Assomo Ngono Ela : le mvet comme héritage, le destin comme mémoire

Et si certaines vies étaient trop précieuses pour être laissées au silence ? À travers Les Cordes du destin : Entre vie, suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFA ressuscite le parcours d’une artiste dont le nom reste attaché au mvet et à la culture Ekang. Présenté le 31 juillet 2026 à Yaoundé, au siège de la Commission nationale pour l’UNESCO au Cameroun, ce livre a surtout ouvert une conversation sur ce que nous choisissons de retenir de notre histoire et sur ce que nous acceptons de transmettre. Assomo Ngono Ela demeure une artiste, une voix, un talent, mais surtout une mémoire vivante d’un univers culturel dont la transmission ne peut être laissée au hasard.

Placée sous le parrainage du Dr Christophe FOE NDI et modérée par Pauline M.N. ONGONO, le panel a réuni notamment le Secrétaire général de la Commission nationale pour l’UNESCO, l’éditeur D&L et, bien sûr, le Dr Eric Nelson EFANGONO. Pourtant, derrière les prises de parole et les échanges officiels, c’est une histoire profondément humaine qui s’est progressivement imposée. Une prise de parole du critique littéraire Ray NDÉBI a aussi soulevé le besoin d’évolution de l’instrument sans renier sa souche.

Le Dr Eric Nelson EFA ne prétend pas livrer une biographie au sens strict. Son ouvrage relève de la fiction, mais s’enracine dans des faits réels de la vie d’Assomo Ngono Ela. Ce choix lui permet de donner chair à une trajectoire, de restituer des émotions et d’interroger les zones d’ombre d’un destin artistique sans réduire cette icône à son seul statut d’interprète. Car Assomo n’est pas seulement celle qui joue du mvet. Elle est celle qui porte quelque chose : une mémoire, une culture, une manière de raconter le monde.

Son parcours révèle aussi une évolution importante de la pratique du mvet. La tradition se transforme, les instruments se rencontrent et les formations s’élargissent, associant notamment le mvet aux tambours et aux tam-tams. Dans cette évolution, Assomo Ngongo Ela apparaît comme une artiste capable de faire vivre l’héritage sans le figer. C’est peut-être pour cette raison que la question du patrimoine culturel immatériel s’est imposée avec autant de force au cours de la cérémonie… Le Dr Christophe Foe Ndi a d’ailleurs rappelé la nécessité de protéger ces savoirs qui ne se trouvent pas toujours dans les musées ou les archives, mais dans les gestes, les voix, les pratiques et les récits transmis de génération en génération. Le destin d’Assomo Ngono Ela est une parfaite illustration de cette fragilité. En effet, un savoir peut être immense et pourtant disparaître si personne ne prend le temps de le recevoir.

Dans le livre, cette idée prend un visage à travers Bidja, un jeune garçon qu’Assomo Ngono Ela initie au mvet. Entre eux, il n’est pas seulement question d’apprentissage musical. Elle lui enseigne une façon d’écouter, de sentir et de comprendre. Pour elle, avant de jouer, il faut apprendre à entendre ; avant de chercher la performance, il faut comprendre le silence. Assomo Ngongo Ela transmet à Bidja ce qu’elle a elle-même reçu. Elle devient à son tour le maillon d’une chaîne qui la dépasse et qui est vouée à continuer. Sans conteste, le mvet n’est pas un simple instrument : il est une mémoire qui circule d’une génération à l’autre.

Le parcours de l’artiste raconte également l’élargissement progressif de son horizon. Partie de son environnement d’origine, Assomo Ngono Ela finit par porter sa musique vers des publics éloignés. À Dakar, sa voix, son mvet et les percussions de sa troupe trouvent une écoute attentive. Ce qui était né dans un cadre culturel précis franchit ainsi les frontières et rencontre d’autres sensibilités. Cette trajectoire est la preuve qu’une culture n’est pas condamnée à rester enfermée dans son lieu d’origine pour rester authentique. Elle doit voyager, se faire entendre ailleurs, tout en continuant à être elle-même.

La cérémonie du 31 juillet 2026, date qui met justement en exergue la femme africaine, ne pouvait d’ailleurs rester étrangère à la musique type à l’honneur. La prestation de Scienty Ekoro est venue prolonger le propos par le son, comme pour rappeler que certaines histoires se racontent mieux lorsqu’elles sont aussi entendues.

Après les interventions, le public a échangé avec l’auteur. Les questions ont permis de revenir sur le personnage d’Assomo Ngono Ela, sur les choix narratifs et sur les enjeux de transmission soulevés par le livre. La séance de dédicace sous une dimension plus personnelle, a cédé la place quelques minutes plus tard au cocktail, qui a prolongé les échanges dans une atmosphère aussi chaleureuse que les notes du mvet.

Au-delà de la cérémonie, Les Cordes du destin pose finalement une question qui dépasse le seul parcours d’Assomo Ngono Ela : que restera-t-il de nos héritages si nous ne prenons pas le temps de les raconter ? En écrivant Les cordes du destin : entre vie, Suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFANGONO permet que l’histoire d’Assomo Ngono Ela ne se perde pas. Il fait entendre un instrument pour que sa voix continue de résonner ; il met en scène une transmission pour rappeler que la culture ne survit pas uniquement grâce à ceux qui la possèdent, mais grâce à ceux qui acceptent de la recevoir.

Assomo Ngono Ela est désormais un trait d’union entre hier et demain. Et peut-être est-ce là le véritable sens de son destin : avoir compris que le plus bel héritage n’est pas celui que l’on garde, mais celui que l’on transmet.

Il est disponible auprès de l’auteur et de l’éditeur.

Pauline M.N. ONGONO




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