Auteur/autrice : ACOLITT

  • 31 juillet – Journée Internationale de la Femme Africaine : La femme est un remède pour la femme

    La Journée Internationale de la Femme Africaine (JIFA) est instituée en 1962 lors de la première Conférence des Femmes Africaines à Dar es Salaam (Tanzanie), qui a conduit à la création de la PAWO, l’Organisation Panafricaine des Femmes.

    Les objectifs de cette journée sont :

    • Promouvoir, mettre en lumière les initiatives de la femme africaine pour le développement du continent
    • Célébrer les femmes africaines et les aider à réaffirmer l’engagement en faveur de leur autonomisation et de l’égalité des sexes
    • Discuter sur des sujets divers (politique, économie, culture, etc.) pour le développement de la femme en Afrique

    📌 En bref, c’est une journée pour célébrer la femme africaine et la booster encore plus.
    ACOLITT a choisi de célébrer six femmes de la littérature qui, au quotidien, posent des actions autour de la femme.

    Que ce soit chez la fille ou l’adulte, elles sont au taquet pour une jeunesse féminine intelligente. Voilà une belle proposition que fait Carmen Toudonou, écrivaine béninoise, chaque deux ans, avec le concours Miss Litterature. Un concours qui regroupent des jeunes dames de différents pays et qui fait l’éloge de la beauté intellectuelle. En outre, dans plusieurs anthologies, elles regroupent des écrits de femmes, suscitant ainsi un réseau de femmes ouvert au monde.

    Dans le groupe Facebook Ecrivaines du Cameroun, vous aurez le loisir de voir le formidable engagement de Jeanne Louise Djanga. Sortie de livres, événements autour des livres de femmes… elle n’hésite pas à en parler. Et un plus à cette initiative est la mise sur pied l’Union des écrivaines africaines par Cylia Lateb. Une belle manière de fédérer les efforts et les compétences de chacune, créant ainsi un réseau solidifié d’écrivaines africaines à travers le monde.

    Qui dit écrivaine, dit livre, dit découverte, dit chaleur humaine… Pour faire la différence sur les promotions déjà en place, Amina Seck (Sénégal) et Pulchérie Abeme Nkoghe (Gabon) ont institué des salons littéraires pour valoriser les écrits de femmes. D’aucun penseront à un féminisme de haut grade, il convient de les rassurer sur le bien fondé d’un rassemblement de femmes autour de leurs livres, discutant de techniques d’écriture, de défis lorsqu’on est femmes (épouses, mères…) et écrivaines et d’autres sujets pour développer la scène littéraire. Vous pourrez alors assister, à loisir, au Salon International Féminin du Livre et des Arts du Gabon et au Salon du livre féminin de Dakar.

    En Afrique, on déplore le manque de bibliothèques, surtout des bibliothèques avec des fonds africains. Edwige DRO l’a compris et a décidé de mettre sa pierre à l’édifice : elle a mis sur pied 1949 à Yopougon (Abidjan, Côte d’Ivoire). Il s’agit d’une bibliothèque dont le fond est constitué uniquement de livres de femmes d’Afrique et du monde noir.

    Planter la graine comme Carmen Toudonou, créer des réseaux comme Jeanne Louise DJANGA et Cylia LATEB, organiser des salons comme Amina SECK et Pulcherie ABEME, investir et s’investir pour la mise sur pied d’une bibliothèque spécialisée, autant d’actions qui valorisent la femme, ses actions et ses projets en littérature. Des actions à féliciter et à encourager.

    📢📢📢 𝐎𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐜 𝐥’𝐚𝐟𝐟𝐢𝐫𝐦𝐞𝐫 : 𝐥𝐚 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐫𝐞𝐦𝐞̀𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞.

    Cette journée est aussi l’occasion pour nous de féliciter et remercier toutes ces personnes et associations qui se démarquent et qui donnent du leur pour le développement de l’Afrique ; l’autonomisation, le bien-être, l’éducation de la femme africaine. De manière non exhaustive : Djaïli Amadou Amal, Association des Femmes Entrepreneures du Cameroun, Rafdel, Andaal, Griote, L’orchidée Moulengui, LaDika, Régine Nadège Ekodo Ndjoana, Arielle Dnoutcheu, Yémélé Rosine, Armelle Touko, Nadine C. Mekougoum, Nadine Gérard, Carine Andela, Cynthia Nikeze, Christelle Noah DG, Danielle Eyango Ecrivaine et la liste est loin d’être exhaustive.

    Nous adressons spécialement nos encouragements à Rose Dede KOUEVI. Vivement une tenue saine du Salon international féminin du livre de Ouagadougou.
    Des fois, les échecs sont un carburant de bonne qualité.

    ACOLITT, pour une littérature dynamique !
    Nous contacter : acolitterature@gmail.com



  • D-LIVRE – Entretien avec Axel AVERROES KORONDO, écrivain, philosophe et politologue centrafricain

    J’adore quand on me critique, quand on critique mes écrits ! Cela me donne encore plus de force pour écrire.

    Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos abonnés ?

    Je me nomme Axel Presnel Averroès Korondo, écrivain centrafricain, chercheur en philosophie, analyste politique et spécialiste de l’éducation.


    Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, et comment avez-vous trouvé votre voix entre la philosophie, la politique et la littérature ?

    Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? Quelle belle question ! Premièrement, écrire est pour moi une passion, une essence qui anime mon âme. Deuxièmement, je peux dire que je suis né pour réfléchir à tout ce qui touche à la survie humaine. Enfin, tant que l’Afrique ne connaîtra pas la paix, tant que la justice sera au détriment du prolétariat, tant que la liberté des peuples sera bafouée, je ne cesserai jamais de m’exprimer. C’est ce qui me pousse à exprimer mes pensées afin d’éveiller la conscience africaine. Comment ai-je trouvé ma voie entre la philosophie, la politique et la littérature ? Une question qui résume toute ma vie et mon être. Pour commencer, la philosophie est l’essence même de ma vie, ce qui me pousse à réfléchir. Dès mon plus jeune âge, j’interrogeais mes parents sur tout ce que je voyais. J’avais ce désir de rechercher la vérité et de la connaître. Soudain, le désir de devenir philosophe, chercheur de la cause première, est né en moi. De la philosophie, je me suis retrouvé dans le domaine de la politique, qui semble être un héritage familial. Je viens d’une famille totalement politisée. Mon père était un grand homme politique, membre du plus grand parti politique de la République centrafricaine et candidat malheureux aux élections législatives. En fin de compte, je dirais que j’ai trouvé ma voie en combinant la philosophie et la politique, et les deux avec la littérature. Rien n’est plus difficile pour moi ! En tant que philosophe, j’utilise la philosophie pour analyser l’action politique.


    Vos écrits mêlent effectivement analyse politique et réflexion philosophique. Il est donc aisé pour vous d’articuler ces deux dimensions dans votre travail…

    Je n’éprouve effectivement aucune difficulté à articuler ces deux dimensions. Premièrement, il est important de comprendre que la réflexion philosophique est une approche dont l’objectif est d’identifier les problèmes de société, puis de formuler une réponse critique et, enfin, de trouver une solution. L’analyse politique, quant à elle, est une approche qui se concentre sur les actions de l’État, le pouvoir et le comportement des acteurs politiques. Cependant, pour l’analyse politique, il est impératif de recourir à la réflexion philosophique. Car la réflexion philosophique implique la raison. Cela signifie simplement que j’articule bien et harmonieusement ces deux dimensions. À mon avis, la réflexion philosophique constitue l’essence même de toute analyse politique.


    Quels auteurs, penseurs ou courants intellectuels ont le plus influencé votre pensée ?

    Je suis influencé par trois grands courants philosophiques : le courant spiritualiste avec Platon, saint Augustin et Bergson ; le courant rationaliste avec Descartes, Spinoza et Hegel ; et le courant humaniste avec Montaigne, Auguste Comte et Emmanuel Kant. Outre ces courants partisans, je suis également influencé par Averroès, Adams Smith, Jean-Jacques Rousseau, John Luck et Thomas Hobbes.


