Café littéraire à Mbouo-Bandjoun | Quand la famille découvre son successeur autour du feu

Le vendredi 14 août 2026, à Mbouo-Bandjoun, dans la case familiale, autour du feu, Jean Grégoire KENGNE TETA a retrouvé les siens pour un moment littéraire, familial et profondément intime consacré à son livre Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié.

Plus que le centre des échanges, cette autobiographie qui a paru en mars dernier aux Éditions KADEÏ est devenue le miroir d’une histoire familiale faite de mémoire, de responsabilités, de silences et de transmissions.

Le choix du cadre donnait à la rencontre une dimension particulière : loin des salles et des cérémonies protocolaires ou pleines de livres, la parole a retrouvé sa place dans la case familiale traditionnelle, près du feu, là où les générations se retrouvent et où la mémoire se transmet.

Le feu en était le premier symbole. Ses flammes éclairaient les visages tandis que ses braises rappelaient que la mémoire ne disparaît jamais complètement. Même lorsque la flamme baisse, la braise conserve la chaleur du feu et peut en faire naître un autre. Ainsi se transmet la tradition : une génération reçoit, préserve et transmet à son tour.

À cette symbolique s’est ajoutée celle de l’épi de maïs. Chaque grain est distinct, mais tous appartiennent au même épi. Il évoque ainsi la famille, où chacun possède son parcours tout en restant lié à une histoire commune. Un rappel que ce qui est reçu n’est pas destiné à être gardé pour soi : il doit nourrir et servir aux générations suivantes. Les plus jeunes ont ainsi reçu bien plus qu’un récit. À travers les paroles des plus âgés et l’histoire racontée par l’auteur, ils découvraient, avec fascination, une part de leur héritage familial.

Jean Grégoire KENGNE TETA, le successeur dont il est question dans le livre, montre que cette responsabilité ne commence pas au moment de la désignation. Elle se construit dès l’enfance, dans l’éducation, les attentes du père et la conscience progressive d’appartenir à une histoire qui le dépasse. Une responsabilité qui peut être à la fois un devoir et un poids. Et sa famille, l’auteur dira : « Ce sera par vos choix que je serai un Yambong (privilégié) ou un sacrifié. »

La question des biens occupe également une place importante dans le récit. Après la disparition de TETA Michel, le père de l’auteur, les désaccords autour du testament et du partage du patrimoine provoquent des tensions entre frères et sœurs, jusqu’à entraîner un long conflit judiciaire. L’auteur rappelle ainsi qu’un héritage matériel peut devenir une source de division lorsqu’il n’est pas accompagné du dialogue et de la volonté de préserver l’unité familiale.

C’est l’une des grandes leçons de Le Successeur : transmettre ne consiste pas seulement à léguer des biens. Il faut aussi transmettre une histoire, des valeurs, une mémoire et le sens de la responsabilité.

Le moment, modéré par l’écrivain et enseignant Mat Issofa a connu la présence de Mme le délégué des arts et de la culture du Koung-Khi. Les prestations de N’Dengass le slameur bantou et de Dominique GNINTELAP ont donné une dimension poétique aux thèmes de la filiation, de la mémoire et de la transmission. Et tout ceci sous la houlette des Éditions KADEÏ, de DG COM et de l’ACOLITT.

Autour du feu, les proches de Jean Grégoire KENGNE TETA ont découvert une dimension plus intime de l’homme qu’ils connaissaient. Derrière le professionnel, le père, le frère et l’homme de famille apparaissait celui qui PORTE une responsabilité héritée de plusieurs générations. L’émotion était d’autant plus forte que certaines réalités évoquées dans le livre ne sont pas toujours exprimées dans les conversations familiales. La littérature leur donnait des mots sous leurs maux internes.

Cette rencontre atypique aura ainsi montré qu’une tradition ne survit que si elle est transmise. Les anciens déposent leur mémoire entre les mains des plus jeunes, comme on confie des braises à celui qui devra entretenir le feu. Et lorsque la soirée s’est achevée, le feu pouvait s’éteindre. Mais la mémoire, elle, avait trouvé de nouveaux gardiens.

Pauline M.N. ONGONO




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