Auteur/autrice : ACOLITT

  • Ne crains rien… je t’aime de Thierry NTAMACK | L’analyse

    Ne Crains Rien Je T’aime, le Film du Camerounais Thierry Ntamack est sorti en 2019. Je l’ai regardé un an plus tard, et je l’ai à nouveau fait ce weekend. Vu les drames liés à la gent féminine que la toile nous présente chaque jour, j’ai eu envie de #parler_seulement.

    Brièvement, dans ce film, la viølence conjugale ne se résume pas à un coup porté dans un moment de col€re à cause d’un  »i » manquant dans un prénom (allez regarder le film sur Youtube pour comprendre), elle s’inscrit dans le corps, dans la mémoire et dans toute une existence. L’actrice principale, 𝗦𝗮𝗿𝗮𝗵 (Tatiana Matip), en porte les conséquences les plus terribles, qui vont jusqu’à la perte d’une partie de son corps. Ce n’est plus seulement une femme qui a été bl€ssée, mais une partie de son intimité, de son histoire corporelle et de son avenir qui a été détruite. Son corps est devenu la preuve silencieuse de ce que les mots ne suffisent plus à raconter.

    #Pauline_parle_seulement

    Une vic*time peut survivre aux coups et pourtant devoir vivre toute sa vie avec ce que ceux-ci lui ont volé. Car les viølences conjugales ne s’arrêtent pas nécessairement lorsque l’agr€sseur disparaît : elles peuvent continuer à travers les traumatismes, la peur, la perte de confiance, les troubles psychologiques et la difficulté à reconstruire une relation saine.

    Le parcours de Sarah l’illustre avec une force particulière : les blessures qu’elle porte ne disparaissent pas simplement parce qu’elle quitte 𝗥𝗼𝗺𝗮𝗶𝗻 (Thierry Ntamack). Sa dém€nce, telle qu’elle est représentée dans le film, apparaît comme l’une des manifestations les plus poignantes de cette destruction intérieure. Elle a survécu à une relation qui l’a profondément brisée, mais elle doit désormais apprendre à vivre avec les décombres psychologiques qu’elle a laissés derrière elle. Même son nouveau compagnon, 𝗗𝗮𝘃𝗶𝗱 (Guy Michel KINGUE), qui devrait représenter une nouvelle chance, se retrouve confronté aux conséquences d’un passé qu’il n’a pas créé. Sa souffrance psychologique m€nace cette relation qui aurait pu lui permettre de retrouver l’amour et la confiance.

    𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 montre qu’une victime peut avoir peur d’aimer à nouveau, interpréter une parole ordinaire comme une m€nace, douter d’un geste tendre ou rester prisønnière de souvenirs qu’elle n’a pas choisis. La reconstruction exige donc du temps, de l’écoute, de l’accompagnement et la possibilité de retrouver progressivement confiance en soi et dans les autres.

    Cette réalité prend une résonance particulière lorsqu’on la replace dans le contexte mondial des #féminicides. En 2024, près de 50.000 femmes et filles ont été tu€es dans le monde par leur partenaire intime ou un membre de leur famille, soit environ 137 par jour. Derrière ces chiffres se trouvent des vies, des familles et des destins brisés. Selon les Nations Unies, l’Afrique affichait le taux estimé le plus élevé de f€minicides.

    Le f€minicide ne surgit pourtant pas toujours de nulle part… Il peut être précédé par des insultes, des humiliations, des menaces, des viølences physiques, une surveillance constante, une jalousie maladive ou une volonté de contrôler chaque mouvement de la victime. C’est pourquoi il est dang€reux d’attendre que la viølence atteigne son paroxysme avant de réagir. La première gi*fle est déjà une viølence ; la première m€nace est déjà un signal d’alarme : le 𝗣𝗥𝗘𝗠𝗜𝗘𝗥 𝗖𝗢𝗨𝗣 ne doit jamais être considéré comme un 𝗜𝗡𝗖𝗜𝗗𝗘𝗡𝗧 𝗦𝗔𝗡𝗦 𝗜𝗠𝗣𝗢𝗥𝗧𝗔𝗡𝗖𝗘.

    Il faut cependant élargir cette réflexion sans affaiblir le message porté par le film. En effet, dénoncer les viølences faites aux femmes ne signifie en aucun cas applaudir, minimiser ou excuser celles qui sont infligées aux hommes. Un homme battu, humilié, menacé, manipulé ou d€truit psychologiquement par sa compagne est lui aussi une victime. Le fait que les viølences faites aux femmes constituent un problème massif et particulièrement préoccupant ne rend pas celles subies par les hommes moins réelles, moins douloureuses ou moins condamnables. Le principe doit être le même : personne ne devrait avoir le droit de frapper, d’humilier, de m€nacer, de contrôler ou de d€truire son conjoint.

    Cette précision est importante parce qu’il existe encore une forme de silence autour des hommes victimes. Plusieurs hésitent à parler par peur d’être ridiculisés, de ne pas être crus ou d’être considérés comme faibles. Pourtant, reconnaître leur souf*france ne retire rien à celle des femmes. Au contraire, cela permet de poser un principe universel : la viølence conjugale doit être cømbattue indépendamment du s€xe de celui qui la subit ou de celui qui la commet.

    #Pauline_ParleSeulement

    𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 pose également une question essentielle sur la responsabilité des #familles. Trop souvent, le mariage est considéré comme une destination sans retour. Après la dot, certains parents donnent le sentiment d’avoir remis leur fille entre les mains de sa belle-famille et de ne plus avoir à intervenir, comme si la dot avait transformé une fille en propriété conjugale.
    Cette conception doit être cømbattue !!! La dot ne donne aucun droit de propriété sur une femme. Elle ne constitue pas une permission de la battre et ne lui retire pas le droit de revenir vers sa famille lorsqu’elle est en danger. Une femme mariée reste une fille, une sœur, une mère et, avant tout, une personne dont la dignité et la vie doivent être protégées.

    On leur demande de supporter la døuleur pour les enfants ou pour préserver l’honneur de la famille. Mais quel honneur peut-on préserver lorsque la vie d’une FILLE est en danger ? Quelle valeur peut avoir une union si, pour la maintenir, il faut sacrifier la dignité, la santé mentale ou même la vie de l’un de ses membres ?
    Accueillir une fille, un fils, une sœur ou un frère victime de viølences ne signifie pas nécessairement participer à la d€struction de son mariage ou son couple, cela peut simplement signifier lui sauver la vie. D’ailleurs, dans son roman  »Munyal », Djaïli Amadou Amal le dit de manière claire.

    Il faut également cesser de confondre les difficultés normales d’une vie de couple avec les viølences. Le compromis appartient à la vie conjugale ; la dømination et la brutalité n’en font pas partie. Supporter une période difficile n’est pas la même chose que subir des cøups, des menaces ou des humiliatiøns répétées. Présenter la viølence comme une simple « dispute de couple », c’est offrir une excuse à l’agresseur et une cøndamnation supplémentaire à la victime.

    Les conséquences dépassent d’ailleurs largement la personne directement violentée. Les enfants qui grandissent dans un environnement marqué par la peur peuvent être profondément affectés par ce qu’ils voient et entendent. Ils risquent d’apprendre que la viølence appartient à l’amour, que la peur fait partie de la vie familiale ou que le silence est le prix à payer pour préserver un foyer. Oui, protéger une victime, sortir d’un foyer malsain, c’est empêcher que la viølence ne se transmette comme un héritage familial.

    𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲, un célèbre cantique… et ici, un couteau à double tranchant. Ces mots qui devraient être prononcés pour rassurer, protéger et offrir un refuge à la personne aimée, ne devraient jamais être suivis d’un geste qui inspire précisément la peur. L’amour véritable ne devrait pas produire la terr€ur. Il ne devrait pas mu*tiler, humili€r, enf€rmer ou d€truire. Il devrait permettre à l’autre de se sentir en sécurité.

    Face aux viølences conjugales, notre silence ne devrait plus être une option. Il faut parler avant le drame, intervenir avant l’irréparable et écouter avant le dernier cri. Il faut apprendre à reconnaître les signaux d’alerte et à considérer toute viølence comme un prøblème sérieux, qu’elle soit exercée contre une femme ou contre un homme.
    Et s’il faut lever la main, qu’elle serve à relever celui ou celle qui tombe. S’il faut taper du poing, que ce soit sur la table, pour dénoncer l’inacceptable. S’il faut crier, que ce soit pour dire  »𝗦𝗧𝗢𝗣 ».