    Votre travail interrogeant très souvent les structures du pouvoir. Comment définiriez-vous votre rapport à la politique : observateur, critique, ou engagé ?

    Je ne suis pas un observateur ! Tous mes écrits expriment qui je suis et ce que je deviendrai. Je critique toutes les politiques néfastes qui détruisent les classes sociales. À travers mes écrits, j’invite la société africaine à une prise de conscience positive et, en particulier, les dirigeants africains à prendre conscience de leurs devoirs et obligations. Je suis donc un acteur engagé qui critique pour contribuer à l’émancipation de la société.


    On revient donc au fait que la philosophie doive nécessairement s’engager dans le débat politique.

    Je le répète sans cesse : philosophie et politique sont indissociables. Car la philosophie est une quête de vérité guidée par une interrogation sur la société, l’homme et son rapport à la nature. La politique, quant à elle, étudie les actions de l’État, le pouvoir, son équilibre, ses relations internes et ses rapports avec autrui. Je dirais donc que la philosophie doit nécessairement s’engager dans le débat politique et ne peut jamais s’en distancier. Le débat politique a nécessairement besoin de la philosophie pour une analyse politique logique et cohérente. Car la philosophie offre des méthodes de réflexion qui favorisent une analyse du politique.

    Dans vos analyses et vos livres, vous abordez des thèmes comme la démocratie, la justice ou la liberté. Quel est, selon vous, le plus grand défi politique de notre époque ?

    Le plus grand défi politique de notre époque est le respect de la démocratie. Car le développement exige une paix durable. Et lorsque la démocratie est respectée, la paix est garantie.


    Votre réflexion philosophique semble ancrée dans des enjeux contemporains. Comment conciliez-vous la profondeur théorique et l’accessibilité pour un public non spécialisé ?

    Mes réflexions philosophiques sont ancrées dans des problématiques contemporaines. Avant de m’exprimer dans mes écrits, je m’efforce de comprendre mon public, mes lecteurs. Parfois, je parviens à écrire dans un langage approprié et accessible à tous. Cette méthode me permet de concilier profondeur théorique et accessibilité pour un public profane. C’est pourquoi j’inclus souvent une explication en introduction afin de faciliter la compréhension de mes écrits.


    La notion de « vérité » est souvent contestée aujourd’hui. Comment analysez-vous la crise des discours dans nos sociétés modernes ?

    La vérité est ce que nous recherchons tous au quotidien. C’est pourquoi rien ne nous empêchera de la rechercher tout au long de notre vie. Mais il est regrettable que nos sociétés actuelles soient fragilisées par des crises du discours. Cette crise du discours est causée par un profond manque de recherche de la vérité. En réalité, lorsque nous recherchons la vérité, c’est ainsi que nous sommes appelés à nous exprimer, à formuler des propositions susceptibles de contribuer à la construction de la société, etc.

    La philosophie peut-elle encore jouer un rôle face à la montée des populismes et des idéologies extrêmes ?

    Je vous le dis, et même si vous invitez un autre écrivain, il vous le dira : la philosophie a un rôle éternel dans la société. Face à la montée fulgurante du populisme et des idéologies extrêmes, je suis convaincu que la philosophie servira d’arme pour bloquer l’essor de cette doctrine instrumentalisant le peuple. N’oublions pas que le populisme et les idéologies extrêmes n’ont d’autre but que d’instrumentaliser le peuple en critiquant le pouvoir en place. Pour les contrer, nous avons besoin d’une raison cohérente pour démontrer au peuple ce que recherchent le populisme et les idéologies extrêmes et quelles sont leurs ambitions.


    On peut donc conclure que la construction de vos livres part d’une idée politique, d’une question philosophique et d’une intuition littéraire ?

    Mes livres s’inspirent toujours des réalités de mes sociétés. Chaque jour, je suis invité à réfléchir aux maux qui affligent notre société. Tous mes livres puisent leurs sources dans des faits réels, parfois même négatifs. Il m’est souvent difficile de mêler imaginaire et réalité dans mes livres. Je dirais donc que mes livres sont construits sur la réalité pure.


    Vos ouvrages et prises de position suscitent parfois des débats polémiques. Comment vivez-vous les critiques et les controverses ?

    Je suis un homme direct, honnête, responsable et cohérent. Je ne recule jamais devant la critique et la controverse. Quelles que soient les critiques ou les controverses, je garde la tête haute et réponds à tous mes détracteurs. J’adore quand on me critique, quand on critique mes écrits ! Cela me donne encore plus de force pour écrire. J’aime le débat lorsqu’il vient de mes lecteurs. C’est pourquoi je reste calme face aux critiques et aux controverses. Je dis souvent : je pense, donc je suis ! Mais je dis ce que je suis et ce que je pense !

    Avez-vous quand même le sentiment que vos idées sont mieux comprises aujourd’hui qu’à vos débuts à l’écriture ?

    C’est une question de perfection littéraire ! Quand j’ai commencé à écrire, mes idées étaient mal comprises ! Certains lecteurs ne me prenaient pas au sérieux, d’autres pensaient que je plaisantais. Mais aujourd’hui, on croit en mon écriture et on me suit partout dans le monde.


    Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? Un nouveau livre ou autre initiative littéraire en préparation ?

    Un bon écrivain ne reste jamais sans projet. Sa plume doit toujours être fluide. Je répondrais donc que je travaille actuellement sur trois nouveaux manuscrits : deux essais politiques et un roman. J’ai également d’autres projets littéraires que vous découvrirez au fur et à mesure.


    Y a-t-il une question philosophique ou politique que vous aimeriez explorer mais que vous n’avez pas encore abordée ?

    Je suis un chercheur et un penseur insatisfait ! Pour ce faire, je creuse comme une foreuse. Jour après jour, la scène politique africaine nous offre de nouveaux sujets de réflexion. Je me rapproche donc progressivement de ce que la société africaine m’offre sur la scène politique. Mais la question philosophique que je dois aborder dans mon prochain essai est la suivante : comment entrer en contact avec l’âme de nos parents et comment les ressusciter ? J’emmènerai mes lecteurs dans un voyage au cœur de la spiritualité africaine.


    Quel conseil donneriez-vous à un jeune penseur qui souhaite mêler philosophie, politique et écriture ? Ou tout simplement un jeune qui veut écrire, peu importe le sujet.

    L’amour de l’écriture est l’essence même de la plume. Quiconque souhaite approfondir ses connaissances littéraires doit aimer l’écriture, la lecture et la critique. Un jeune qui souhaite se consacrer à la philosophie, à la politique ou à l’écriture doit connaître et comprendre la philosophie et la politique, et écrire quotidiennement.

    Merci pour vos réponses.


    Propos recueillis par Pauline ONGONO

  • 12 août 2025 : Journée Internationale de la Jeunesse : Dix Africains à l’honneur

    Approuvée le 17 décembre 1999 par la Conférence Mondiale des Ministres de la Jeunesse, la Journée Internationale de la jeunesse vise la promotion ou mieux le développement entre autres, de la conscience des jeunes en ce qui concerne le Programme d’Action Mondial pour la Jeunesse à l’horizon 2000 et au-delà.

    ACOLITT a choisi de parler de dix (10) Africains qui posent leurs pierres aux édifices Littérature et Éducation.

