EXPÉRIENCE DE LECTURE | La dernière gifle de Priscylle Fokou

« La dernière gifle » est une histoire vraie que l’autrice, Aude Priscylle TONLEU FOKOU, partage dans ce livre qui compte 86 pages. Il a paru en 2020, aux Éditions de Midi -Officiel.

Cette histoire se passe au Cameroun, dès l’année 2003. C’est l’histoire de Ndam Raitou, une jeune femme qui ne demandait qu’à être heureuse et voir sa famille et son fiancé heureux. La vie n’était pas rose, mais il planait cette quiétude que seul l’amour des nôtres peut nous procurer.

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Deux ans plus tard, son fiancé, Djitab, va être accusé injustement de vol. Seule solution pour qu’il ne croupisse en prison : Raitou doit le quitter et épouser le commandant de la brigade de la ville… Un homme dont elle avait, à maintes reprises, repousser les avances.

Le pouvoir de l’amour, c’est quelque chose d’inexplicable. Il pousse à poser des actes qui meurtrissent notre âme tout en y laissant une jeune pousse de rose, si l’être aimé est sauf et heureux. Raitou va accepter cet échange par amour, signant le début d’un cal*vaire qui va durer 13 ans.

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Avec une mère pauvre et malade et un cadet qui doit continuer ses études, elle est obligée de subir, dès les premières heures de son mariage, les  »joies » de la maltraitance. Elle est obligée de vivre son enf€r, d’encaisser des coups, peu importe sa condition physique. Il fallait que sa famille ne manque de rien ; il fallait que son Djitab soit toujours en sécurité et en liberté. Un contrat dans lequel elle s’en sortait perdante… L’amour !

Très tôt, Raitou est devenue l’ombre d’elle-même et lui,  »Il devenait de plus en plus viølent, depuis qu’il avait été nommé commandant de région. » P.37. Elle recevait des cøups presque tous les soirs.

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Il lui avait interdit de tomber enceinte ! Tomber enceinte, malgré ses viøls quotidiens, était un affront. Alors, il s’appliquait encore plus à la frapper jusqu’à ce qu’elle perde non pas un ni deux, mais sept enfants. Six grossesses dont une gémellaire, envolées sous les coups !
Vous pouvez imaginer le désarroi de Raitou… Mais l’amour pour son frère était plus grand que les cøups : il devait continuer ses études. Secrètement, elle nourrissait l’espoir de sortir de cet enf€r, une fois son diplôme obtenu. “Je devais me remettre très rapidement, car Alioum avait réussi à son baccalauréat en 2009 et devait venir chez nous (…) Mon commandant avait décidé de lui donner un avenir prometteur, pour me séq
uestrer davantage. Il l’inscrivit dans une grande école d’architecture où la scolarité coûtait plusieurs millions (…)” P. 40.

Oui, elle n’avait pas le droit d’appeler son époux par son prénom… Son état psychologique ne le lui aurait peut-être pas permis, d’ailleurs.  »Sur un ton irrité et grave, comme s’adressant à un vulgaire employé, il me dit que c’était la dernière fois que je l’appelais Emmanuel. Je devais l’appeler ‘‘Mon commandant’’ et son petit déjeuner devait être servi au plus tard à 6 heures.” P.29

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La technique que certaines femmes battues adoptent est celle de l’extrême obéissance : elles ne veulent qu’une seule chose, que cessent les cøups et toutes les autres humiliations. Raitou est passée par cette phase, elle était prête à tout pour que “son commandant” devienne son époux ou tout au moins qu’il la considère comme un être humain.
L’inconvénient ici est que le bou
rreau prend plus d’autorité, plus de confiance, et se considère comme le dieu de sa vic*time.  »J’étais allée le voir dans la chambre, je lui ai demandé pardon pour avoir été têtue. Je lui ai dit que j’allais devenir la femme qu’il désirait, que je ne voulais plus d’enfant, que j’allais bien prendre mes pilules, et si jamais je tombais enceinte, avant même qu’il ne s’en rende compte, j’allais me faire avørter.” P. 50.
Les coups, eux, ne cessaient de s’abattre sur elle, comme un mauvais karma. Il ne se gênait pas de ramener ses conquêtes sur le lit conjugal, et exigeait de Raitou un service et un accueil sans faille, pour ses conquêtes et lui.