    Il ne devrait jamais être facile de faire du mal. Il ne devrait jamais être facile de l€ver la main sur une femme, pas plus qu’il ne devrait être facile de frap*per un homme. Il ne devrait jamais être facile de d€truire un corps, une conscience, une famille, une vie, une lignée !!!

    Et si 𝗡𝗲 𝗰𝗿𝗮𝗶𝗻𝘀 𝗿𝗶𝗲𝗻… 𝗷𝗲 𝘁’𝗮𝗶𝗺𝗲 de Thierry Ntamack doit nous laisser une seule certitude, c’est celle-ci : aimer quelqu’un devrait d’abord signifier lui permettre de ne pas avoir peur.

    𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 à ces femmes et ces hommes qui vivent ces mauvais films 🙏

    𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 aux familles qui ont perdu les leurs des suites de ces viølences 🙏

    𝗖𝗢𝗨𝗥𝗔𝗚𝗘 à toutes ces personnes, associations, ONG… qui militent pour la fin de ces mauvais films 🙏

    🙏 Bonne semaine, chers Acolytes !

  • 𝗔 𝗟𝗔 𝗗EC𝗢𝗨𝗩𝗘𝗥𝗧𝗘 𝗗𝗨 Centre International pour le Patrimoine Culturel et Artistique – CIPCA

    Le CIPCA est une association culturelle camerounaise et un centre d’art associatif basé à Yaoundé (en face du stade Omnisports, descente LABOREX). C’est un projet initié en 2015 et porté par Fabiola Ecot Ayissi, membre fondatrice et directrice, ainsi que commissaire d’exposition. Ses recherches portent notamment sur les dynamiques de création artistique en Afrique centrale depuis les indépendances, avec un intérêt particulier pour le Cameroun et la Guinée équatoriale.

    La vocation du CIPCA est de travailler autour de la préservation, de la valorisation et de la transmission du patrimoine culturel africain, aussi bien matériel qu’immatériel. Il s’intéresse notamment aux arts plastiques, aux cultures orales et aux questions de patrimoine, réunissant artistes, chercheurs, acteurs culturels, créateurs et personnes intéressées par ces problématiques.

    Le #CIPCA ne se limite pas à être une galerie. Il organise ou accueille :

    • des expositions d’art contemporain
    • des rencontres et débats autour de la culture
    • des résidences artistiques
    • des projets de recherche et de valorisation du patrimoine
    • des activités autour des cultures et traditions orales
    • des collaborations avec des institutions et acteurs culturels camerounais et internationaux

    La dimension patrimoniale du CIPCA, c’est probablement son aspect le plus important. Il cherche à créer un dialogue entre création artistique contemporaine et patrimoine africain. Il ne s’agit donc pas seulement de conserver des objets ou des pratiques anciennes, mais de réfléchir à la manière dont le patrimoine peut continuer à vivre, être transmis et être réinterprété par les générations actuelles. A cet effet, son implication dans la valorisation du 𝗦𝗼𝗻𝗴𝗼, jeu traditionnel camerounais retrouvé dans plusieurs autres pays, devient une évidence.

    En mai 2026, le CIPCA a participé, avec la Commission sous-régionale du Songo, à des ateliers sous-régionaux à Yaoundé réunissant praticiens et experts de plusieurs pays d’Afrique centrale. L’objectif était de travailler à l’harmonisation des règles du jeu et à la transmission du 𝗦𝗼𝗻𝗴𝗼 comme patrimoine culturel, artistique, pédagogique, scientifique, social et sportif. Un projet qui bénéficie de l’appui institutionnel de l’UNESCO.

    A initiative forte, têtes pensantes fortes ! Show Azazou est le chargé de projets du CIPCA. Initiateur du Festival International du conte  »Minkana », son œuvre pour le patrimoine culturel en tant qu’artiste pluridisciplinaire n’est plus à démontrer.

    📌 Allez visiter le lieu, assistez aux expositions et autres activités, et vous connaîtrez mieux cette institution. D’ailleurs, jusqu’en septembre, le CIPCA accueille une exposition autour du Songo (image en commentaire).

    📱+237 698 976 084
    📧 cultures.orales@gmail.com
    🌐 www.cipcalab.org

  • L’IMAGE DE L’ECRIVAIN

    Le conseil qu’on rabâche tout le temps à l’écrivain, c’est celui qu’il devrait laisser son œuvre parler à sa place. C’est beau… en théorie, mais difficilement applicable, surtout aujourd’hui.

    Les lecteurs sont de plus en plus curieux. Ils veulent savoir qui se cache derrière les pages, et ils savent se donner à fond. Ils observent ses interventions, ses publications, ses interviews… Ils accourent à ses rencontres et prennent au sérieux ses opinions sur des sujets qui, parfois, ne concernent pas directement la littérature. Cette curiosité est juste un besoin d’établir une relation avec l’écrivain. L’époque de l’écrivain mystérieux est révolue.

    Cependant, se rendre visible pour ses lecteurs ne signifie pas tout montrer. L’ecrivain devrait apprendre à distinguer ce qui appartient à son univers littéraire de ce qui relève de son intimité ou de son côté  »folie ». Cette frontière peut être difficile à maintenir à l’époque des réseaux sociaux, où l’on peut passer en quelques secondes d’une présentation de livre à une confidence personnelle, d’une réflexion professionnelle à une réaction impulsive… Oui, tout ce qui est publiable n’est pas nécessairement destiné à être publié. La discrétion n’est pas un manque de modernité ; elle peut aussi être une forme de maîtrise de soi.

    L’image d’un écrivain se nourrit de cohérence. Il est incohérent de défendre dans ses livres la tolérance, la dignité ou le respect tout en adoptant publiquement des comportements qui contredisent ces valeurs. De même, un écrivain qui revendique le sérieux de son travail mais néglige ses lecteurs, arrive constamment en retard à ses engagements ou traite avec mépris ceux qui l’accompagnent finit par créer une contradiction que la communication la plus chère payée ne pourra pas masquer.

    Cette cohérence ne signifie pourtant pas que l’écrivain doive être irréprochable : il reste un être humain, il peut se tromper, être maladroit, connaître une période de doute, répondre trop vivement ou prendre une mauvaise décision… Ce qui importe alors, c’est sa capacité à revenir sur ce qui a été fait. En effet, dire par exemple « Je me suis trompé » impose plus de courage que de défendre obstinément une position devenue indéfendable.

    L’écrivain devrait accepter que son livre ne fasse pas l’unanimité. C’est l’une des épreuves les plus difficiles, car lorsqu’un écrivain met une partie de lui dans un texte, il reste convaincu qu’il s’agit de la 8e merveille du monde, pour paraphraser viens on lit.
    Une critique négative peut parfois être ressentie comme une attaque personnelle… Mais, chers écrivains, 𝐥𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐧’𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐢𝐠𝐧é u𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐭 𝐝’𝐚𝐝𝐦𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 avec vous ! Il a le droit – sans impolitesse – de ne pas aimer un personnage, de contester une idée, de trouver le style insuffisant ou de rester insensible à une histoire. Apprendre à accueillir les critiques sans immédiatement dénigrer celui qui les formule est une étape importante dans la construction de l’image de l’écrivain.

    Certains auteurs cherchent tellement à correspondre à ce qu’ils pensent être l’écrivain idéal qu’ils finissent par jouer un rôle. Ils adoptent une manière de parler, une posture, une attitude… qui n’a rien à voir avec leur propre personnalité. Cela peut fonctionner des fois, mais pas tenir durablement, car cette gymnastique demande une énergie considérable.