    • Lorena Nolwen Lekeufack Kamaha : Miss Litterature Afrique 2025 – 2026, Miss Littérature Cameroun 2025. Elle est auteure, étudiante, d’une culture littéraire remarquable, qui s’investit dans la promotion de la lecture.
    • Paterson Duplex Sikoue : il met sur pied le premier prix destiné à la filière BD au Cameroun. Il est une personne ressource auprès du MBOA BD FESTIVAL et de Waanda Stoudio, deux entités qui font vivre la bande dessinée.
    • Yémélé Rosine : auteure et psychologue du développement, elle a décidé, en 2022, de faire plus qu’un dépôt de dons dans des orphelinats : elle a mis sur pied le CHALLENGE INTER-ORPHELINATS. Pour sa 4e édition cette année, il s’est tenu à Nanga-Eboko, à Edéa et le 23 août 2025, il se tiendra à Yaoundé. Vous souhaitez donner un sou pour soutenir l’initiative ? Contact : +237 6 90 32 77 15
    • Sara Timb : auteure, poète et lauréate de plusieurs prix à travers le monde, elle ne ménage aucun effort pour vanter et vendre son potentiel. Elle est la promotrice du programme « J’écris au cameroun ». Un programme qui met en scène des élèves de plusieurs établissements scolaires à travers des ateliers, des concours…
    • Bienvenu Juvenal Rouheda : il est auteur, coach d’écriture et d’art oratoire. Il est le président de l’Association des Jeunes Ecrivains Centrafricains (AJEC)
    • Dieng Ousmane : il est auteur, slameur et poète. Sa particularité est son amour pour le bambara dans ses textes. Un amour qui l’a encouragé à mettre sur pied le Festival international Bɛka Slam Poésie – FIBS – MALI qui met en exergue les talents des filières slam et poésie avec un accent sur les langues africaines.
    • Khamila Ndayou : elle est auteure, poète, étudiante, avec plusieurs prix dans sa besace. Sa particularité est son amour pour l’éducation littéraire. Car construire, c’est aussi apprendre à le faire.
    • Bernard Bekoa, de son nom d’artiste « Bern’Artdo », est un slameur dont les ailes sont toujours prêtes à battre jusqu’aux sommets inimaginables. Depuis 2022, il égaye nos sens de ses textes, à travers le monde. Il est le promoteur d’un concours de slam et coach dans la même filière.
    • Aristide Meyo Ayolo : il est auteur, promoteur littéraire, directeur des Éditions AFRIBOOK et DP de Ô-Livre, l’un des rares magazines axés littérature en Afrique centrale.
    • Kathy Noëlle Sambah se surnomme « Une folle des langues ». A l’ère de la déculturation, elle propose un retour aux sources avec les enfants à travers son programme de vacances Camp Retour Ô Sources.

    📌 Ces dix sont un échantillon des jeunes qui osent sur le continent africain. Ils proposent des actions magnifiques et OSENT braver les difficultés que nous ne citerons plus.

    BRAVO À TOUS ! BRAVO À TOUS CEUX QUI NE SONT PAS CITÉS ICI !



    📌 Contact ACOLITT : acolitterature@gmail.com

  • D-LIVRE – Entretien avec Célestine BELLA AWONO, auteure camerounaise

    Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.

    Bonjour, Célestine BELLA AWONO ! Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à devenir écrivaine ?

    Merci à vous pour l’honneur que vous me faites.
    Du cycle primaire que j’ai essentiellement fait dans le département de l’océan jusqu’au supérieur (principalement à l’université de Yaoundé 1) en passant par le cycle secondaire fait au lycée d’Ekekom et de Nkol-eton, j’ai toujours eu la grâce d’être comptée parmi ceux là qui se démarquent positivement malgré les eaux troubles de la vie. Parce qu’il faut dire que c’était loin d’être un long fleuve tranquille. Néanmoins, je suis parvenue, selon les moyens mis à ma disposition, grâce à ce background, à devenir professeure adjoint des Écoles Normales et experte en management et montage des projets. Durant tout ce parcours (scolaire, académique et professionnel), j’ai observé, entendu et vécu des choses comme toute personne d’ailleurs, qui m’ont poussée au questionnement. Fille d’enseignant que je suis, j’ai été très tôt en contact avec des livres de tout genre. Tout ceci, mêlé à ma passion de vouloir créer par l’art, est certainement ce qui m’a poussée vers l’écriture.

    Quelles sont vos principales influences littéraires, africaines ou internationales ?

    Les littéraires qui m’ont influencée sont nombreux. Mais les littéraires africains qui ont influencé d’une manière ou d’une autre mes écrits sont principalement EZA BOTO, le professeur NJOH MOUELLE, André BRINK, Patrick SEGAL, Michel QUOIST…

    Votre écriture s’inscrit-elle dans une tradition littéraire africaine particulière ? Si oui, laquelle ?

    Les traditions littéraires africaines telles que les contes, les proverbes… sont pleines de sagesse et de leçons. Mon écriture, je pourrais dire qu’elle puise un peu dans toutes ces traditions, pour en faire un cocktail littéraire dosé, émouvant, parfois sucré-salé.

    Comment décririez-vous le rôle de la culture africaine dans votre écriture ?

    Disons d’ors et déjà que la culture africaine est très riche, diverse et variée ; donc ne peut qu’être un creuset pour celui qui voudrait s’en inspirer pour des réalisations multiformes. Par conséquent, dans mes écrits, il est évident qu’elle joue un rôle de source, dans la mesure où je m’y appuie pour des analyses, et des lectures de l’individu et de ses actions dans ses interactions avec son semblable dans son milieu de vie, qui a ses réalités propres. Dans ma plume, la culture africaine joue également un rôle de mémoire. Toujours se rappeler de là où on vient, pour mieux avancer.

    Pouvez-vous nous expliquer le choix du thème central de Écoute !, votre dernier recueil de poèmes ?

    L’homme est l’être essentiel de la vie. C’est d’ailleurs à lui que revient la gestion de ce monde dont sa vie en dépend. Je pense donc qu’il est important et même urgent d’investir véritablement en lui pour redonner à la famille, la société, aux relations, aux services, à la science… leur humanité qui se meurt sous nos yeux ouverts mais endormis par le venin de l’ego et de l’intérêt exacerbés. Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.

    Votre idée d’écriture de ce recueil est-elle inspirée de personnes réelles ou de traditions orales africaines ?

    Oui, dans une certaine mesure, les personnes réelles ont fait naître cette idée d’écriture et parfois des personnes héritières des traditions orales africaines. Ma pensée s’en va vers mes parents et grands-parents à qui je souhaite un doux repos.

    Comment abordez-vous la question de la langue dans vos œuvres ? Écrivez-vous en français, dans une langue africaine, ou mélangez-vous les deux ?

    Nos langues nationales sont de très belles langues. Il suffit d’entendre les chansons composées en ewondo, en bassa’a, en duala… Et les laisser mourir à petit feu est une cruauté envers les peuples camerounais et africains. Car la langue porte et transporte la substance de la culture d’un peuple. Fort heureusement, l’État, qui a très vite compris ce grand mal, a introduit de façon pédagogique l’enseignement de nos langues nationales dans le système éducatif à travers les nouveaux curricula. Et pour moi, c’est important que chacun parle et même écrive sa langue. J’introduis dans mes textes, comme dans mon dernier recueil de poèmes, quelques mots en langue nationale. Ainsi, ce léger mélange laisse transparaître l’amour que j’ai pour nos langues. Toutefois, dans d’autres cadres, j’écris uniquement en langue nationale ou en français, sans aucun mélange.

    Quels défis rencontrez-vous en tant qu’auteure africain dans le paysage littéraire actuel ?

    Parmi tant d’autres, je parlerai particulièrement du défi de la communication et de la visibilité. Il n’y a pas beaucoup de plateformes et d’espaces offerts aux auteurs surtout en herbe pour s’exprimer et se révéler. Quand ceux-ci existent, ils ne sont pas toujours gratuits, ce qui complique encore les choses chez ces auteurs qui ont déjà la peine à écouler leurs stocks de livres dans une société où les individus perdent l’amour du livre et de sa lecture.

    Pensez-vous que la littérature africaine est suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale ?

    Suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale, oui. Mais on peut faire mieux. Toutefois, je souhaiterais que cette représentativité et cette valorisation soient davantage fortes prioritairement en Afrique, pour un réveil et un éveil de la conscience collective, surtout en la jeunesse, dans l’optique de l’informer et de la former, pour une pensée et un agir à relever et à élever l’Afrique.

    Comment voyez-vous l’évolution de la littérature africaine contemporaine ?

    Je la vois fulgurante si celle-ci est davantage soutenue, valorisée, encadrée et accompagnée d’abord par l’État et les organismes privés.

    Votre écriture vise-t-elle une dimension politique ou sociale ? Si oui, comment ?