Qu’avait-elle bien pu faire pour mériter tant de méch*anceté ? Pourquoi avait-il insisté pour l’épouser, elle, si c’était pour en faire un punching-ball ? Ses amies lui racontaient souvent leur lune de miel… Que leur racontera-t-elle ? Des questions, elle en avait plein la tête ; des réponses, aucune.

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Lorsque l’humilité, l’amour, la peur et la patience ne suffisent plus, ces femmes resignées prennent enfin conscience. Elles ressentent ce besoin de VIVRE, elles suffoquent presque de ce désir. “Je regardais mon reflet dans ce miroir et je ne me reconnaissais pas.” P. 55

Le pire, c’est que ce regain de conscience ne va presque jamais dans le sens d’une solution à l’amiable. Et Raitou n’en pouvait plus. Elle avait besoin de LIBERTÉ. Et comme une lionne restée trop longtemps encagée et affamée, elle n’a pas hésité à le faire après une énième viølence :  »(…) je l’ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit que c’était la dernière gifle… et j’ai tiré sur lui.” P. 55

“Je m’appelle Ndam Raitou, j’ai 36 ans et j’ai tu€ mon mari, le commandant de Légion Bodo Emmanuel, le 18 janvier 2018, avec son arme, vers 12h, à son retour à la maison. Cela fait de moi une meur*trière ? Oui. Mais cøupable ? Non.” P.59

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Elle était enfin libre… Elle a posé l’arm€ et a fait du café. Ce café qui lui a été interdit durant une dizaine d’années. Elle a savouré chaque goutte, les lèvres posées délicatement sur sa tasse, le corps de son  »commandant » gi*sant non loin d’elle : “Je m’étais fait une tasse de café dont je découvrais la douceur des arômes.” P. 10. Comme quoi, la liberté n’a pas de prix !
C’est sereine qu’elle a été conduite auprès des autorités, qu’elle a été condamnée.

Malheureusement, une fois en prisøn, la vie lui a fait savoir qu’elle n’aurait pas dû aimer autant, qu’elle n’aurait pas dû vouloir sortir des gri*ffes de son  »commandant », qu’elle aurait dû cautionner les viøls, les avørtements, les cøups… Car, au final, ce ne sont pas ces s€vices qui l’ont le plus tørturée.
Raitou est mørte en prisøn, le 08 février 2020, des suites de l’amour. La lecture du livre vous donnera tous les détails.

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Plusieurs histoires fictives ou réelles sont chaque jour mises en exergue, mais les cas de viølences conjugales demeurent croissants. Au Cameroun, la situation est plus qu’alarmante. Les femmes m€urent, chaque jour, moralement et psychologiquement, dans des foyers auxquels elles ont cru ou encore qui leur ont été imposés, comme celui de Raitou.
Elles søuffrent et s’éteignent longtemps avant de perdre le souffle.

Faut-il donc rester dans le sillage de l’éternelle plainte, de l’éternelle dénonciation vaine ? Raitou méritait-elle d’être écrouée après 13 ans de tørture de divers ordres, après avoir vu ses plaintes ignorées parce que son  »commandant » était le chef de la région ? Où etait la loi et où étaient tous ces religieux ?  »La même Bible qui a dit : « Tu ne tueras point », a également dit : « Aime ton prochain comme toi-même ». P.85.

Aude Priscylle TONLEU FOKOU a tenté, du mieux qu’elle a pu, de faire libérer Raitou. Mais le mal était là, il était au-delà de cette prison, il était dans sa chair, dans chaque cellule de son corps. Son chagrin, son tort d’avoir aimé, ne voulaient pas être libres.

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Lu d’une traite – il m’était impossible de faire autrement, vous recommanderais-je ce livre ? Vu la tournure de l’histoire, mon avis est mitigé.
Des Raitou, on en croise tous les jours. Des familles qui posent leurs filles sur le bûcher du sacr*ifice pour la famille, on en connaît. Des Raitou qui aiment d’un amour inconditionnel, on en connaît… Je me contente de vous laisser les coordonnées, afin que vous le lisiez et preniez des résolutions pour vous, pour la gent féminine. Une chose est sûre, ces viølences doivent cesser.

💰 3500 Fcfa
📲 +237 690307319

Pauline M.N. ONGONO

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