    La manière dont un écrivain parle des autres écrivains participe également à sa propre image. En effet, il est possible de défendre son travail sans rabaisser celui d’un confrère ; il est possible d’exprimer une divergence littéraire sans transformer une discussion en règlement de comptes ; il est même possible de reconnaître la qualité d’un autre auteur sans avoir l’impression de diminuer sa propre valeur… La littérature n’est pas un espace où la réussite de l’un exige nécessairement l’échec de l’autre. Et ceci s’adresse particulièrement aux auteurs émergents ou en herbe.
    Lorsqu’on débute, peu importe le domaine, on peut être tenté de chercher rapidement la reconnaissance, de vouloir prouver que l’on mérite sa place et de réagir avec susceptibilité à ceux qui ne prennent pas immédiatement notre travail au sérieux. Pourtant, la carrière littéraire se construit rarement en une seule saison ! Comme dit plus haut, les lecteurs sont très observateurs, surtout ceux qui ne s’expriment – presque – jamais.
    Construisez votre carrière en multipliant les rencontres, les collaborations…

    Comme je le dis toujours lors de mes coachings : 𝐋𝐄 𝐋𝐄𝐂𝐓𝐄𝐔𝐑 𝐄𝐒𝐓 𝐋𝐄 𝐑𝐎𝐈 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐂𝐇𝐀IN𝐄 𝐃𝐔 𝐋𝐈𝐕𝐑𝐄. Dédicacer un livre, répondre aux questions lors et après une conférence, remercier un lecteur ou un critique parce qu’il recommande votre ouvrage, prendre quelques minutes pour écouter son lecteur, prendre une photo avec lui… peut sembler insignifiant ou de routine, mais ces moments restent parfois longtemps dans la mémoire du lecteur.

    Il ne faut cependant pas confondre proximité et disponibilité permanente. L’écrivain n’est pas obligé de répondre à toutes les sollicitations, de commenter tous les sujets ou de participer à toutes les polémiques pour rester visible. Il a aussi besoin de silence, de solitude et de temps pour écrire. La véritable présence publique ne se mesure pas au nombre de publications quotidiennes, elle se mesure davantage à la qualité de ce que l’on apporte lorsqu’on choisit de prendre la parole. L’image doit juste être sujette au  »comment » et au  »pour quoi » on décide de sortir de ces silences.

    Lorsque l’enthousiasme autour de votre dernier livre sera retombé, que les affiches auront disparu, que les publications auront été repoussées par d’autres contenus, que les séances de dédicace seront terminées… Que restera-t-il de votre image ? Voici un questionnement qui devrait animer chaque ecrivain. Ce qu’il restera, ce sont vos livres, bien sûr, mais aussi la réputation construite au fil des années. Les personnes rencontrées se souviendront-elles d’un écrivain arrogant ou accessible, méprisant ou respectueux, obsédé par la reconnaissance ou réellement attaché à la littérature ?

    📌 𝐀𝐂𝐎𝐋𝐈𝐓𝐓 𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐭𝐞𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐥𝐢𝐭𝐭ér𝐚𝐢𝐫𝐞, 𝐞𝐧 𝐥𝐢𝐠𝐧𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐧 𝐩𝐫é𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥.

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    Pauline M.N. ONGONO


  • EXPÉRIENCE DE LECTURE | La dernière gifle de Priscylle Fokou

    « La dernière gifle » est une histoire vraie que l’autrice, Aude Priscylle TONLEU FOKOU, partage dans ce livre qui compte 86 pages. Il a paru en 2020, aux Éditions de Midi -Officiel.

    Cette histoire se passe au Cameroun, dès l’année 2003. C’est l’histoire de Ndam Raitou, une jeune femme qui ne demandait qu’à être heureuse et voir sa famille et son fiancé heureux. La vie n’était pas rose, mais il planait cette quiétude que seul l’amour des nôtres peut nous procurer.

    #Les_expériences_de_lecture_de_PaulineO

    Deux ans plus tard, son fiancé, Djitab, va être accusé injustement de vol. Seule solution pour qu’il ne croupisse en prison : Raitou doit le quitter et épouser le commandant de la brigade de la ville… Un homme dont elle avait, à maintes reprises, repousser les avances.

    Le pouvoir de l’amour, c’est quelque chose d’inexplicable. Il pousse à poser des actes qui meurtrissent notre âme tout en y laissant une jeune pousse de rose, si l’être aimé est sauf et heureux. Raitou va accepter cet échange par amour, signant le début d’un cal*vaire qui va durer 13 ans.

    #Les_expériences_de_lecture_de_Pauline_O

    Avec une mère pauvre et malade et un cadet qui doit continuer ses études, elle est obligée de subir, dès les premières heures de son mariage, les  »joies » de la maltraitance. Elle est obligée de vivre son enf€r, d’encaisser des coups, peu importe sa condition physique. Il fallait que sa famille ne manque de rien ; il fallait que son Djitab soit toujours en sécurité et en liberté. Un contrat dans lequel elle s’en sortait perdante… L’amour !

    Très tôt, Raitou est devenue l’ombre d’elle-même et lui,  »Il devenait de plus en plus viølent, depuis qu’il avait été nommé commandant de région. » P.37. Elle recevait des cøups presque tous les soirs.

    #Les_expériences_delecture_de_Pauline_O

    Il lui avait interdit de tomber enceinte ! Tomber enceinte, malgré ses viøls quotidiens, était un affront. Alors, il s’appliquait encore plus à la frapper jusqu’à ce qu’elle perde non pas un ni deux, mais sept enfants. Six grossesses dont une gémellaire, envolées sous les coups !
    Vous pouvez imaginer le désarroi de Raitou… Mais l’amour pour son frère était plus grand que les cøups : il devait continuer ses études. Secrètement, elle nourrissait l’espoir de sortir de cet enf€r, une fois son diplôme obtenu. “Je devais me remettre très rapidement, car Alioum avait réussi à son baccalauréat en 2009 et devait venir chez nous (…) Mon commandant avait décidé de lui donner un avenir prometteur, pour me séq
    uestrer davantage. Il l’inscrivit dans une grande école d’architecture où la scolarité coûtait plusieurs millions (…)” P. 40.

    Oui, elle n’avait pas le droit d’appeler son époux par son prénom… Son état psychologique ne le lui aurait peut-être pas permis, d’ailleurs.  »Sur un ton irrité et grave, comme s’adressant à un vulgaire employé, il me dit que c’était la dernière fois que je l’appelais Emmanuel. Je devais l’appeler ‘‘Mon commandant’’ et son petit déjeuner devait être servi au plus tard à 6 heures.” P.29

    #Les_expériences_de_lecture_dePauline_O

    La technique que certaines femmes battues adoptent est celle de l’extrême obéissance : elles ne veulent qu’une seule chose, que cessent les cøups et toutes les autres humiliations. Raitou est passée par cette phase, elle était prête à tout pour que “son commandant” devienne son époux ou tout au moins qu’il la considère comme un être humain.
    L’inconvénient ici est que le bou
    rreau prend plus d’autorité, plus de confiance, et se considère comme le dieu de sa vic*time.  »J’étais allée le voir dans la chambre, je lui ai demandé pardon pour avoir été têtue. Je lui ai dit que j’allais devenir la femme qu’il désirait, que je ne voulais plus d’enfant, que j’allais bien prendre mes pilules, et si jamais je tombais enceinte, avant même qu’il ne s’en rende compte, j’allais me faire avørter.” P. 50.
    Les coups, eux, ne cessaient de s’abattre sur elle, comme un mauvais karma. Il ne se gênait pas de ramener ses conquêtes sur le lit conjugal, et exigeait de Raitou un service et un accueil sans faille, pour ses conquêtes et lui.

    Qu’avait-elle bien pu faire pour mériter tant de méch*anceté ? Pourquoi avait-il insisté pour l’épouser, elle, si c’était pour en faire un punching-ball ? Ses amies lui racontaient souvent leur lune de miel… Que leur racontera-t-elle ? Des questions, elle en avait plein la tête ; des réponses, aucune.