    Je pense que, lorsqu’on couche sur du papier sa pensée, sa vision, son analyse, c’est pour que celle-ci soit vue et lue par tous les acteurs des paysages politique et social. Ceux-ci, avec tous les outils d’évaluation mis à leur disposition, pourront leur être utiles dans un domaine ou un autre .

    Quel message souhaitez-vous donc transmettre à travers tous ces conseils dans « Écoute ! » ?

    Le message de revenir à l’homme. Nous devons investir d’abord en l’Homme dans toutes ses dimensions : âme, esprit et corps, afin que ses pensées, ses paroles et ses actions vis-à-vis de son semblable et de son environnement soient positives.

    Quel est votre processus d’écriture ? Avez-vous des rituels ou des habitudes particulières ?

    (Rire) Pas vraiment ! J’écris comme ça me vient. Je peux écrire de jour ou de nuit. Parfois même dans un bus… Quand j’ai du fil dans mes idées et la possibilité, j’écris. Mais bien évidemment, je vais toujours revoir le texte pour y mettre de l’ordre ou même tout changer. Mais avant toute soumission formelle d’un texte à un concours ou à une maison d’édition, je me fais toujours lire par un tiers.

    Un conseil pour les jeunes auteurs africains qui souhaitent se lancer dans l’écriture ?

    Briser les barrières de la peur et se lancer. Avec le temps, se faire accompagner. Se préparer à rencontrer les montagnes et les collines. Mais qu’ils sachent et surtout gardent en esprit qu’il y a des plaines verdoyantes qui les attendent.

    Sur quel projet littéraire travaillez-vous actuellement ?

    J’ai commencé un roman il y a des mois. Mais j’ai dû mettre une pause pour des raisons de santé. Je souhaite le reprendre très bientôt et l’achever.




  • Être sain(e) dans le roman  »Libre, toute l’histoire » de Bibiche KOUND

    Chaque mois, 15 Pages Par Jour, le club de lecture de ACOLITT, tient une rencontre autour d’un livre afin d’en découvrir les contours, évaluer l’impact direct sur le lecteur et aussi envisager des perspectives pour une meilleure promotion de la Littérature.
    Le samedi 09 août 2025 a couvert un nouvel échange, un autre partage d’expériences de lecture. Cette fois, la discussion s’est tenue sur la santé mentale, avec pour contexte d’exploration le roman Libre, toute l’histoire, de l’auteure camerounaise Bibiche KOUND, paru chez ECLOSION à Yaoundé et acheté par les membres du club. La bibliothèque La Maison Des Savoirs a, comme bien souvent, abrité cette rencontre qui a ouvert la réflexion sur l’état réel de la psychologie individuelle et l’éducation dans les familles.

    ANALYSE DE L’ŒUVRE


    Les huit participants du jour (Ray, Pauline, Audrey, Célestine, Erine, Amina, Audrey B., Laura) ont dans un premier temps exposé leurs diverses émotions au bout de la lecture de ce roman qui met en scène Muna, une adolescente qui va grandir en faisant du silence son cocon, tant elle souffre de violences répétées de la part d’un père qu’elle aime pourtant plus que tout au monde, de viols, de manque d’affection… et plus tard, elle réussira même à rater un mariage qui avait l’air idyllique, inébranlable.


    Amina a avoué être allée d’un choc à un autre, car elle ne comprenait pas comment le fruit de l’amour pouvait être une violence qui frôle la haine de son propre enfant. « Muna est battue sans savoir pourquoi », dit-elle encore retournée par sa lecture. Pour Audrey, Erine, Audrey B. et Laura, le roman comporte plusieurs non-dits, des éléments qui auraient permis de se situer un peu mieux au niveau des motivations du chef de famille qui ne bat que les femmes de la maison : sa femme et ses filles. Pour ces lecteurs, un silence lourd continue de les entourer après la lecture, comme si l’auteure avait écrit un roman pour se taire plutôt que pour s’exprimer. Quant à Célestine, Pauline et Ray, parents depuis de longues années, ils ont livré des retours sur l’éducation et surtout l’échec du rôle de la mère de Muna, cette femme qui aurait pu se lever comme Betty Mahmoody, l’auteure de Jamais sans ma fille, 1987, et se battre pour sa fille.


    L’écriture accessible permet de ne pas se détacher du texte, ont reconnu les lecteurs du jour. Bibiche KOUND n’a pas cherché à écrire comme l’aurait fait l’auteur artiste conscient d’être artiste ; elle a juste laissé un mal-être intégrer son encre et remplir naturellement ses pages. Selon Pauline, la présidente d’ACOLITT, il aurait fallu un peu plus de courage à l’auteure pour aller cœur de son expression ; mais, comme l’ont soulevé Ray et Célestine, peut-être le fond de l’histoire est encore plus perturbant.

    A l’unanimité, les lecteurs ont conclu que le livres d’expériences personnelles peuvent aboutir à ce résultat si l’auteur ne se livre pas à fond, et surtout si l’histoire est toujours en cours dans la vie réelle. Cependant, le relève encore Pauline, il a d’abord fallu évacuer un trop-plein, cette boule qui empêchait l’auteure de respirer à pleins poumons, pour effectivement entamer le chantier de la Liberté.

    REPENSER L’ÉDUCATION DANS LES FAMILLES


    Ray, comme toujours modérateur de ces échanges littéraires, a soulevé la question de l’attention face à l’autorité. « Les parents ne regardent pas leurs enfants dans les yeux pour les comprendre. Ils n’observent pas l’attitude de leurs enfants, préférant s’en tenir à l’autorité qui est la leur pour asseoir leur influence », a-t-il introduit quand l’éducation est mentionnée. Ainsi, le père de Muna n’est pas conscient de l’amour infini que lui porte sa fille ; et il l’est encore moins de la douleur qu’il lui inflige, des dégâts qu’il cause dans sa vie.
    Chaque membre a alors le relais en évoquant des situations personnelles, présentes ou passées. Il ressort donc que Muna n’a pas été protégée par sa famille, d’abord parce que l’histoire de celle-ci demeure dans le brouillard. La question qui revient et ne trouve pas de réponse est : Qu’est-il arrivé à cet homme pour qu’il s’en prenne aussi violemment aux femmes de sa maison ? Les lecteurs auraient aimé en savoir plus sur cet homme et sa femme ; car la barbarie qu’il leur fait subir, n’étant égale qu’à la passivité de cette mère qui ne réagit pas sous les coups, ne trouve pas une explication claire. Ceci a donné lieu à plusieurs appréciations. Célestine pense qu’il a subi lui-même ce type de violence, « Et peut-être de sa mère », renchérit Pauline, raison pour laquelle il ne s’en prend qu’aux femmes. Audrey B., Audrey et Erine se demandent s’il n’a pas reçu comme éducation de soumettre la femme au prix le plus fort pour elle. Des pistes de réflexion s’ouvrent, faisant intervenir des expériences réelles dans la société. Et toutes aboutissent au silence de Libre, toute l’histoire sur le passé de cette famille.

    LA QUESTION DE LA SANTÉ MENTALE


    La santé mentale arrive donc naturellement sur la table. Et il ressort que Muna n’est pas la seule personne à plaindre. Il se conclut même qu’elle est moins à plaindre que son père qui doit être en proie à des démons surpuissants qui n’entendent pas le lâcher jusqu’à ce qu’il la brise.
    Les visages multiples qu’il présente prouvent combien il a cessé lui aussi d’être libre dans son esprit. A l’intérieur il est tyran, tandis que le reste de la société le voit comme un modèle. Son jeu entre visage de haine et visage d’amour ne fait qu’accroître son besoin de martyriser les femmes de sa maison. Il a besoin de cette énergie, malgré lui, pour gérer ses personnalités. La question de la santé mentale chez les hommes, sauf s’ils sont officiellement déclarés fous au regard des incohérences évidentes dans leurs attitudes, n’est presque jamais abordée. Ce serait même une offense. Voilà pourquoi, comme dans la société, c’est Muna qui doit se faire aider. C’est sa mère qui doit se faire aider. Ce sont ses sœurs qui doivent se faire aider. Pour ce qui concerne l’homme, « c’est sa nature, la femme doit juste supporter » ; cela ne traduit-il pas à suffisance un réel problème dans la société.


