbes, les louanges, toutes les cérémonies. Elle n’était pas l’apanage des plus instruits ou des plus nantis. Non, elle était utilisée par tous. Elle n’a donc rien, à l’origine, d’un langage réservé à une minorité !
« Je ne comprends rien à la poésie » est une phrase que l’on entend trop souvent. Et aujourd’hui encore, plusieurs ont l’impression que les poèmes ont leurs propres codes et qu’il faut les connaître pour avoir le droit d’y entrer.
Je suis d’avis que certains poèmes sont »difficiles ». J’en ai déjà lus qui demandent du temps, des connaissances ou plusieurs lectures. Mais difficulté et élitisme ont-ils la même signification ? Je pense que non, parce qu’une œuvre peut être exigeante sans fermer sa porte au lecteur. « Les fleurs du mal » et « Balafon » m’auraient dégoûtée de la poésie.
Je pense que le vrai problème se trouve ailleurs : dans la manière dont on parle de la poésie. La critique, l’école, certains milieux littéraires sont les maîtres de ces appréhensions.
À l’école, par exemple, la poésie est presque toujours présentée comme un exercice à résoudre : trouver les figures de style, expliquer les métaphores, deviner ce que l’auteur a voulu dire… On cherche la bonne réponse avant de se demander ce que le texte nous fait ressentir. On exige aux apprenants de savoir parler de métrique, de symbolisme, d’intertextualité, de références historiques… Celui qui dit simplement « ce poème me plaît » a tout de suite l’impression de ne pas en dire assez, parce qu’il ne l’a pas prouvé avec les éléments littéraires qui légitiment son appréciation.
Un poème a-t-il besoin d’être entièrement compris pour être apprécié ? A mon avis, on peut ne rien connaître à la métrique et être touché par des vers, tout comme on peut ne pas savoir reconnaître un alexandrin et garder une phrase en tête pendant des années. On peut aussi ne pas l’aimer. Les deux réactions sont légitimes.
La poésie contemporaine se mêle au rap, circule sur les réseaux sociaux et permet à plusieurs personnes de découvrir qu’elles aiment la poésie, sans avoir forcément ouvert un recueil depuis l’école. Une preuve qu’il ne faudrait pas rendre la poésie plus simple à tout prix pour la rendre accessible et appréciée. Pour aimer un poème, on peut commencer par une émotion, une image, une phrase… Le reste viendra, ou pas.
Le problème n’est peut-être pas le poème, mais la porte qu’on a placée devant l’aspirant lecteur de poésie.
Qu’en pensez-vous ? Élitiste ou pas ?

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