    #Les_expériencesde_lecture_de_Pauline_O

    Lorsque l’humilité, l’amour, la peur et la patience ne suffisent plus, ces femmes resignées prennent enfin conscience. Elles ressentent ce besoin de VIVRE, elles suffoquent presque de ce désir. “Je regardais mon reflet dans ce miroir et je ne me reconnaissais pas.” P. 55

    Le pire, c’est que ce regain de conscience ne va presque jamais dans le sens d’une solution à l’amiable. Et Raitou n’en pouvait plus. Elle avait besoin de LIBERTÉ. Et comme une lionne restée trop longtemps encagée et affamée, elle n’a pas hésité à le faire après une énième viølence :  »(…) je l’ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit que c’était la dernière gifle… et j’ai tiré sur lui.” P. 55

    “Je m’appelle Ndam Raitou, j’ai 36 ans et j’ai tu€ mon mari, le commandant de Légion Bodo Emmanuel, le 18 janvier 2018, avec son arme, vers 12h, à son retour à la maison. Cela fait de moi une meur*trière ? Oui. Mais cøupable ? Non.” P.59

    #Lesexpériences_de_lecture_de_Pauline_O

    Elle était enfin libre… Elle a posé l’arm€ et a fait du café. Ce café qui lui a été interdit durant une dizaine d’années. Elle a savouré chaque goutte, les lèvres posées délicatement sur sa tasse, le corps de son  »commandant » gi*sant non loin d’elle : “Je m’étais fait une tasse de café dont je découvrais la douceur des arômes.” P. 10. Comme quoi, la liberté n’a pas de prix !
    C’est sereine qu’elle a été conduite auprès des autorités, qu’elle a été condamnée.

    Malheureusement, une fois en prisøn, la vie lui a fait savoir qu’elle n’aurait pas dû aimer autant, qu’elle n’aurait pas dû vouloir sortir des gri*ffes de son  »commandant », qu’elle aurait dû cautionner les viøls, les avørtements, les cøups… Car, au final, ce ne sont pas ces s€vices qui l’ont le plus tørturée.
    Raitou est mørte en prisøn, le 08 février 2020, des suites de l’amour. La lecture du livre vous donnera tous les détails.

    #Les_expériences_de_lecturede_Pauline_O

    Plusieurs histoires fictives ou réelles sont chaque jour mises en exergue, mais les cas de viølences conjugales demeurent croissants. Au Cameroun, la situation est plus qu’alarmante. Les femmes m€urent, chaque jour, moralement et psychologiquement, dans des foyers auxquels elles ont cru ou encore qui leur ont été imposés, comme celui de Raitou.
    Elles søuffrent et s’éteignent longtemps avant de perdre le souffle.

    Faut-il donc rester dans le sillage de l’éternelle plainte, de l’éternelle dénonciation vaine ? Raitou méritait-elle d’être écrouée après 13 ans de tørture de divers ordres, après avoir vu ses plaintes ignorées parce que son  »commandant » était le chef de la région ? Où etait la loi et où étaient tous ces religieux ?  »La même Bible qui a dit : « Tu ne tueras point », a également dit : « Aime ton prochain comme toi-même ». P.85.

    Aude Priscylle TONLEU FOKOU a tenté, du mieux qu’elle a pu, de faire libérer Raitou. Mais le mal était là, il était au-delà de cette prison, il était dans sa chair, dans chaque cellule de son corps. Son chagrin, son tort d’avoir aimé, ne voulaient pas être libres.

    #Lesexpériences_de_lecturede_Pauline_O

    Lu d’une traite – il m’était impossible de faire autrement, vous recommanderais-je ce livre ? Vu la tournure de l’histoire, mon avis est mitigé.
    Des Raitou, on en croise tous les jours. Des familles qui posent leurs filles sur le bûcher du sacr*ifice pour la famille, on en connaît. Des Raitou qui aiment d’un amour inconditionnel, on en connaît… Je me contente de vous laisser les coordonnées, afin que vous le lisiez et preniez des résolutions pour vous, pour la gent féminine. Une chose est sûre, ces viølences doivent cesser.

    💰 3500 Fcfa
    📲 +237 690307319

    Pauline M.N. ONGONO

  • Honoré DOUBA, l’homme qui rassemble les traces de la littérature centrafricaine

    La littérature ne se résume pas aux livres qui paraissent, elle se construit aussi autour des traces que ces livres laissent, des auteurs qui les portent et des documents qui permettent, des années plus tard, de les retrouver. En République centrafricaine, où les structures consacrées à la conservation du patrimoine écrit restent encore insuffisantes, le travail de recensement prend une dimension particulière. C’est dans cet équilibre que s’inscrit l’entreprise menée par Honoré DOUBA avec son Répertoire des écrivains et auteurs de Centrafrique, dont les tomes 2 et 3 viennent de paraître aux Éditions Edilibres.


    Le tome 1, publié en 2017 chez Adrien Poussou Éditeur, avait ouvert cette démarche de documentation. Les deux nouveaux volumes prolongent et élargissent ce travail consacré à la connaissance de la production littéraire et intellectuelle liée à la République centrafricaine. Leur intérêt dépasse ainsi celui d’une simple compilation bibliographique : ils répondent à un véritable enjeu de conservation et de transmission.

    Dans un pays qui compte peu de bibliothèques et qui ne dispose pas encore d’une véritable bibliothèque nationale capable d’assurer de manière centralisée la conservation, le recensement et la valorisation des œuvres publiées en Centrafrique ou consacrées au pays, disposer d’un tel répertoire constitue une ressource précieuse. Les ouvrages peuvent se disperser, devenir difficiles à retrouver ou simplement disparaître de la mémoire collective. Les identifier et en conserver la trace revient donc à préserver une partie de l’histoire intellectuelle nationale.

    Le tome 2, consacré aux ouvrages des Centrafricains, s’attache à rendre compte de cette production en réunissant des informations sur les auteurs et leurs œuvres. Livres publiés, manuscrits signalés, textes inédits et références bibliographiques composent un ensemble destiné à faciliter la recherche et à donner une meilleure visibilité à une littérature qui mérite d’être davantage connue et documentée.

    Le tome 3 ouvre, pour sa part, une perspective complémentaire en recensant les ouvrages d’étrangers ayant écrit sur la Centrafrique. Ce choix est particulièrement intéressant ! Il permet de considérer le pays à travers les nombreux écrits produits par des auteurs qui, venus d’autres horizons, l’ont observé, décrit ou étudié. Ces publications constituent des sources susceptibles d’enrichir la compréhension de l’histoire, de la société et de la culture centrafricaines. Elles offrent également matière à réflexion sur les différents regards portés sur le pays et sur la manière dont son image s’est construite dans les écrits extérieurs.


    L’intérêt du travail d’Honoré DOUBA tient surtout à sa volonté de rendre ces informations accessibles. Chercheurs, universitaires, étudiants, enseignants, bibliothécaires, journalistes, écrivains et acteurs culturels peuvent y trouver des repères utiles pour leurs travaux. Pour le lecteur ordinaire également, le répertoire offre une porte d’entrée vers un patrimoine parfois difficile à appréhender dans son ensemble. Il faut aussi regarder cette entreprise à la lumière du parcours de son auteur.

    Né le 11 mars 1949 à Pointe-Noire, Honoré DOUBA a connu un itinéraire à la croisée de l’éducation, de la vie publique, de la foi et de la littérature. Instituteur puis conseiller pédagogique aujourd’hui à la retraite, il est également pasteur, poète et écrivain. Il a occupé plusieurs responsabilités publiques, notamment celles de chef de quartier et de groupe, de conseiller municipal, de président d’un parti politique et de ministre. Son engagement dans différentes associations culturelles, sportives et particulièrement littéraires complète un parcours marqué par l’action et la transmission. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Panorama des écritures centrafricaines et le Répertoire des écrivains et auteurs de Centrafrique, Honoré DOUBA s’est progressivement imposé sur un terrain qui demande patience, méthode et persévérance : celui de la mémoire écrite.

    La parution de ces deux volumes rappelle une évidence souvent négligée : un patrimoine qui n’est pas recensé risque de devenir invisible. En donnant des noms, des titres et des références à ce qui pourrait progressivement tomber dans l’oubli, Honoré DOUBA a accompli un travail essentiel. Une contribution qui fait de la littérature centrafricaine non seulement un espace de création, mais aussi un patrimoine identifiable.

    Ces tomes 2 et 3 sont disponibles auprès de L’Harmattan et dans les librairies en ligne. Le tome 2 est proposé au prix de 35 euros et le tome 3 au prix de 40 euros.