    « Nous sommes tous malades », a affirmé Célestine. Qui ne l’est pas dans ce roman de Bibiche KOUND ? En observant les diverses attitudes, incluant les violeurs, il est conclu que la santé mentale de chacun est affectée. Et pour essayer de répondre à la question du rétablissement de chacun dans sa liberté humaine, les lecteurs du club de lecture 15 Pages Par Jour ont pointé du doigt l’éducation dans les familles. Enseignante de profession, Célestine, l’auteure du recueil de poèmes Ecoute !, a rappelé que les parents ont bien souvent démissionné de leurs fonctions, laissant l’éducation à l’école et aux enfants eux-mêmes.
    Des choses simples comme « Je t’aime » « Tu peux le faire » « Tu es beau/belle » « Tu es une perle » peuvent éviter bien des dégâts. Mais la notion de récompense a disparu, ou plutôt on offre des cadeaux comme des coups. Sans raison. L’enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive, comme Muna, est vulnérable dans une société où l’on croise plus de prédateurs que de samaritains. Et le pire arrive toujours. Et très souvent dans le cocon le plus protecteur : la famille.

    Au bout de la séance de travail, l’on comprend le silence destructeur dans lequel les victimes comme Muna s’enferment. La voix devient la première issue vers la reconstruction de soi. C’est ainsi que Bibiche KOUND se fait aujourd’hui conférencière avertie, nourrie par le besoin de liberté qui ne sera jamais pour elle un acquis, mais une démarche que l’on observe durant toute sa vie.
    Entre émotions vives et espoirs certains, les lecteurs se sont quittés plus de deux heures après le début de la rencontre, satisfaits d’avoir passé un autre moment de qualité. Le livre a reçu la note générale de 6,5/10, car s’il permet de se poser de fortes questions sur l’éducation dans les familles et la santé mentale, il lui manque encore plus de courage pour véritablement sortir du silence. Mais peut-être est-ce au lecteur, psychologue recherché, qu’il faut ce courage pour le sortir du silence.


    La prochaine séance se tiendra le 06 septembre 2025 à 12h. Le Tome 1 de Journal d’une jeunesse gaspillée, ouvrage autobiographique dont dix (10) exemplaires ont été offerts au 15 Pages par Jour Bookclub par l’auteur Himins, sera à l’honneur.


    Ce club de lecture vous intéresse ? Vous souhaitez offrir une dizaine de livres ? Notre contact : acolitterature@gmail.com

  • D-LIVRE : Entretien avec Serges NGOUNGA, écrivain camerounais, président de l’Amicale des Auteurs Camerounais de la Diaspora (AMACAD)

    Quand nous sommes enracinés dans nos valeurs, fiers de notre histoire, solides dans nos convictions, alors nous pouvons nous ouvrir aux autres avec sérénité, confiance et puissance.

    Merci d’avoir accepté de répondre à ce questionnaire. Vous êtes l’auteur de plusieurs livres dont trois s’inscrivent dans une perspective traditionaliste, défendant des valeurs, une vision de l’homme ou une esthétique enracinée dans la tradition. Nous souhaitons mieux comprendre votre démarche intellectuelle et créative dans l’écriture de « Le NGOUN expliqué à mon fils… et présenté au monde », « Du temporel à l’intemporel », « Les racines du bien, ou la parenthèse enchantée »…

    Comment définiriez-vous le « traditionalisme » dans vos œuvres ? Est-ce une fidélité à des principes intemporels, un rejet de la modernité, ou autre chose ?

    Je commencerai par dire que le traditionalisme en général désigne une somme de valeurs et coutumes du passé, des temps anciens, qui a été transmise par une tradition écrite ou orale, et qu’on peut considérer comme intemporelle, c’est-à dire immuable. Dans mes œuvres, le traditionalisme est une manière de me saisir du présent, comme trait d’union entre le passé et le futur. L’écrivain est un passeur de relais. Oui, je suis fidèle à certains principes intemporels qui gouvernent aussi bien l’humanité entière que les individus et les sociétés que nous constituons. Cela ne peut pas être un rejet de la modernité, car toute tradition s’enrichit des faits modernes, qui la pénètre, la bouscule et une partie de cette modernité épouse la tradition d’origine et la consolide. Je ne serai pas un auteur qui voudrait opposer la modernité à la tradition.

    Quels penseurs, écrivains ou artistes du passé vous inspirent le plus, et pourquoi ?

    Il y a plusieurs auteurs, penseurs et artistes qui m’inspirent, pas que ceux du passé. Disons pour parler des temps anciens, les philosophes grecs Marc Aurèle, Sénèque, Socrate m’inspirent autant que certains auteurs français tels que Voltaire, Jean-Paul Sartre, et bien d’autres… sans oublier certains auteurs africains tel que Senghor, Mongo Beti, Amadou Hampâté Bâ. Ces auteurs m’inspirent le plus car d’une certaine manière, leurs écrits décrivent aussi bien la complexité du monde qui les entouraient et ils donnent quelques clés pour trouver son proche chemin, avec conviction et liberté.

    Selon vous, quelles sont les principales erreurs ou illusions de la modernité ?

    Je pourrai citer deux erreurs majeures :

    La première, la modernité a souvent l’illusion de créer quelque chose de nouveau, et lorsqu’on creuse, on se rend compte souvent qu’au fond, on a refait uniquement la surface extérieure de quelque chose qui existait déjà.

    La seconde erreur, c’est de penser que ce qui relève de la modernité, doit s’imposer à tout le monde, de la même manière. Or, l’humain ne peut pas être contraint à tout type de modernité ; ce serait nier sa capacité à réfléchir, et sa liberté intrinsèque d’exercer un choix libre et conscient sur ce qui se présente à lui, moderne ou non.

    La tradition doit-elle être préservée telle quelle, ou réinterprétée pour rester vivante ?

    Comprenons-nous bien, la tradition, au sens d’un ensemble de pratiques transmises de siècle en siècle, de génération en génération ne peut intrinsèquement pas être préservée telle quelle. Pourquoi ? parce que chaque génération prend un peu du passé, y ajoute des éléments du présent sans oublier sa propre vision du futur. Ce qui veut dire que chaque époque, chaque période possède sa part de tradition. Oui, ce qui est essentiel et indispensable dans une tradition doit être préservée. Prenons l’exemple de la poésie. La tradition poétique a mis en place des codes d’écriture, des vers, des alexandrins, etc. Aujourd’hui, cette tradition poétique a ses inconditionnels, mais à nos jours, ce qui est resté de cette tradition, c’est le sens des rimes, du rythme des vers, la tonalité des strophes, et non plus l’obligation de faire des alexandrins de dix ou douze pieds. En clair, une tradition, pour rester vivante dans une époque donnée, doit s’habiller des vêtements de cette époque pour rester encore plus puissante. Pourrai-je parler de trahi-modernité ?

    Comment votre engagement traditionaliste influence-t-il votre style d’écriture ou votre approche artistique ?

    Je dirai plutôt ma vision traditionaliste et non pas engagement. Car une vision s’affine, s’aiguise avec le temps ; un engagement, c’est plutôt quelque chose de continu dans l’action. Donc, je dirai que ma vision traditionnelle étant le reflet de mon parcours, de mes rencontres, de mon essence même, elle fait partie intégrante de ma source d’inspiration. Je me nourris à la source des traditions du monde pour interroger le présent. J’interroge l’avenir à l’aune des faits passés pour mieux comprendre le présent. Mon écriture est une quête d’harmonie et de sens.

    Existe-t-il, selon vous, une « décadence » dans la littérature contemporaine ? Si oui, comment la caractériseriez-vous ?


    Je suis mal placé pour juger la décadence ou non dans la littérature contemporaine. Vous savez, chaque époque a ses travers. Chaque secteur d’activité a ses aspects décadents. Regardez la mode, il y a de tout. Certains parents peuvent trouver indécent l’habillement de certaines jeunes filles, dans un pays et ce sera l’inverse dans un autre milieu. Il y a eu par exemple au XIXè siècle dans la littérature romantique française, des auteurs tels que Victor Hugo qui avait des romans conventionnels, différents du style d’autres auteurs comme Georges Sand, qui mêlait au texte romantique des émotions contrastées de sensualité et de sexualité qui pouvaient choquer à cette époque-là.