    Pauline M.N. ONGONO (Présidente ACOLITT – Cameroun)




  • Assomo Ngono Ela : le mvet comme héritage, le destin comme mémoire

    Et si certaines vies étaient trop précieuses pour être laissées au silence ? À travers Les Cordes du destin : Entre vie, suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFA ressuscite le parcours d’une artiste dont le nom reste attaché au mvet et à la culture Ekang. Présenté le 31 juillet 2026 à Yaoundé, au siège de la Commission nationale pour l’UNESCO au Cameroun, ce livre a surtout ouvert une conversation sur ce que nous choisissons de retenir de notre histoire et sur ce que nous acceptons de transmettre. Assomo Ngono Ela demeure une artiste, une voix, un talent, mais surtout une mémoire vivante d’un univers culturel dont la transmission ne peut être laissée au hasard.

    Placée sous le parrainage du Dr Christophe FOE NDI et modérée par Pauline M.N. ONGONO, le panel a réuni notamment le Secrétaire général de la Commission nationale pour l’UNESCO, l’éditeur D&L et, bien sûr, le Dr Eric Nelson EFANGONO. Pourtant, derrière les prises de parole et les échanges officiels, c’est une histoire profondément humaine qui s’est progressivement imposée. Une prise de parole du critique littéraire Ray NDÉBI a aussi soulevé le besoin d’évolution de l’instrument sans renier sa souche.

    Le Dr Eric Nelson EFA ne prétend pas livrer une biographie au sens strict. Son ouvrage relève de la fiction, mais s’enracine dans des faits réels de la vie d’Assomo Ngono Ela. Ce choix lui permet de donner chair à une trajectoire, de restituer des émotions et d’interroger les zones d’ombre d’un destin artistique sans réduire cette icône à son seul statut d’interprète. Car Assomo n’est pas seulement celle qui joue du mvet. Elle est celle qui porte quelque chose : une mémoire, une culture, une manière de raconter le monde.

    Son parcours révèle aussi une évolution importante de la pratique du mvet. La tradition se transforme, les instruments se rencontrent et les formations s’élargissent, associant notamment le mvet aux tambours et aux tam-tams. Dans cette évolution, Assomo Ngongo Ela apparaît comme une artiste capable de faire vivre l’héritage sans le figer. C’est peut-être pour cette raison que la question du patrimoine culturel immatériel s’est imposée avec autant de force au cours de la cérémonie… Le Dr Christophe Foe Ndi a d’ailleurs rappelé la nécessité de protéger ces savoirs qui ne se trouvent pas toujours dans les musées ou les archives, mais dans les gestes, les voix, les pratiques et les récits transmis de génération en génération. Le destin d’Assomo Ngono Ela est une parfaite illustration de cette fragilité. En effet, un savoir peut être immense et pourtant disparaître si personne ne prend le temps de le recevoir.

    Dans le livre, cette idée prend un visage à travers Bidja, un jeune garçon qu’Assomo Ngono Ela initie au mvet. Entre eux, il n’est pas seulement question d’apprentissage musical. Elle lui enseigne une façon d’écouter, de sentir et de comprendre. Pour elle, avant de jouer, il faut apprendre à entendre ; avant de chercher la performance, il faut comprendre le silence. Assomo Ngongo Ela transmet à Bidja ce qu’elle a elle-même reçu. Elle devient à son tour le maillon d’une chaîne qui la dépasse et qui est vouée à continuer. Sans conteste, le mvet n’est pas un simple instrument : il est une mémoire qui circule d’une génération à l’autre.

    Le parcours de l’artiste raconte également l’élargissement progressif de son horizon. Partie de son environnement d’origine, Assomo Ngono Ela finit par porter sa musique vers des publics éloignés. À Dakar, sa voix, son mvet et les percussions de sa troupe trouvent une écoute attentive. Ce qui était né dans un cadre culturel précis franchit ainsi les frontières et rencontre d’autres sensibilités. Cette trajectoire est la preuve qu’une culture n’est pas condamnée à rester enfermée dans son lieu d’origine pour rester authentique. Elle doit voyager, se faire entendre ailleurs, tout en continuant à être elle-même.

    La cérémonie du 31 juillet 2026, date qui met justement en exergue la femme africaine, ne pouvait d’ailleurs rester étrangère à la musique type à l’honneur. La prestation de Scienty Ekoro est venue prolonger le propos par le son, comme pour rappeler que certaines histoires se racontent mieux lorsqu’elles sont aussi entendues.

    Après les interventions, le public a échangé avec l’auteur. Les questions ont permis de revenir sur le personnage d’Assomo Ngono Ela, sur les choix narratifs et sur les enjeux de transmission soulevés par le livre. La séance de dédicace sous une dimension plus personnelle, a cédé la place quelques minutes plus tard au cocktail, qui a prolongé les échanges dans une atmosphère aussi chaleureuse que les notes du mvet.

    Au-delà de la cérémonie, Les Cordes du destin pose finalement une question qui dépasse le seul parcours d’Assomo Ngono Ela : que restera-t-il de nos héritages si nous ne prenons pas le temps de les raconter ? En écrivant Les cordes du destin : entre vie, Suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFANGONO permet que l’histoire d’Assomo Ngono Ela ne se perde pas. Il fait entendre un instrument pour que sa voix continue de résonner ; il met en scène une transmission pour rappeler que la culture ne survit pas uniquement grâce à ceux qui la possèdent, mais grâce à ceux qui acceptent de la recevoir.

    Assomo Ngono Ela est désormais un trait d’union entre hier et demain. Et peut-être est-ce là le véritable sens de son destin : avoir compris que le plus bel héritage n’est pas celui que l’on garde, mais celui que l’on transmet.

    Il est disponible auprès de l’auteur et de l’éditeur.

    Pauline M.N. ONGONO




  • FESTI KITOKO BD ET LIVRE : Al’ Mata souhaite raconter l’Afrique, transmettre et faire naître des vocations

    Au-delà de la célébration de la BD et du livre, le FESTI KITOKO se veut un espace de transmission. Son ambition : faire connaître les créateurs africains, encourager les jeunes à lire et à créer, et montrer que la bande dessinée peut raconter l’histoire, les réalités et les imaginaires du continent. Un engagement que son promoteur, Al’ Mata, souhaite inscrire dans la durée.


    Al’ Mata, pouvez-vous nous parler de vous et de vos travaux ?

    Je n’aime pas trop parler de moi, je préfère laisser parler mes travaux. Je suis auteur et dessinateur de bande dessinée, engagé depuis plusieurs années dans la promotion de la BD africaine. Parmi mes travaux, je peux notamment citer la trilogie consacrée à Alphonse Madiba, dit Daudet, qui occupe une place importante dans mon parcours., néanmoins, je collabore aussi avec des éditions tels que Bayard presse,
    Hachette…

    La bande dessinée « africaine » a une histoire souvent méconnue, parfois réduite à quelques grands noms et à quelques œuvres emblématiques. Où commence réellement cette histoire, et quelles sont les grandes étapes qui ont façonné son évolution jusqu’à aujourd’hui ?

    Réduite à quelques grands noms… C’est évident, ces noms sont comme la lumière, le porte-étendard qui donne une visibilité à ce à quoi beaucoup semble ne pas vouloir prêter attention. Et derrière cette lumière, il y a toute une histoire, bien sûr, qu’il ne faudra cependant pas prendre de manière globale. Il y a des spécificités selon chaque pays, l’Afrique en comptant cinquante-quatre. Pour ce qui est de mon pays, la République démocratique du Congo, cette histoire a démarré en 1968, avec la création du magazine « Jeune pour Jeunes » dédié exclusivement à la bande dessinée. Cela a été le déclic qui a stimulé beaucoup de dessinateurs par la suite, depuis ces années-là jusqu’à la génération actuelle. Les thèmes exploités sont variés et touchent tous les domaines de la vie. Un bémol tout de même. Quand on évoque le terme « bande dessinée africaine », je me vois un peu perdu. S’agit-il de la bande dessinée réalisée par un dessinateur issu de l’Afrique ou de celle faite sur un thème qui concerne exclusivement l’Afrique ? Pour le second cas, n’importe quel dessinateur de n’importe quelle nationalité peut le faire. Pour le premier, n’importe quel dessinateur du continent peut hériter d’un scénario écrit par quelqu’un d’une nationalité autre que celle émanant de l’Afrique. Et encore, qu’est-ce qu’un dessinateur africain ? Ce terme est vide et fait d’un dessinateur présenté comme tel un apatride, l’Afrique n’étant pas un pays mais, un continent !

    Pendant longtemps, l’Afrique a été dessinée par le regard des autres, avec des représentations parfois caricaturales, folklorisantes ou profondément éloignées des réalités vécues. D’après vous, à quel moment les auteurs africains ont-ils véritablement commencé à reprendre possession de leur propre image et de leurs récits ?

    Il nous arrive de regarder dans la même direction sans forcément voir la ou les mêmes choses ou observer les mêmes détails sur un objet donné. Cela est pareil avec l’interprétation. Chacun y va selon son humeur, ses convictions ou son caractère. D’autant plus que chaque société nourrit des préjugés -exprimés ou pas – sur une autre. Dès lors, faut-il se positionner en revanchard ou en correcteur forcené pour voir bien aller les choses ? Ma réponse est non. On devra plutôt s’exprimer naturellement, selon son inspiration, en se gardant de déformer gratuitement les faits, pour une raison ou une autre. Mais, cela n’empêche pas toute fois une lecture humoristique des mêmes faits.

    La BD n’est-elle pas, au fond, un formidable outil de mémoire ? Que peut raconter une case, une planche ou un album sur l’histoire, les traumatismes, les traditions et les transformations de nos sociétés que les discours historiques ne parviennent pas toujours à transmettre ?

    Une fois encore, il est question de la thématique choisie. Pour le reste, cela dépendra de la subtilité de l’artiste pour convaincre, faire passer un message ou non.

    Entre héritage oral, littérature, cinéma, arts graphiques et cultures populaires, quelles sont aujourd’hui les principales sources d’inspiration de la bande dessinée africaine ? Et qu’est-ce qui fait sa singularité face aux grandes traditions francobelge, américaine ou japonaise ?

    La différence, c’est en chacun de nous, dans sa manière de voir les choses. Un Européen qui débarque en Afrique verra, à sa façon, ce que nous vivons et banalisons au quotidien et inversement. Cette lecture est influencée naturellement par la culture de base d’un chacun.

    La bande dessinée africaine souffre encore d’un paradoxe : elle regorge de talents, mais peine parfois à trouver des éditeurs, des financements, des réseaux de diffusion et surtout un lectorat suffisamment large. Pourquoi cette difficulté persiste-t-elle ?

    Il y a plusieurs pistes à explorer pour répondre à cette question. Un gros travail de lobbying en amont, une organisation efficace qui appelle un gros budget, un calendrier strict et évidemment, des hommes derrière tout ceci. Des hommes bien « musclés ». Editeurs, financements, réseaux de diffusion, etc. demande des bras musclés, avec des personnes armées de beaucoup de volonté et de détermination. Des personnes qui y croient, comme pour relever un défi, atteindre un ou des objectifs et pérenniser la chose. Ce qui ne fait pas défaut dans le paysage. Mais, il faut faire le premier pas.

    À l’heure du numérique, des réseaux sociaux, du webtoon, de l’intelligence artificielle et de la consommation accélérée des images, la bande dessinée traditionnelle est-elle menacée ou, au contraire, en train de trouver de nouveaux territoires pour se réinventer ?

    Le webtoon, l’intelligence artificielle, etc. sont autant de créneaux qui fonctionnent selon leurs spécificités et je ne pense pas que l’un puisse empiéter sur les autres. Au contraire, ils vont cohabiter et subsister, chacun restant sur sa bande. Et encore, ce ne sont pas tous les artistes qui sont appelés à verser dans cette nouvelle façon de faire. Cela dépendra du feeling d’un chacun.

    Aujourd’hui, les jeunes auteurs africains dessinent-ils encore l’Afrique telle qu’ils la voient, ou commencent-ils à inventer des futurs africains – science-fiction, fantasy, dystopies, récits fantastiques – capables de sortir des représentations habituelles du continent ?

    Ici, il s’agit une fois encore du feeling, tout le monde ne devant pas forcément faire la même chose.

    Dans quelle mesure la circulation internationale des œuvres et des créateurs peut-elle contribuer à faire sortir la BD africaine de la marginalité, sans pour autant la contraindre à répondre aux attentes esthétiques ou commerciales des marchés étrangers ?

    Selon moi, le secret réside dans la réalisation des oeuvres originales, qui ne souffrent d’aucun complexe par rapport à ce qui existe déjà de part le monde. Bien entendu, la qualité doit suivre sur tous les plans : graphique, scénaristique et même de la présentation du produit.

    Et justement, pour le mois de septembre, vous organisez la troisième édition du FESTI KITOKO BD et LIVRE. Qu’est-ce qui a changé depuis les premières éditions ? Quels enseignements en avez-vous tirés et quelle histoire souhaitez-vous désormais inscrire dans la durée ?

    Lors de la première et de la deuxième édition, le festival s’appelait simplement « Festi Kitoko BD ». Pour cette troisième édition, nous avons ajouté le Livre, d’où le nouveau nom « Festi Kitoko BD et Livre ». L’idée est de créer un véritable dialogue entre la bande dessinée et la littérature, en réunissant dessinateurs, scénaristes et écrivains autour d’une même passion : raconter des histoires. Les premières éditions nous ont appris qu’il fallait davantage créer des rencontres entre les créateurs et le public, mais aussi entre les différents acteurs du livre. Pour la suite, nous souhaitons inscrire le festival dans la durée et en faire un rendez-vous culturel où les histoires, les auteurs et les talents africains et d’ailleurs peuvent continuer à se rencontrer et à se transmettre.

    Pourquoi était-il important de créer un festival consacré à la BD et au livre, et particulièrement de lui donner une dimension qui permette de faire dialoguer auteurs, lecteurs, illustrateurs, éditeurs et professionnels du secteur ?

    Créer un festival consacré à la bande dessinée et au livre était important parce que la BD est à la fois un art, un moyen d’expression et un formidable outil de transmission. Elle permet de raconter des histoires, de faire réfléchir, de divertir, mais aussi de faire découvrir des cultures et des réalités parfois peu représentées.
    Nous voulions surtout créer un espace où les différents acteurs du livre puissent se rencontrer. Un auteur ne doit pas être isolé dans son travail : il a besoin de rencontrer ses lecteurs, d’échanger avec d’autres créateurs, de dialoguer avec les éditeurs et de comprendre les réalités du secteur. De la même manière, le lecteur doit pouvoir découvrir les coulisses de la création et échanger directement avec ceux qui fabriquent les livres qu’il lit.

    Organiser un festival culturel est aussi une aventure faite d’obstacles : financement, mobilisation du public, visibilité, logistique, disponibilité des auteurs, pérennité du projet… Quelles sont les difficultés les plus ardues à surmonter pour le FESTI KITOKO, celles dont le public ne soupçonne généralement pas l’existence ?

    La difficulté principale reste le financement. Organiser un festival demande beaucoup de moyens, alors que les ressources restent limitées. Il faut aussi mobiliser les auteurs, assurer leur déplacement et leur hébergement, communiquer suffisamment et gérer toute la logistique. Le public voit surtout le résultat final, mais derrière deux jours de festival, il y a des mois de travail et beaucoup de sacrifice.

    Cette troisième édition, prévue les 25 et 26 septembre 2026 à la Maison de la Vie Associative et Citoyenne de Grenoble, annonce des tables rondes, une exposition et des dédicaces. Qu’attendez-vous précisément de cette édition que les précédentes n’ont pas encore permis d’accomplir ?

    J’aimerais que cette troisième édition franchisse un nouveau cap en matière de visibilité et de participation. Nous voulons toucher davantage de lecteurs, notamment les jeunes, mais aussi renforcer les échanges entre créateurs africains et européens. J’espère également que cette édition permettra de donner au FESTI KITOKO une véritable place dans le paysage culturel grenoblois.

    Au-delà de la célébration de la bande dessinée, quel rôle le FESTI KITOKO veut-il jouer dans la transmission : transmettre le goût de lire, susciter des vocations, faire connaître les créateurs africains, créer des passerelles entre les générations et les cultures ?

    Le FESTI KITOKO veut être un espace de transmission et de rencontre. Nous voulons donner aux jeunes le goût de lire et de créer, faire découvrir les auteurs africains et montrer que la BD est aussi un formidable outil pour raconter notre histoire et nos réalités. C’est également une manière de créer un dialogue entre les générations et les cultures.