    Quel rôle jouent la religion, la philosophie ou les mythes dans vos œuvres ?

    La religion joue très peu de rôle dans mes œuvres. Je parlerai plutôt de spiritualité, ce qui élève l’Homme au dessus de la matière. La philosophie comme amour de la sagesse est aussi une forme de spiritualité qui, dans certains de mes textes, interpelle l’humain aussi bien dans ses contradictions que dans sa recherche d’harmonie et d’équilibre avec lui-même, avec la société qui l’entoure et avec la nature qui l’environne.

    L’art doit-il être beau, ou peut-il se permettre la laideur et la subversion ?

    Pour moi, l’art doit être beau, et être au service du bon et du bien. L’art peut se permettre une certaine subversion, et cela lui confère une certaine subtilité. Pour ce qui est de la laideur, tout dépend de la sensibilité de chaque artiste-créateur. De base, toute œuvre de création se conçoit dans la beauté de l’esprit.

    Le traditionalisme implique-t-il, selon vous, une certaine vision de l’ordre social ? Laquelle ?

    Si vous prenez par exemple le traditionalisme qu’ont certains peuples à respecter les anciens, pensez-vous que cela puisse se faire sans respect de l’ordre social ? Dans la médecine ou dans le droit, pensez-vous que sans ordre social, le respect du port des tenues, la méthodologie de soutenance auront-ils un sens ?

    Comment analysez-vous les mouvements contestataires actuels (écologisme, progressisme, etc.) à la lumière de votre pensée ?

    Ce sont des formes d’expression de la liberté des Hommes. Il faut laisser les gens s’exprimer si tant est qu’ils ne cherchent pas à imposer à tous la même pensée. Je fais confiance à l’intelligence collective et au temps pour apporter plus de sérénité dans ce qui peut apparaître comme un mouvement de contestation. Ces éléments extérieurs ne viennent aucunement perturber ma vision intérieure.

    La démocratie moderne est-elle compatible avec les valeurs que vous défendez ?

    Si l’on attend par démocratie moderne, l’élection des dirigeants au suffrage universel, je dirai que ce choix ne doit pas être imposé à tous les pays de la planète de la même manière. Chaque peuple peut et doit trouver le mécanisme par lequel il veut être administré. Vu du monde occidental, les monarchies du Moyen-Orient semblent ne pas être gênants pour les populations locales. Les peuples d’Afrique, d’aujourd’hui, ne peuvent-ils pas accepter cette forme de gestion monarchique ? A méditer.

    Quelle place accordez-vous aux nations, aux peuples et à leurs héritages spécifiques ?

    Justement, un peuple s’approprie son destin, lutte pour l’affirmation de sa liberté et pose les bases de son organisation. Les nations les plus solides sont celles où les peuples ont pu forger un destin commun sur la base d’héritages où chacun se reconnaît dans le narratif collectif. L’ère Meïji a formé et forgé le destin de la nation japonaise. La conquête de l’Amérique par des Européens, avec des esclaves amenés d’Afrique, a donné autre chose de différent que ce qui préexistait avant 1492.

    Vos idées suscitent-elles des incompréhensions ou des oppositions ?

    Pour l’instant, je n’y prête pas attention. Le vin est tiré, il faut le boire. Lorsqu’une œuvre est publiée, elle est livrée aussi bien aux critiques qu’aux compliments. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Je prends tout, je tamise si besoin et je m’assure d’être en harmonie avec moi-même.

    Pensez-vous que la culture dominante marginalise volontairement les voix traditionalistes ?

    La culture dominante, au contraire, donne du relief aux voix traditionalistes. Je le répète, aucune culture dominante, ne se fait sans la base d’éléments traditionalistes. On croit souvent que la modernité est une croissance ex nihilo. Creusez-bien et vous verrez l’essence, la quintessence des choses et des êtres. La modernité ne doit pas oublier ses fondements basés sur des faits traditionalistes…

    Quel public souhaitez-vous toucher : une tranche particulière ou la société dans son ensemble ?

    La jeunesse de 9 à 99 ans. J’écris pour mettre en lumière une partie de la vision de notre société. Par conséquent, les êtres éveillés, ceux qui sont à l’écoute du monde, peuvent me lire, y compris les jeunes dès l’âge de 9 ans.

    Vous vivez en Occident. Voyez-vous des signes d’un possible renouveau traditionaliste africain en Occident ?

    Oui, énormément. Disons que les enfants des 2ème et 3ème générations d’Africains qui sont venus en Europe pour les études ou pour le travail, ont compris qu’il leur manquait une base, des racines pour mieux assumer leurs identités plurielles. Avec ou sans l’aide de leurs parents, ils sont allés à la source et cela a créé en eux quelques bouleversements mais aussi de l’enchantement. Ainsi, ils sont mieux armés pour le rendez-vous du donner et du recevoir, cher au poète Senghor.

    Avez-vous des projets en cours (livres, conférences, collaborations) que vous souhaiteriez partager ?

    Oui, plusieurs projets se préparent pour les mois qui suivent, surtout pour le 1er semestre 2026. J’en dirai plus lorsque j’aurai choisi l’ordre de parution de ces travaux en cours de finalisation. A suivre.

    Un dernier message ou une citation qui résume votre position ?

    Soyez comme ces arbres anciens, ces majestueux baobabs d’Afrique, ces séquoias géants d’Europe, ces cèdres d’Asie, qui plongent leurs racines profondément dans le sol au fil du temps. Avec un tronc solide, à fière allure, ces arbres ont des branches qui s’étendent aux quatre coins de l’espace. Autrement dit, quand nous sommes enracinés dans nos valeurs, fiers de notre histoire, solides dans nos convictions, alors nous pouvons nous ouvrir aux autres avec sérénité, confiance et puissance. La bienveillance devient une force. L’ouverture, un choix. L’enchantement de la vie, un luxe permanent.



  • BIOLITT : Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA, Miss littérature Afrique 2025

    Née le 02 novembre 2006 à Douala au Cameroun, Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA est une jeune écrivaine en herbe. Passionnée de narration depuis sa tendre enfance, Lorena Nolwen termine à quinze ans son tout premier roman « Les Tréfonds de L’âme », qui cumule à ce jour près de trois mille vues sur Wattpad, la plateforme d’écriture mondiale.

    Elle assure pendant plus de six mois la fonction de jury du concours Lofn, une compétition littéraire non officielle organisée sur le réseau social.

    À seize ans, elle publie toujours sur Wattpad un recueil de nouvelles basé sur les tragédies marquantes de l’histoire de son pays. La première nouvelle de ce recueil l’amène en demi-finale de la 39e édition du Prix du Jeune Écrivain de Langue Française.

    Fin 2023, elle remporte le Prix de la Meilleure Dissertation Philosophique du Lycée Bilingue de Ngodi-Bakoko, établissement secondaire dans lequel elle est scolarisée. L’année suivante, elle est lauréate de la 40e édition du Prix du Jeune Écrivain de Langue Française avec une nouvelle inédite : « Prémonition ».  Lorena Nolwen, parrainée par l’écrivain canadien Éric CHACOUR et conviée à la Semaine du Jeune Écrivain à Muret en France, à la fin du mois de mars 2025. Sa nouvelle paraîtra avec les onze autres textes gagnants, dans un recueil, aux Éditions Robert Laffont, en avril 2025.

    Depuis la fin d’année 2024, elle est l’ambassadrice bénévole de l’association « Un Livre, Un Trésor », qui promeut le lire et l’écrire chez les jeunes du Cameroun.

    Nolwen KAMAHA est également Miss Littérature Cameroun 2024-2026. Le 26 juillet 2025 au Bénin, elle est élue Miss Littérature Afrique.

    Actuellement, elle étudie le journalisme à l’Institut Universitaire du Golfe de Guinée.