    Si vous deviez demander à un jeune qui rêve aujourd’hui de devenir auteur de BD de ne pas renoncer malgré les difficultés du métier, que lui diriez-vous ? Et que faudrait-il changer, collectivement, pour que son talent ne soit pas condamné à rester dans les marges ?

    Je lui dirais de croire en son talent et surtout de ne pas abandonner. Les difficultés font partie du parcours, mais il faut continuer à apprendre, à créer et à montrer son travail. Collectivement, nous devons créer davantage de structures d’accompagnement, de formations, de festivals et surtout de véritables débouchés pour permettre aux jeunes auteurs de vivre de leur art.

    Au moment où s’ouvre cette troisième édition, quelle trace aimeriez-vous que le FESTI KITOKO laisse dans l’histoire de la bande dessinée africaine ?

    J’aimerais que le FESTI KITOKO soit retenu comme un festival qui a contribué à faire connaître et reconnaître les talents africains. Mais surtout, qu’il ait participé à créer des vocations et à montrer que la bande dessinée africaine a toute sa place dans le paysage culturel international.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Café littéraire à Mbouo-Bandjoun | Quand la famille découvre son successeur autour du feu

    Le vendredi 14 août 2026, à Mbouo-Bandjoun, dans la case familiale, autour du feu, Jean Grégoire KENGNE TETA a retrouvé les siens pour un moment littéraire, familial et profondément intime consacré à son livre Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié.

    Plus que le centre des échanges, cette autobiographie qui a paru en mars dernier aux Éditions KADEÏ est devenue le miroir d’une histoire familiale faite de mémoire, de responsabilités, de silences et de transmissions.

    Le choix du cadre donnait à la rencontre une dimension particulière : loin des salles et des cérémonies protocolaires ou pleines de livres, la parole a retrouvé sa place dans la case familiale traditionnelle, près du feu, là où les générations se retrouvent et où la mémoire se transmet.

    Le feu en était le premier symbole. Ses flammes éclairaient les visages tandis que ses braises rappelaient que la mémoire ne disparaît jamais complètement. Même lorsque la flamme baisse, la braise conserve la chaleur du feu et peut en faire naître un autre. Ainsi se transmet la tradition : une génération reçoit, préserve et transmet à son tour.

    À cette symbolique s’est ajoutée celle de l’épi de maïs. Chaque grain est distinct, mais tous appartiennent au même épi. Il évoque ainsi la famille, où chacun possède son parcours tout en restant lié à une histoire commune. Un rappel que ce qui est reçu n’est pas destiné à être gardé pour soi : il doit nourrir et servir aux générations suivantes. Les plus jeunes ont ainsi reçu bien plus qu’un récit. À travers les paroles des plus âgés et l’histoire racontée par l’auteur, ils découvraient, avec fascination, une part de leur héritage familial.

    Jean Grégoire KENGNE TETA, le successeur dont il est question dans le livre, montre que cette responsabilité ne commence pas au moment de la désignation. Elle se construit dès l’enfance, dans l’éducation, les attentes du père et la conscience progressive d’appartenir à une histoire qui le dépasse. Une responsabilité qui peut être à la fois un devoir et un poids. Et sa famille, l’auteur dira : « Ce sera par vos choix que je serai un Yambong (privilégié) ou un sacrifié. »

    La question des biens occupe également une place importante dans le récit. Après la disparition de TETA Michel, le père de l’auteur, les désaccords autour du testament et du partage du patrimoine provoquent des tensions entre frères et sœurs, jusqu’à entraîner un long conflit judiciaire. L’auteur rappelle ainsi qu’un héritage matériel peut devenir une source de division lorsqu’il n’est pas accompagné du dialogue et de la volonté de préserver l’unité familiale.

    C’est l’une des grandes leçons de Le Successeur : transmettre ne consiste pas seulement à léguer des biens. Il faut aussi transmettre une histoire, des valeurs, une mémoire et le sens de la responsabilité.

    Le moment, modéré par l’écrivain et enseignant Mat Issofa a connu la présence de Mme le délégué des arts et de la culture du Koung-Khi. Les prestations de N’Dengass le slameur bantou et de Dominique GNINTELAP ont donné une dimension poétique aux thèmes de la filiation, de la mémoire et de la transmission. Et tout ceci sous la houlette des Éditions KADEÏ, de DG COM et de l’ACOLITT.

    Autour du feu, les proches de Jean Grégoire KENGNE TETA ont découvert une dimension plus intime de l’homme qu’ils connaissaient. Derrière le professionnel, le père, le frère et l’homme de famille apparaissait celui qui PORTE une responsabilité héritée de plusieurs générations. L’émotion était d’autant plus forte que certaines réalités évoquées dans le livre ne sont pas toujours exprimées dans les conversations familiales. La littérature leur donnait des mots sous leurs maux internes.

    Cette rencontre atypique aura ainsi montré qu’une tradition ne survit que si elle est transmise. Les anciens déposent leur mémoire entre les mains des plus jeunes, comme on confie des braises à celui qui devra entretenir le feu. Et lorsque la soirée s’est achevée, le feu pouvait s’éteindre. Mais la mémoire, elle, avait trouvé de nouveaux gardiens.

    Pauline M.N. ONGONO




  • À Bamougoum, « Autour des mots » ouvre le débat sur l’héritage, la famille et la transmission

    Le 13 août 2026 dès 10 heures, à La Route des Chefferies sise à l’entrée de la Chefferie Bamougoum (Ouest Cameroun), s’est tenue une nouvelle rencontre de « Autour des mots », une initiative portée par DG COM. Cette nouvelle édition était consacrée à l’œuvre autobiographique de Jean Grégoire KENGNE TETA, « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié » qui a paru en mars 2026, aux Éditions KADEÏ.

    Organisée autour de l’écriture, de la lecture, de la transmission et de la mémoire, cette rencontre a offert au public un moment particulièrement dense, où la littérature s’est faite espace de dialogue sur la famille, l’héritage, la tradition et les responsabilités qui traversent les générations.

    La matinée a commencé par un moment aussi simple que profondément symbolique. Après la présentation de l’auteur par Pauline ONGONO, la note de lecture de l’écrivain Mat Issofa, Nadège et Larata, deux jeunes élèves, ont pris la parole. Elles ont émoustillé l’assistance par leurs déclamations poétiques. Parmi les mots qu’elles ont livrés à travers leurs poèmes en anglais et bilingue, une expression a particulièrement retenu l’attention : « tracer sa propre voie ». Cette formule allait devenir le fil conducteur de cette rencontre qui, au-delà du livre présenté, interrogeait précisément la possibilité pour chacun de construire son chemin tout en portant l’héritage de ceux qui l’ont précédé.

    Sous la conduite du modérateur du jour Mat Issofa, les échanges ont progressivement conduit le public au cœur de l’univers de Jean Grégoire KENGNE TETA. Il n’a pas seulement présenté un ouvrage ; il a ouvert les portes de sa mémoire et livré une partie d’un itinéraire profondément marqué par la famille, la tradition, la foi, l’éducation, la vie professionnelle et, surtout, la succession de son père.

    Dans « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié», il explique que l’écriture est née d’une nécessité : comprendre les mécanismes qui conduisent au choix d’un successeur et interroger la manière dont celui-ci peut trouver sa place au sein d’une famille complexe. Il écrit ainsi son histoire pour soumettre son expérience à l’analyse du lecteur et chercher, à travers le regard des autres, des réponses aux questions qui l’accompagnent depuis l’enfance.

    Cette dimension personnelle donne à cette autobiographie une portée qui dépasse largement le récit individuel. Elle met en tension la tradition et la modernité et interroge les transformations de la société face aux héritages familiaux et culturels. Dans sa préface, le professeur ALAKA ALAKA présente d’ailleurs l’ouvrage comme une réflexion sur les épreuves liées à la succession et comme un avertissement face aux dérives qui peuvent fragiliser les familles. Il appelle à une attitude juste, constructive et fondée sur la coexistence pacifique.

    Au cours des échanges, Jean Grégoire KENGNE TETA est revenu sur la figure de son père, TETA Michel, et sur le poids de l’héritage qui a progressivement façonné son propre destin. Dès l’enfance, il avait le sentiment d’être différent, soumis à des attentes particulières et appelé à une responsabilité qu’il ne comprenait pas encore pleinement. Son parcours scolaire et professionnel, son attachement à la terre de Mbouo, son rapport à la foi et aux traditions ainsi que les enseignements reçus de son père constituent autant d’étapes dans la construction de celui qui deviendra plus tard successeur. Le livre montre que la succession ne commence pas nécessairement au moment où un héritier est officiellement désigné : elle peut s’inscrire bien plus tôt dans l’éducation, les valeurs, les silences et les attentes familiales.

    Le moment de la désignation apparaît, dans le récit, comme un véritable basculement. Après la mort de son père, Jean Grégoire KENGNE TETA apprend qu’il a été choisi pour devenir le guide de la grande famille. L’annonce est vécue comme un choc. Lui-même décrit alors, lors de l’échange, le sentiment d’avoir été « sacrifié », tant la responsabilité qui lui est confiée dépasse la simple question de la gestion d’un patrimoine. Être successeur signifie désormais porter une histoire, maintenir des liens, arbitrer des tensions et tenter de préserver une famille composée de personnalités, de sensibilités et d’intérêts différents.

    La rencontre a également permis d’aborder les conséquences parfois dramatiques de cette succession. Jean Grégoire KENGNE TETA évoque les divisions entre héritiers, les contestations du testament, les procédures judiciaires et plusieurs années de conflit. Derrière les actes juridiques et les décisions de justice, c’est une famille qui se retrouve confrontée à ses propres fractures. L’auteur raconte cette période comme un moment douloureux, marqué par l’affrontement entre frères et sœurs, alors même que la volonté du défunt était, selon lui, de préserver l’unité familiale.

    Ces passages ont donné lieu à des échanges particulièrement intenses avec un public attentif et manifestement sensible aux réalités évoquées. Les témoignages et les interventions ont rappelé que les conflits successoraux ne sont jamais uniquement des affaires de biens. Ils touchent à l’honneur, à la mémoire, aux blessures anciennes, aux relations entre frères et sœurs et à la capacité d’une communauté familiale à continuer de vivre ensemble après la disparition de celui qui en constituait le centre.

    La poésie a également occupé une place importante dans cette matinée. Après les prestations des deux jeunes élèves, Dominique GNINTELAP a apporté une autre respiration à la rencontre à travers le slam. Sa prestation a contribué à élargir l’espace de réflexion en donnant aux mots une dimension plus sensible et plus incarnée. En clôture, Hermann NJANYOU « N’Dengass le Slameur Bantou », a livré « Mère et père », un texte qui est venu rappeler avec force que derrière les questions d’héritage, de succession et de patrimoine se trouvent d’abord des femmes et des hommes, des parents, des enfants et des histoires humaines.

    L’absence de l’atelier d’écriture de Ray NDÉBI a été déplorée, mais cela n’a pas empêché à la rencontre de conserver son caractère participatif et sa vocation de dialogue entre écrivains, lecteurs, élèves, poètes et acteurs du monde culturel présent.

    La présence des Éditions KADEÏ et de l’agence ACOLITT a par ailleurs permis de rappeler le rôle essentiel de l’édition dans la circulation des œuvres et dans la construction d’une véritable culture du livre. En accompagnant « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », KADEÏ contribue à faire connaître cette œuvre qui, au-delà de son caractère autobiographique, soulève des questions auxquelles de nombreuses familles peuvent se trouver confrontées.

    Au fil des discussions, une interrogation s’est imposée : que devient l’individu lorsqu’il devient le dépositaire d’un héritage qui le dépasse ? Peut-il encore être simplement lui-même lorsqu’il doit désormais porter les responsabilités familiales, sociales, professionnelles et spirituelles attachées à son statut ? Comment préserver l’héritage sans devenir prisonnier du passé ? Comment respecter la mémoire des anciens tout en construisant une voie personnelle ?

    C’est finalement autour de cette tension que la formule prononcée par les deux jeunes élèves a pris toute sa profondeur : « tracer sa propre voie ». Le parcours raconté par Jean Grégoire KENGNE TETA montre que l’héritage ne consiste pas seulement à recevoir. Il impose aussi de comprendre, de choisir, de transformer et de transmettre. L’auteur rappelle d’ailleurs, dès les premières pages de son ouvrage, qu’il est devenu héritier à travers une histoire, un lignage et un prix à payer.

    Après près de deux heures d’échanges, la rencontre s’est achevée par les remerciements, les dédicaces, le verre d’amitié, les photographies et les échanges informels entre l’auteur et le public. Mais la fin de la rencontre n’a pas mis un terme aux questions soulevées. Elle les a plutôt déposées dans les consciences.

    Cette édition de « Autour des mots » aura ainsi montré une nouvelle fois que la littérature peut être bien davantage qu’un espace de présentation d’un livre. Elle peut devenir un lieu de mémoire, de confrontation des expériences, de transmission entre les générations et, surtout, un espace où une société accepte de regarder ses propres blessures.

    Avec « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », Jean Grégoire KENGNE TETA ne raconte donc pas uniquement son histoire, il invite chacun à réfléchir à ce que nous recevons de ceux qui nous précèdent, à ce que nous choisissons d’en faire et à ce que nous laisserons, à notre tour, à ceux qui viendront après nous. Le véritable enjeu de la succession apparaît alors moins dans ce que l’on possède que dans ce que l’on parvient à préserver : la dignité, la mémoire, la solidarité et la capacité à rester humain lorsque les intérêts menacent de prendre le dessus sur les liens.

    C’est donc à dessin que « Autour des mots » porte cette vocation : écrire, partager et transmettre.

    Pauline M.N. ONGONO




  • RTWO 2026 : penser le livre pour mieux comprendre le monde

    Le livre n’est plus seulement un objet de lecture, c’est un secret de polichinelle. Il est désormais un espace de dialogue, un témoin des sociétés, un passeur de mémoire et un acteur du rapprochement entre les cultures. C’est cette vision que porte ACOLITT à travers la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO), qui se tiendra du 05 au 09 août 2026, en direct sur Facebook et LinkedIn. Pendant cinq jours, cette rencontre virtuelle réunira quarante-un (41) acteurs sous trois continents : des professionnels du livre, des universitaires, des traducteurs, des étudiants, des auteurs, des lecteurs… autour d’une même ambition : réfléchir ensemble aux nouveaux enjeux de la littérature et de la traduction.

    Les échanges entre les peuples devenant de plus en plus intenses, les métiers du livre sont appelés à se réinventer. Les œuvres circulent plus rapidement, les langues se rencontrent davantage et les réalités culturelles s’entrecroisent. Cette évolution soulève de nombreuses questions auxquelles la RTWO entend apporter des pistes de réflexion. Comment préserver l’authenticité d’une œuvre lorsqu’elle traverse les frontières linguistiques ? Comment faire dialoguer les cultures sans effacer leurs singularités ? Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans la construction d’un monde plus ouvert et plus solidaire ? Etc.

    À travers huit grandes thématiques autour du thème général « Lire le monde, traduire les cultures », cette édition invite les participants à dépasser les approches classiques pour envisager le livre comme un véritable acteur du développement humain. Les échanges permettront d’aborder les questions d’identité, de diversité culturelle, de médiation, d’interculturalité, de traduction, de relecture et de circulation des savoirs dans une perspective résolument tournée vers l’avenir, comme dit par Pauline ONGONO, la présidente d’ACOLITT, dans le podcast du promoteur culturel Franco-congolais Gangoueus.

    L’originalité de cette rencontre réside également dans son caractère participatif. Chaque conférence, chaque débat et chaque prise de parole contribuera à enrichir une réflexion collective sur les transformations du secteur du livre. L’objectif n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de créer des passerelles entre les expériences, les disciplines et les générations.

    Avec cette troisième édition de la RTWO, ACOLITT confirme son engagement en faveur d’une littérature qui dépasse les frontières, favorise la compréhension mutuelle et participe à la construction d’un dialogue interculturel durable.

    Plus qu’une semaine de formation ou de conférences, la RTWO 2026 s’annonce comme un espace d’inspiration où les idées circulent librement, où les expériences se croisent et où le livre retrouve pleinement sa vocation première : rapprocher les femmes et les hommes par la force des mots.


    Retrouvez les échanges des précédentes éditions ICI