  • D-LIVRE : ENTRETIEN AVEC Anne Rachel ABOYOYO A., écrivaine camerounaise

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Quand et comment avez-vous découvert votre vocation pour la poésie ?

    Ma vocation pour la poésie découle de ma volonté de me coudre à moi-même, j’avais alors quinze ans et j’étais sujette à une sensibilité un tout petit peu regardée de travers par mon entourage. J’écrivais des textes narratifs et épistolaires surtout, au début. Et la lecture des poèmes a été déterminante; j’avais le sentiment en les lisant et en les écrivant, qu’ils exprimaient mieux ce que j’avais à dire et surtout, ce que je pensais.


    Y a-t-il un poète, une poétesse ou un livre qui a marqué vos débuts ?

    J’ai eu une attirance particulière pour les poèmes de Joseph Rabéarivelo et Jacques Rabémanandjara. Puis, j’ai lu avidement L’anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de L.S.Senghor ; pour ne plus jamais lâcher la poésie jusqu’à présent.


    Comment définiriez-vous votre propre voix poétique ? A-t-elle évolué au fil du temps ?

    La voix poétique se réfère à la personnalité poétique. Il est difficile d’être à la fenêtre et de se regarder passer dans la rue. Je sais seulement qu’il y a de grandes structures antithétiques dans mes textes.

    Comment naît un poème chez vous ? ( une image, une émotion, une idée ?)

    Les poèmes naissent de tout chez moi : un regard, un sourire, une attitude, un coup de vent ou de blues, une colère, une image… tout.

    Travaillez-vous par inspiration spontanée ou par réécriture minutieuse ?

    Les deux. Je suis saisie de la même manière par la montée de la fulgurance (inspiration toujours nourrie par l’observation), que par le travail de tissage des mots.

    Avez-vous des rituels d’écriture (un lieu, un moment de la journée, des outils préférés) ?

    J’écris comme je vis. Ma vie est à la fois respect et mise à distance vis-à-vis des rituels.

    Vos poèmes explorent souvent l’abstrait, l’union, la communion. Pourquoi ces sujets vous touchent-ils ?

    Je pose sur la société extrêmement marchande, mercantile et superficielle actuelle, un regard d’une certaine condescendance, mêlée de compassion. Et les sujets qui me passionnent visent justement le réinvestissement de cette société par les valeurs immatérielles et la profondeur. Un peu messianique , la noble prétention (sourire).


    Quelle structure poétique préférez-vous ?

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Tenez-vous à la musicalité des mots, au rythme où à la ponctuation (ou son absence) ?

    Je tiens plus au charme du mot qu’à sa musique, et je ne me limite ni à l’un ni à l’autre. Ma préférence la plus marquée est celle de la ponctuation. Je tiens à être lisible pour tous.

    Comment voyez-vous l’évolution de la poésie francophone/internationale actuelle ?

    Pour parler d’évolution, il faut définir l’étape de l’aboutissement final, clairement. Or cela me semble une mauvaise prétention pour moi. Ce que je sais c’est que les vastes mouvements des peuples (diversité culturelle) et l’engagement sociopolitique qui en découle en termes de paix ou de guerre, sont un gisement où puise le poème francophone pour s’énoncer (il n’y qu’à lire, par exemple, Nous l’éternité de Christophe Pinau-Thierry, ou L’or n’a jamais été un métal de Josué Guébo, pour s’en convaincre). Les brassages sont à l’origine du bondissement du nombre d’anthologies. Les grands rassemblements sportifs aussi… À l’assaut du ciel, par exemple, est un recueil collectif de textes rassemblés par Julie Gaucher et Valentin Deudon, sur les jeux olympiques et paralympiques.Tout cela s’ecrit dans une diversité formelle notoire, où les structures anciennes jouxtent de nouveaux arrangements (slam-poésie, poésie de rue, textes miniaturisés pour les réseaux sociaux, etc.). Et je sais que c’est bien au-delà de ce que je perçois.


    Y a-t-il des poétesses contemporaines que vous admirez ou qui vous influencent ?

    Il y a des poètes contemporains que je respecte. Je peux citer Fernando d’Alméida, Ananda Dévi, Yvette Balana. Je ne m’enferme pas dans les questions de genre.

    Quels regards portez-vous sur les interprétations que les lecteur.ices font de vos poèmes ?

    Le texte littéraire (mes poèmes en sont un) est ouvert à toute interprétation. J’écoute les interprétations avec délectation, mais sans commentaire.

    La performance orale (lectures, slam) fait-elle partie de vos pratiques ?

    Je suis en train de travailler avec quelques grands performeurs sur la mise en texte orale de mes poèmes. On verra ce que cela produira.

    Un retour de lecteur.ice ne vous a-t-il particulièrement pas marqué depuis « Les graines du silence » ou votre récente parution « La revanche de l’amante » ?

    J’évite les commentaires sur les interprétations de mes textes… jusqu’ici (sourire).


    Parlez-nous de « La revanche de l’amante». Quel est son pourquoi, son pour quoi, son comment, et vos attentes.


    La revanche de l’amante est un texte né d’un haro sur le simulacre dans la conception de l’amour, l’embastillement de la liberté et l’émasculation des humains de sexe masculin. L’objectif est de participer à la déculpabilisation pour favoriser des relations amoureuses et maritales épanouissantes. Le mode opératoire est le démantèlement du mensonge qui les organise et l’attente est la lecture du texte par le plus grand nombre.

    Selon votre expérience, quel conseil donneriez-vous à une personne qui débute en poésie ?

    À un débutant en poésie, je conseille de lire au moins 300 recueils de poèmes, de s’exercer à l’observation minutieuse de tout et d’écrire sur un seul sujet à la fois.

    Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots?

    « La revanche de l’amante » vient de paraître. Le livre doit faire son chemin d’abord.

    Quel rôle jouent les plateformes numériques dans la diffusion de vos textes ?

    Le digital est un mode de communication. Avec ses modalités et ses pratiques. Je le traite avec les mêmes égards que les médias classiques.

    Vous avez contribué dans plusieurs recueils. Parlez-nous de ces différentes collaborations. Comment nourrissent-elles votre écriture ?

    J’ai déjà publié dans trois anthologies dont deux étaient thématiques. Ce que je garde de ces expériences, c’est la chaleur de la proximité des pairs et le travail de conciliation des différences. C’est enrichissant.

    Comment conciliez-vous poésie et militantisme ?

    Poésie et militantisme ! Ce sont les critiques qui recensent les éléments critiques des parcours. Je les écouterai à ce sujet (sourire).

  • Professor Bill Ndi, from Cameroon, is the new president of the Pan-African Writers Association

    PAWA Elects New Leadership in 2025 Congress – A United Literary Vision for Africa and the Diaspora


    Saturday July 19th, 2025…


    In a demonstration of democratic commitment and pan-African literary unity, the Pan African Writers Association (PAWA) has concluded its 2025 General Assembly elections, guided by a newly constituted Election Committee. Formed on July 12, 2025, the committee originally chaired by Professor Cherno Omar Barry of The Gambia, saw a seamless transition of leadership to Mr. Goima Peter Mwamwingila of Tanzania. Alongside members Ms. Lucille Mudenda (Zambia), Ms. Salma El Nour (Sudan), and Mr. Ernest Oppong (Ghana) as Technical Adviser, the committee embarked on the crucial task of steering the elections in a spirit of clarity, fairness, and inclusiveness.

    Following an official call for nominations on July 13, PAWA sought candidates for its presidency, secretary generalship, and six vice presidencies representing key regions of Africa and the diaspora. It was also decided by the General Assembly that the position of Deputy Secretary General would be suspended until the financial stability of the organization could sustain it. The nomination process closed with a clear outcome: all posts except the presidency were uncontested, resulting in automatic elections of several notable figures — among them Mr. Ashraf Aboul Yazid (Egypt) as Vice President for Northern Africa, Prof. Egara Kabaji (Kenya) for Eastern Africa, Prof. Cherno Omar Barry (The Gambia) for Western Africa, Mr. Carlos Paradona (Mozambique) for Southern Africa, Mr. Eric Joel Bekale (Gabon) for Central Africa, Ms. Reyna Lineres Jones (Diaspora), and Dr. Wale Okediran as Secretary General.

    The presidency, however, unfolded as a spirited yet respectful contest between Prof. Bill Ndi (Cameroon/Diaspora) and Madam Imela Oyono Ayingono (Equatorial Guinea). After the virtual ballot closed on July 18 at 4 PM GMT, 42 votes were cast by PAWA delegates. Of these, 5 were disqualified due to irregularities, resulting in 37 valid votes. Prof. Bill Ndi secured a commanding victory with 23 votes (62.16%), surpassing the constitutional threshold of 50% +1, and was duly declared President for the next three-year term.


    This new leadership, now officially at the helm, marks a diverse and dynamic literary council poised to navigate PAWA through the evolving cultural, linguistic, and socio-political landscapes of African literature. In his closing statement, Mr. Mwamwingila extended heartfelt thanks to his fellow committee members and the General Assembly for entrusting them with this honorable responsibility. As PAWA enters a new chapter of its journey, the literary world watches with anticipation, inspired by the organization’s unwavering dedication to dialogue, creativity, and continental cohesion.


  • D-LIVRE – ENTRETIEN AVEC DIANE-ANNIE TJOMB, AUTEURE CAMEROUNAISE

    Lorsque j’ai pris mon stylo pour la première fois, je souhaitais que l’on perçoive dans mon texte, la ferveur de la plume du Père Engelbert MVENG et la satire de celle de Séverin Cécile ABEGA, tous deux des Africains, tous deux des compatriotes.


    Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à devenir écrivaine ?
    Je suis diplômée en communication des organisations et en gestion des ressources humaines. Après un bref séjour à « Radio Béthanie de Ndoungué » comme responsable des programmes et de l’information, je deviens directrice d’ « AWAA Space », un co-working place, avec incubateur incorporé, pour soutenir et développer les start-up portées par des femmes. Depuis la première année du second cycle au lycée, l’écriture m’habite et m’accompagne dans les différents paliers de ma vie.
    Ce qui m’a déterminée à me faire éditer et à entreprendre une carrière d’écrivain, c’est le besoin de m’exprimer sur des sujets qui me bouleversent intrinsèquement, qui m’interpellent, et me rendent complice du fait de mon silence. Le dire comme cela semble ordinaire, mais je subissais, à une certaine époque, des oppressions internes : certaines nuits, je perdais le sommeil. Les sujets sur lesquels je m’étais exprimée avant de retrouver mes quiétudes nocturnes traitaient : de l’impunité des viols sur mineurs, de l’espoir des jeunes qui coule dans la froideur de la Méditerranée, dans la quête d’une vie meilleure, de l’absurdité des pratiques de sorcellerie qui exacerbent la misère, etc.
    Entre la publication de deux livres, j’ai suivi une formation paramédicale, pour poursuivre parallèlement une carrière d’Assistante en Cabinet Médical.

    Quelles sont vos principales influences littéraires, africaines ou internationales ?
    Lorsque j’ai pris mon stylo pour la première fois, je souhaitais que l’on perçoive dans mon texte, la ferveur de la plume du Père Engelbert MVENG et la satire de celle de Séverin Cécile ABEGA, tous deux des Africains, tous deux des compatriotes.

    Votre écriture s’inscrit-elle dans une tradition littéraire africaine particulière ? Si oui, laquelle ?
    Sauf si les illuminés me démontrent le contraire, ma plume ne tend vers aucune tradition littéraire africaine particulière. Elle est juste une matérialisation de mes convictions, elle ne cherche pas à obéir délibérément à un style.

    Comment décririez-vous le rôle de la culture africaine dans votre écriture ?
    Dans la description du paysage, dans l’expression verbale que j’attribue à mes personnages, dans le choix des mets culinaires, dans l’évocation de nos croyances, l’on identifie clairement l’utilisation de notre patrimoine culturel africain. C’est un matériau indispensable à la construction de mon monde fictif.

    Vous êtes l’auteure de plusieurs textes (romans, nouvelle, poésie…) Pouvez-vous nous expliquer le choix des thèmes dans vos textes ?
    Que ce soit dans mes romans, mon recueil de poèmes et mes nouvelles, j’aborde des thèmes qui écorchent ma sensibilité ; des sujets de la vie courante, qui me parlent et qui me bousculent… sinon rien n’en sortira. Pour donner naissance, il faut absolument tomber enceinte ; le même principe s’applique dans un processus de création littéraire. On n’accouche pas de ce que l’on n’a pas porté, au risque de produire un texte sans âme.

    Votre idée d’écriture de ces livres est-elle inspirée de personnes réelles ou de traditions orales africaines ?
    Tous mes textes sont inspirés des événements réels de la société dans laquelle je vis. Je décris le monde dans ce qu’il a de merveilleux, de pur, d’exaltant ; et dans ce qu’il a d’abject, d’exécrable et de répugnant.

    Comment abordez-vous la question de la langue dans vos œuvres ? Écrivez-vous en français, dans une langue africaine, ou mélangez-vous les deux ? Pourquoi ?
    Mes textes originaux sont exclusivement en français, parce que j’écris dans la langue que j’ai relativement mieux assimilée. Ça aurait été formidable pour moi d’écrire en une langue africaine. J’encourage celles et ceux qui en ont l’habilité, à ne pas hésiter.

    Quels défis avez-vous rencontrés en tant qu’auteure africaine dans le paysage littéraire actuel ?
    Le secteur de l’édition dans le paysage littéraire au Cameroun ne m’a pas fait de cadeaux. Avec certaines maisons d’éditions, j’ai connu des frustrations et des désillusions. Je n’en dirai pas plus, c’est encore un chapitre douloureux pour moi.

    Pensez-vous que la littérature africaine est suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale ?
    Je n’ai pas de statistiques fiables pour répondre à cette question de manière péremptoire. Je pense plutôt que la littérature africaine qui fait un clin d’œil à l’Occident reste plus valorisée, et est mieux représentée sur la scène internationale, que celle qui ne lui fait pas d’éloges.

    Comment voyez-vous l’évolution de la littérature africaine contemporaine ?
    Je la trouve plus diversifiée, libre, et audacieuse. Les thèmes qu’on y retrouve évoquent de plus en plus la construction d’une forte identité africaine. Il faut y croire, malgré sa complexité.

    Votre écriture vise-t-elle une dimension politique ou sociale ? Si oui, comment ?
    Elle vise les deux à la fois. Ce n’est pas calculé, c’est juste une réponse à une interpellation. Lorsque j’évoque dans « Un Avenir Strangulé » le sort des enfants des régions en guerre, ou le sort des jeunes camerounais en quête de pitance, qui finissent au fond de la mer en plats de résistance, dans « La Méditerranée médite », ça soulève sans ambiguïté une question de mal gouvernance. Qui est censé apporter la sérénité dans les zones en guerre et offrir un environnement propice à l’épanouissement de la jeunesse ?!

    Quel message souhaitez-vous transmettre à travers vos livres ?
    Je souhaite que le lecteur comprenne que le changement de nos paradigmes mentaux, notre système de pensées, est un préalable pour accéder à d’autres formes de changements. Comme je suis une grande optimiste, je leur inculque à travers mes textes, que tout est possible à celui qui croit. Une certaine critique me dira que je passe à travers les murs ; je l’assume. Rien n’est impossible à celui qui croit !

    Quel est votre processus d’écriture ? Avez-vous des rituels ou des habitudes particulières ?
    J’écris avec mon casque allumé et aux oreilles, le plus souvent. Ça me déconnecte de mon entourage et ça m’isole. Ce rituel me permet d’écrire même dans une foule en liesse.

    Un conseil pour les jeunes africains qui souhaitent se lancer dans l’écriture ?
    Je conseille à tous les jeunes africains qui souhaitent se lancer dans l’écriture d’être passionnés, disciplinés, curieux, et de rester ouverts à la critique constructive.

    Sur quel projet littéraire travaillez-vous actuellement ?
    Je travaille en ce moment sur la planification d’un projet artistique : la photographie, que je voudrais joindre à un projet littéraire. Notre planète est d’une beauté poétique !


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